‹ Gabrielle de Rochechouart de MortemartChapitre 78 sur 136 · A ROGER DE GAIGMERES · texte numérisé non relu

A ROGER DE GAIGMERES

A Fontevrault, ce 29 décembre 1702.

Ce n'est pas à vous. Monsieur, à me faire dos remerciements sur mon portrait : c'est à moi à vous remercier d'avoir eu la bonté de le souhaiter et de le recevoir si favorablement. Il m'est très-honorable qu'il soit placé dans un cabinet aussi précieux que le vôtre, mais je suis encore moins touchée de cet honneur que du droit où il me met de compter sur votre amitié, beaucoup plus précieuse que toutes les raretés que vous avez rassemblées chez vous. Je vous supplie, Monsieur, de me la vouloir bien continuer, et d'être persuadé que personne ne connoit mieux que moi le prix de celte grâce et ne

' Bibl imp. M.<s. 24,991, fol. 249.

■>-ji LETTRES DE GADRIEl-I.E DE RUCIl ECU U E ARÎ

désiro plus sincèrement de s'en rendre digne. M. de Larroqucl peut vous répondre qu'il n'entre point de compliments dam les assurances que je vous donne là-dessus.

J'avois bien souvent le plaisir de parler de vous avec lui.! Monsieur, dans le temps qu'il a bien voulu me donner, et qui! m'a paru bien court par rapport à l'utilité et à l'agrémenll que l'on trouve dans une société comme la sienne. Il n'y a rien à vous apprendre sur son mérite comme sur ses senti-i ments pour vous, qui répondent bien , en vérité, à toute l'estime qui vous est due et aux obligations essentielles qu'il vous a. Il est triste que sa fortune se trouve si disproportionnée à son mérite, et je suis bien certaine que vous ressentez ce mallieur encore plus que lui. Vous n'avez point d'amis malheureux qui ne doivent se promettre de trouver ce sentiment-là en vous et d'en recevoir toutes les preuves qu'une amitié vive et ingénieuse peut fournir. Je ne fînirois pas si tôt si je me laissois aller à toutes les louanges que vous méritez là-dessus ; comptez seulement, Monsieur, que personne ne vous les donne de meilleur cœur que moi et n'est avec plus d'estime et de considération que je suis, votre trèsliumble servante.

— Jenepuism'empêcher de vous dire que je suis plus contente que jamais de votre bon ami M. le maréchal de Noailles. Il a le cœur fait comme vous, et c'est tout dire. J'en ai fait depuis peu de nouvelles expériences dont je suis touchée au dernier point. J'espère que vous voudrez bien y prendre part. M. le cardinal continue à en user très-honnêtement pour moi, malgré mon malheureux procès. C'est une droiture et une bonté assez rares, et que j'estimerois quand même elle n'auroit pas rapport à moi.

ABDESSE DE FONTEVUAl'I.T, £1 DE SES AMIS

Page 1