GABRIELLE DE ROCIIECHOL\RT
ment, comme tant de femmes, la situation qui lui était faite. Liée avec madame Legras*, qui fonda l'admirable institution des Sœurs de la Charité, elle la choisit pour marraine à sa fille. Les premières années de Gahrielle de Rochechouart révélèrent les dons particuliers dont la nature l'avait favorisée. Une de ses nièces, qui la remplaça en 1704 comme supérieure de Fontevrault, dit qu'elle montrait, dès l'âge de sept ans, tant de raison et de modestie, d'esprit et de douceur, qu'elle se conciliait tous les cœurs*. Élevée sous le même toit que le duc d'Orléans, frère de Louis XIV, elle jouait souvent avec lui. Quand elle eut onze ans, on songea à compléter par une instruction solide tant d'heureuses dispositions, et on la mit à l'Abbaye-aux- • Bois. Elle y avait, dit-on, une répugnance extrême'; mais il fallut obéir. L'affection que lui témoignèrent ses
* Louise de Marillac, veuve d'Antoine Legras; née en 1591, morte le 15 mars 1662.
- Lettre chculaire de sœur Louise-Françoise de Rochechouart-Mortemart, abbesse de Fontevrault, à Voccasion de la mort de madame Marie-Madeleine Gabrielle de liochechouart-Mortemart , abbesse, chef et générale de cette abbaye et de tout l'Ordre. — Bibl. imp., imprimés; L. n. 27, 14,892.)
Cette circulaire, attribuée à l'abbé Genest, de l'Académie française, est des plus intéressantes. >'ous la reproduisons en entier à l'Appendice. On trouve à peu près tous les faits qu'elle contient, mais moins simplement présentés, dans l'Oraison funèbre de très-illustre et religieuse dame Marie -Madele'ine-Gabrielle de Rochechouart de Mortemart. abbesse, chef et générale de l'abbaye et ordre de Fontevrault, prononcée dans la grande église de l'abbaye de Fontevrault , le 6 novembre 1704, jyar messire Antoine Anselme, abbé de Saint-Sever, cap. de Gascogne. — In-4, 50 p. Bibl. imp. Imprimés; L. n. 27, 14, 89i.^
^ lettre circulaire, etc.
ABIÎESSE DE FONTEVR AULT. 7
iiiaîlressos, l'atlrail chaque jr»ur plus vif pour rélude, modifièrent sensiblement ses idées, et le moment vint où l'aversion première semble avoir fait place à une inclination irrésistible. Ce fut le tour des parents de s'alarmer, et ils la reprirent auprès d'eux. Elle savait déjà l'italien, Tespagnol, le latin, et, un jour qu'on l'avait menée chez la reine mère, elle soutint devant Louis XIV, avec Yallot, son premier médecin, une conversation dans cette dernière langue. Que n'eût-on pas fait alors pour l'empêcher de retourner au couvent? Prières, promesses, reproches, tout fut inutile. « On lui proposa des mariages, dit sa nièce; elle persévéra dans sa résolution. Elle rentra dans l'Abbaye-aux-Bois sous prétexte de s'y éprouver encore. Là, elle souffre de nouvelles attaques ; une infinilé de personnes considérables dans le monde et dans l'Église la soUicitoient sans cesse de se conformer aux volontés de sa mère ; mais elle ne pouvoit plus écouter d'autre voix que celle de Dieu qui l'appeloit^ » Ces sollicitations ne concordent pas, il est vrai, avec ce que dit madame de Caylus : « Je n'ai point eu l'honneur de connoître madame l'abbesse de Fontevraull; je sais seulement par tous les gens qui Tont connue , qu'on ne pouvoit rassembler dans la môme personne plus de raison, plus d'esprit et plus de savoir. Religieuse sans vocation, elle chercha un amu-
* Leilrc circulaire, etc.