A M. DE POMMEREU, CONSEILLER D'ÉTAT
[FontevraullJ Du 18 mars 170'2.
On m'a mandé, Monsieur, que vous n'approuviez pas que je fusse entrée clans le procès touchant lequel j'ai eu Thonneur de vous solliciter. Cotte nouvelle m'a affligée bien plus par la haute estime que j'ai de votre discernement que par la crainte de ne vous pas trouver aussi favorable que vos anciennes bontés pour moi m'avoient donné lieu de m'en flatter. Si j'avois été à portée de prendre conseil en cette occasion, le vôtre, Monsieur, auroit été le premier auquel j'aurois eu recours; mais je n'ai eu ni les moyens ni le loisir de délibérer. De plus, Monsieur, la singularité de ma charge y attache (comme j'ai eu l'honneur de vous le dire plusieurs fois) des obligations toutes singulières. Selon les règles communes, on ne doit point s'embarquer dans une affaire que le succès n'en paroisse au moins vraisemblable. Suivant les ois bizarres où je me trouve soumise dans l'espèce d'affaire dont il s'agit, j'ai dû plutôt risquer le succès que de man- BJ^uer à faire toutes les poursuites qui sont en mon pouvoir, mrtout ayant l'occasion d'unir ma cause à celle de M. l'abbé le Citeaux, dont l'Ordre est si étendu et si considérable que ^-es pertes, qui pourroient nous être communes avec lui, pious seroient moins imputées que celles que nous souffri- 'ions séparément. D'ailleurs, Monsieur, si j'avois pu vous aire connoitre en détail l'état violent et incertain où je me M "j vois depuis la déclaration de 1696 par rapport au point (uitosté, le travail et les dégoûts continuels auxquels je me rouvois livrée par là, vous m'auriez conseillé sans doute de
' Bibl, imp , département '.les imprimés. Ms. (Copie.) II, -^.
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sortir de celle incertitude, au hasard même d'attirer une décision qui me priveroit tl'un droit dont les plus grands ménagements me conservoient seulement une ombre dans les diocèses qui me sont favorables, et que je ne soulenois point du tout dans les autres.
Dans une si pénible situation, pouvois-je. Monsieur, laisser juger cette cause pour M. de Cîteaux sans y prendre part? Avant cette conjoncture favorable, mon Ordre trouvoit mauvais que je souffrisse sans résistance une diminution à nos droits , et ne pouvoit se consoler de l'arrêt par défaut que j'avois laissé obtenir à M. de Reims. Il falloit faire mes elforts pour me tirer de ce blâme qui auroit fort augmenté, et avec un fondement du moins fort apparent, si je n'avois pas profité de l'occasion que m'offroit M. de Cîteaux.
Je me donnai l'honneur d'exposer au roi toutes ces questions et de lui demander sa volonté touchant la conduile que j'avois à tenir. Sa Majesté voulut bien me permettre, dans des termes plems de bonté, de défendre mon droit autant qu'il me seroit possible, et ce n'est qu'après cette permission que j'ai entré dans le procès. Je n'ai pas promis à mon Ordre de le gagner, puisque cela ne dépend pas de moi ; je lui ai promis seulement de m'y employer de mon mieux, et j'ai reçu des remerciements au lieu des murmures qu'on me fai^oit auparavant essuyer sur ce sujet. Vous vous ennuierez sans doute. Monsieur, de mon long éclaircissement; mais regardez-le, je vous en supplie, comme une marque de mon respect pour vous et du désir extrême que j'ai de mériter votre approbatioii. Je suis si certaine que vous avez la bonté d'examiner soigneusement mes mémoires que je ne vous fatigue point de nouveau des raisons que j'y ai renfermées, et qui doivent, ce me semble, faire impressioji à quelqu'un qui a autant de pénétration et d'équité que
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VOUS on avez. Je n'ai jamais été entêtée de mes privilèges, et plus ils deviennent difficiles à soutenir, plus ils me deviendroient odieux, si je me laissois aller à mon humeur. Ce n'est donc pas par une prévention favorable que je les trouve solidement autorisés et que je vois les inconvénients qu'il y auroit à leur donner atteinte; ce sont nos titres et une expérience de trente ans qui me portent à en juger de cette sorte et à me faire espérer que le crédit de MM. les évêques, tout éclatant qu'il est, pourra bien ne pas prévaloir sur des considérations si importantes dans un tribunal aussi juste et aussi éclairé que celui de qui nous dépendons.
Je me confie encore très-particulièrement aux bontés dont vous m'avez toujours honorée. Je vous supplie très- humblement, Monsieur, de me les continuer, et d'être persuadé que je serai toute ma vie véritablement votre très-humble et très obéissante servante.