SUR LA TRADUCTION DU BANQUET DE PLATON
ATTRÎCnÉE A GAERIELLE DE ROCHECHOUART DE l'ORTlI^'ART.
On a vu 1 que, siiiv;inl divers auteurs contemporains, l'abbesse de Fonlevrault connaissait plusieurs langues : l'italien, l'espagnol, le latin , le grec , et même l'hébreu qu'elle aurait appris pour lire V Ancien leUament dans l'original.
Les Mémoires de Trévoux disent, en outre, « qu'elle découvrit dans l'iaton ces beautés dont on ne s'étoit point aperçu, quoiqu'on eût passé beaucoupde fois sur les endroits qu'elle admiroit; qu'elle perçoit au travers des images dont ce philosophe enveloppe la vérité, et y découvroit des trésors de morale, des tours d'éloquence et une délicatesse de pensées que les génies médiocres ne peuvent démêler-; qu'elle n'^-toit pas moins touchée des beautés d'Homère ; qu'elle s'étoit quelquefois essayée à traduire les premiers livres de Vlliade, et que, sans faire de tort aux habiles écrivains
* Avertissement, et chapitre m, p. 40.
* On sait aujourd'hui que lahhesse de Fontevrault avait dans sa biblioth('que un bet exemplaire de Platon mis en latin par Jean de Serres {Serravus), et imprime par Uenri lislienne. (Racine, é.lit. Hachelte, t. V, p. -430. — ^ote sur les traductions de Racine, par M. Paul Mesnard.)
2&2 AI'PENIiICE.
qui avoient entrepris de la donner tout entière, peut-être n'avoil-on rien vu de si achevé dans ce genre *. »
S^iint-Sinion et d'autres écrivains contemporains parlent également de Taptitude extraordinaire de Tabbesse de Fontevrault pour apprendre les langues.
On lit enfin dans une lettre de Corbinelli à Bussy, du 50 juin 1677 : « Voyez madame de Fontevrault et madame de La Sablière qui entendent Homère comme nous entendons Virgile 2. »
Ainsi, Tabbesse de Fontevrault savait, entre autres langues, le latin et le grec ; elle avait traduit les premiers livres de VIliade ; mais on ne trouve, à ma connaissance du moins, dans aucun livre ni document de son temps, cju'eile eût traduit le Banquet de Platon.
C'est pour la première fois, en 1752, qu'il a été question de cette traduction dans un volume publié par l'abbé d'Olivet, sous le pseudonyme de Bousquet, et intitulé :
« Le Banquet de Platon, traduit un tiers par feu M. Racine, de l^ Académie française, et le reste par Mme de ***. Paris, Pierre Gandoin, 1752 s. )^
L'avertissement placé en tète de l'ouvrage contient la lettre suivante de Racine à Boileau, au sujet de laquelle l'éditeur lait la remarque ci-après : il Cette lettre est du 18 décembre, mais Vannée ny est pas marquée. Il seroit aussi difficile d'en deviner la date précise qu inutile de la savoir au juste. Voici la lettre^ :
« Puisque vous allez demain à la cour , je vous prie , Monsieur , d'y porîer les papiers ci-joints. Vous savez ce que c'est. J'avois cvi dessein de faire , comme on me le demandoit , des remarques sur les endroits qui me paroîtroient en avoir besoin; mais, comme il falloit les raiscmnor, ce qui ouroit rendu l'ouvrage un peu long, je n'ui pas eu la
^ Mémoires pour servir à l'hisloire des Sciences, décembre 1704. Trévoiix.
- Madame de Sévigné, édU. Hachette. — Lettres de Bussy-Rnhutin, édit. Lalanne. — L" édition Hacliolte dit à ce sujet : « Homère e^i le texte du manuscrit de la Dibliotlièque impériale, ieffuel donne ainsi celte fin de phrase : « qui entendent Homère comme nous faisons Viri;ile. « Dans notre manuscrit, il y a Horace au lieu d'Homère. »
M. L. Lalanne dit à son tour : « L'imprirné porte Horace, ce qui est plus vraisemblable. »
^ Le Journal des Savants du mois de juillet 1752 se borna à annoncer l'ouvrage, sans en rendre compte; le Mercure de France et les Mémoires de Trévoux n'eu font pas même mention.
* Je la reproduis ici, bien qu'elle figure déjà dans la correspondance, afin que le lecteur ait à la suite toutes les pièces sous les yeux.
