A ROGER DE GAIGMÈRES
^ A Fontevrault, ce '20 mars 1701.
Je n'ai pu écrire pendant les jours saints, à cause des fonctions continuelles et un peu fatigantes qu'ils m'attirent et que Dieu m'a fait la grâce de remplir entièrement cette année, et sans aucune iuconimodilé. J'ai dit, Monsieur, au Père Pioucellet que vous aviez pris la peine de me répondre, ?t il a trouvé fort bon que vous vous en soyez tenu là, puisqu'il ne vous avoil écrit que puur moi. Il a d'ailleurs reçu ivec beaucoup de reconnoissance et de sensibilité les com- •limenls que je lui ai faits de votre part, car il vous estime iu dernier point et n'oubliera jamais, non plus que moi, ous les secours que vous avez bien voulu nous donner dans e procès de Fontaines.
L'affaire dont ce père vous informoit a fait tout le cbemin ioiil le petit religieux avoit menacé. 11 s'est donné la liberté réci'ire au roi; cela est revenu à M. rarche\èque de Tours^ )nr M. de Torcy^, et je n'en ai rien appris d'ailleurs, narque que ce ministre a connu de lui-même le peu de olidité des plaintes, ou, ce qui est plus vraisenjblable, que I. le cardmal, informé favorablement par vou?. Monsieur, (il la bonté de me rendre justice, en cette occasion comme Il plusieurs autres. Ce religieux continue à nous faire toute a peine qu'il peut, et quoique blâmé baulement par ses on frères et sincèrement par plusieurs, il ne lai>se pas d'être
» Bibl. imp. Mss. 24,991, fol. t>59.
- Mathieu Isoré d'Horvaiit, auditeur de rote à Ronie en 1G80, reçu année suivante docteur en tliéologie. ^onlmé le 8 septembre 1G95 \è(iue de Condom, il était appelé le mois suivant à l'arclievêché de ours. Mort en 1716.
'" Ministre des affaires étrangères.
'212 LETTRES DE GAHRIELLE DE ROCIIECllOl- ART
approuvé el soutenu par quelques libertins qui ne cherchent qu'à troubler. Je ne sais ce qui en arrivera et j'avoue que les croix qui me viennent de ces côtés-là me tentent* souvent d'un découragement auquel je crois bien cependant qu'il ne faut pas s'abandonner.
Je vous supplie de faire mes très-humbles remerciements et mille assurances de mes respects à M. le cardinal et d'être persuadé que je ressens comme je le dois tout ce que vous avez la bonté de faire pour moi.
Je ne sais pas pourquoi vous voulez désespérer de l'affaire que vous savez. On en a reçu avec joie et avec goût la proposition, comme je vous le mandois dernièrement. Toult.les fois que j'en ai parlé depuis, on m'en a parlé de même, et quoique cela ne soit ni conclu, ni dans les voies de se conclure avant un certain âge, il me semble que ce n'es! pas à dire que la cliose soit manquée, puisque, si l'on es' obligé d'attendre de ce côté-ci, il y a de l'autre de quo fournir, pour le temps présent, à d'autres sujets plus avarr ces, et pour le temps à venir, à celui dont nous parlons e; dont l'âge se trouve apparemment convenable à quelque dernière cadette. Si c'étoit à moi à décider, je quitterois ce.^ vues éloignées pour assurer tout à l'heure ce que je souhait» et pour préférer une personne que je connois et qui me plaî fort, à d'autres que je n'ai point vues et qui ne la vaudron peut-être pas. Mais, comme je ne suis pas maîtresse, j'aim encore mieux espérer que celte vue éloignée pourra réussir puisqu'elle regarde la même maison, que d'en envisage d'autres qui n'y auroient point rapport^.
* Sic.
^ Il résulte évidemment de ce passage et de la lettre précédente, qu' s'agissait du mariage du marquis de Gnndrin, pelit-fils de madame d Montespan, avec une des filles du maréchal de >oailles.Ce mariage eu lieu le 25 janvier 1707. l'caigoisse et Y insomnie dont il est questio dans la lettre n» On prouvent que Gaignières s'y intéressait d'une manier
Je rcçus,peu de jours après vous avoir écrit, Monsieur, une réponse très-obligeante de madame la duchesse de Noailles. Il m'est venu encore de nouvelles leçons de Ténèbres de la part de M. le Maréchal. Je suis touchée au dernier point de celte attention, et je vous envoie une lellie pour lui que je vous supplie de lui vouloir envoyer. J'y enjoindrai une, si le temps le permet, pour M. de Lai roque, dont j'espère que vous aurez aussi la bonté de prendre soin.
Ma sœur est depuis quelques jours à Oiron ; je lui fis vos compliments avant son départ, et je puis vous assurer, Monsieur, qu'elle les reçut comme elle fait toujours, avec beaucoup de joie et de reconnoissance.
'J9. - MADAME DE MATNTENON A L'ABDESSE DE FONTEVRAIIJ '.
18 avril 1701.
J'ai donné voire lettre au roi qui m'a dit qu'il vouloit y 'épondre. Il est vrai, Madame, que M. le dauphin a donné me grande alarme, et que l'on passa une triste nuit; le roi în fut encore plus touché qu'on ne Tauroit pu croire, et il i une grande raison, car il n'y eut jamais un fils si digne i'être aimé de son père. Grâce à Dieu, ce mal a eu de très leureuses suites. M. le dauphin a grand soin de sa santé, ;t, ce qui vaut encore mieux, il pense très-sérieusement à ion salut; ainsi il n'y a qu'à remercier Dieu. Votre amie, nadame la duchesse de Bourgogne, donna dans cette occaion bien des marques de son bon nalurel et de sa tendresse
DUte particulière. Le passage de Y Etude historique 'page 7'2\ relatif
ladite lettre, doit être reclilié dans ce sens.
* Correspondance générale de madame de Maintcnon, t. IV, p. 425. - Manuscrits des Dames de Saint-Cijr.
•21i LETTRES DE GABRIEI.LE DE ROCHECIIOUART
pour Monseigneur, qui en est fort (ouché. Il a eu le plaisir de voir combien il est aimé.
Je vous avoue tout simplement, Madame, que j'avois oublié que je vous eusse promis le portrait de notre princesse; mais puisque je vous l'ai fait attendre, ayez encore la bonté de me mander de quelle grandeur et de quelle figure vous le voulez, et je vous promets de réparer ma faute.
Jenemanqueraipas, Madame, de parler à M. deChamillart, et je le ferai en présence du roi, afin qu'il joigne sa sollicitation à la mienne, qui pourra être de quelque considération auprès de son ministre.
Vous ne me nommez pas le nom de madame de Montespan, et je ne saurois faire de même ; elle m'est trop souvent présente; je lui souhaite tout ce que je me souhaite à moi-même. Apprenez-lui, Madame, la mort de madame de Brinon-, et croyez Tune et l'autre que par les sentiments que j'ai pour vous, je mérite vos bontés pour moi.