PLATON ET l.-AnntSSE DE FCiNTEVP.Al LT. 20"
les servi.eurspronoien avec ^^^"'\ "^ ^^'^f^^i'^ ne resse.nble ra^ trop
et de SCS plirasi's. je los .. içlic qiian ■ nasseront, el l'il-
sieur. la tè.e ne '>"'--Vj:,\rre .'eur ,'„ " ^iqul lui est ac„«ise. luslredame reprendra sui foy""'™; „ j „ eonvenirque son slyle J'y aurai ,.ou do mér.te on loul se .s ear il au co ^ ^,^^^^^^
J admirable ; il a une douceur que no^aul.c'.^^^^^^^
ponspoinl, et, «J "«^"""''''"'•LH.nt Te discom-s d'Alcib ade, par où lilemeut je laurois gale, llle a " »f'^ 'f *'f ?? f,^„ ,e , par un' cV.oi. flnit le nan,,uct de Platon. E le a .ccnne , je 1 a^o P ^^^^^^^. d'e,pressions fûtes et de .eo es qm^uun .^e,M^^^ ^, ^ ^^ ^^ ^^^^p^..
des idées. Mais, avec tout cela, je "«^ '^ ,. ,„„, ,es louanges,
r\lXli!rrstu drceSgùe, „.. de Socra,e, qu,
Tet Introduit que comme „n des in'er ocnten . , ^,. ,^
■„ voilà. Monsieur, le canevas de ce q^^v™^^^ ^^^ .^ ,^
pour moi a madame de . A»" " '■ ,J.ç „•,, je ne point aller moisuis depuis trois semâmes, je su^ au "^^^;P° ^„'^ j„„„,„,e que
même lui rendre ces P.'P«^'-^\^' ;.' ' ^ ,', ,, e„ ', me délivrer de Lttrvt.'ir,^;o:™Sê.ett— oiV.^ que \ous serez de retour. »
. Bien que Vabbé d'Olivet ne ^^^^^^^ ^^^ ^l^^^^^^e^i^^ ^ FonfevrauU, le reste de la lettve l^rouve J - qu a ne pe. ^^ ^^q^^^^^ .^
d'elle; il dit. d'ailleurs, f ^;^.; Jf ' ^.If ',„, ■ / .\«,«. (on verra tout a publie « /«i /0'«^«. ^'î/ f ^'"t/'.^Lon r/adnoK i^«nm d'antres êcnl. dune fhcure, sur ce poml, la note de ^o" = l^au • ^^^^^^^^^ ^^^^ ^^^
,Ume trcs.Ul,.slre, dont le '"''"• J/^f^e i'ùd U on de son Wsloire de rAcarrage. » U a dit enlin, dans '"^^^^^^ '^^^J.^dame était /<//'M/r. 3/«nr-4^arfe-
''%uUle!... ie but pr.ncival du P.n.uei ost au contraire la louante, la 3.Slificalion de Socrate.
oQi APPENIUCE.
Cesl donc, on le voit, en 1752 que prend naissance l'assertion, d'après laquelle l'abbesse de Fontevrault a traduit le Bcpiquet de Platon, et cette assertion n'a, jusqu'à présent, d'autre preuve que la lettre de Racine à Boileau qui précède.
Cette lettre est-elle bien authentique , et mérite-t-elle une croyance entière, absolue? Voilà la question qu'il s'agit d'examiner.
Nous avons, pour nous guider dans cette recherche, un document important. On lit, en effet, sur la feuille de garde d'un exemplaire de la publication de labbé dOlivet ayant appartenu à Louis Piacine, une note de l'écriture même de ce dernier, ainsi conçue* :
«Mon père n"eut jamais intenti(3n que ce qu'il avoit traduit ù\i Banquet de Platon fût iiriprimé. M. l'abbé d'Olivet, ayant emprunté pour un jour ce manuscrit à mon frère (Jean-Baptiste Racine) , le fit copier à la hâte, ce qui est cause que cet imprimé n'est pas en tout conforme à Vorifjinal que f ai. Mon frère fut très-irrité quand il vit paroître cette traduction, et se plaignit amèrement du procédé de l'abbé d'Olivet.
"La lettre de mon père à Boileau rapportée à la page tu et vni (du volume de l'abbé d'Olivet) m'est inconnue, et, ne se trouvant point au nombre de celles que Boileau nous avoit rendues, m'est fort suspecte. »
On le voit, dans l'opinion de Louis Racine, la lettre de Jean Racine à Boileau, que nous avons reproduite, pourrait bien avoir été fabriquée par l'abbé d'Olivet.
D'autre part, Louis Racine ne paile nullement dans sa note du premier travail de l'abbesse de Fontevrault-; il se borne à dire que son père ne voiiloilpas que ce qu'il avoit traduit du Banquet de Platon fût imprimé. Il dit, en outre, dans les Mémoires sur la vie de Jean Racine, que celui-ci avait fait la traduction dont il s'agit dans sa jeunesse, à Port-Royal ou à Uzès, ce qui exclut l'idée de
* Je dois la communication de celte curieuse noie à l'extrême obligeance de il. Boutron, possesseur actuel de l'exemplaire de Louis Racine. 11 est à remarquer que les observations que contient la note se trouvent également dans les Mémoires de Louis Bacine ^ur la vie de son père.
- Pour lui, malgré l'assertion de l'abbé d'Olivet, cette traduction n'existe pas. Même silence à cet égard dans ses Mémoires sur la vie de son père, écrits sur les notes de son frère, Jean-Baptiste liacine. L'abbesse de Fontevrault n'est jamais nommée par eux. Croyaient-ils donc non-seulement que la lettre de Racine à Boileau était fausse, mais encore que tous les faits qu'elle énonce étaient également f.iux-^
l'LATON F.T I/AIîP.ESSI- DE lO.N T K V 11 AT I.T. 205
touto collaboration avec l'althesse de Fonlevmult, el délriiil de fond en comble les assertions contenues dans la battre de Racine à Doileau'.
On remarquera que, d'après cette lettre, l'abbesse de Fontevrault avait traduit le discours d'Alcibiade dont Jean Racine conseille la suppression, parce qu'il est scandaleux. Et, en effet, i\''diteur pseudonyme met en note, au sujet de ce discours : • On la sup- "primé dans celte édition. »
Qui ne connaît aujourd'bui le célèbre dialogue que Platon a intitulé le Banquet, ou de C Amour? Peut-on admettre sans preuves, qu'une abbesse respectée et considérée comme Tétait celle de Fontevrault, qui avait cbarge d'âmes et commandait à soixante couvents, ait songé, malgré sa grande admiration pour Platon, à traduire un morceau au sujet duquel M. Victor Cousin a écrit ce qui suit?
(' On sait que madame de Rochecliouart, abbcssc de Font vrault, traduisit le Banquet et s'arrêta, comme Le Roi -, devant le discours dAU cibiade^ï. Racine a refait une partie de celto traduction. J'ai mis à profit 00 morceau échappé à la plume savante de l'un des écrivains les plus babilcs de la langue française. Il eût été ridicule de ne pas se
* L'éditeur des Œuvres de Jean Racine, dans la belle et précieuse collection des Grands Écrivains delà Fronce, publiée par la. maison Hachette, M. Paul Mesnard, qui a étudié consciencieusement la question au point de vue de Racine, croit que, sous ce rapport, les assertions de Jean-Baptiste et de Louis Racine sont suspectes, et que cette traduction a dû être faite ou révisée de 1677 à IGSC.
M. Paul Mesnard i«e fonde sur ce que les fils de Racine ne voulaient pas qu'on pût croire qu'il avait traduit une œuvre aussi érainerament profane que le Banquet, à un âge où, ayant renoncé au théâtre, ses idées étaient toutes tournées vers la religion.
Mais si Jean-Daptiste et Louis Racine ont eu ce scrupule pour leur père mort, C'imiient croire que l'abbesse de Fontevrault ait pu songer, en aucun temps, à traduire jusqu'à la fin, comme le dit la lettre de Racine à Boileau', le banquet de Platon ?
- Louis Le Roi. dit Regius, professeur de philosophie grecque, au Collège de France; 13o9. (.\ote de M. Cousin.)
' M. Cousin raisonne, on le voit, dans l'idée que l'abbesse de Fontevrault n'avait jias traduit le discours d'Alcibiade, le dernier du F.anquet. Pourtant la lettre de Racine à Boileau, publiée par d'Olivet, dil positivemenl q.ie l'abbesse a traduit ce discours, « qu'elle a reclilié par un choix d'expressions fines et délicates, qui sauvent, en paitie, la grossièreté des idées...» M. Cousin n'aurait-il pas connu cette lettre? Cela n'est pas admissible, puisqu'elle est (hns le volume même de l'abbé d'Olivet. 11 l'aurait ilonc perdue di^ vue.
servir dune traduction do P.acine, et cependant, même à Racine, je ne pouvais sacrifier Platon. De là les emprunts perpétuels que j'ai fails à ce fragment, et les changements que je me suis permis d'y introduire pour rétablir le sens et quelquefois la couleur de l'original. Quant à la traduction de madame de Rochecliouart, le style en est toujours bon, et il y a de loin en loin des tournures et des expressions heureuses que j'ai recueillies. D'ailleurs , elle est d'une inexactitude qui ne permettait pas de songer à s'en servir. L'auteur d'Esthcr, dans la partie du Banquet qu'il a traduite , affaiblit l'expression de l'amour grec et substitue au langage naïf et direct de l'original la phraséologie équivoque de la galanterie moderne. Madame de Rochechouart dénature bien plus le texte, et le discours d'Aristophane n'est plus reconnaissable dans la chaste traduction de la docte abbesse. En effet, l'épreuve était aussi trop forte, et l'on ne peut la blâmer de n'avoir pas osé traduire ce qu'une femme lira me me difficilement '. On voit, au reste, qu'elle a traduit sur le latin de Ficin et ne connaissait pas le moins du monde l'original 2. Le docte professeur et la noble dame s'étaient arrêtés devant le discours d'Alcibiade, »
Il est à remarquer enfin que Daniel Huet, dont on a de nornljreuses lettres à Tabbesse deFontevraull, que d'ailleurs il ne nomme même
* Œuvres de Platon, t. VI, p. 4tl. — Rapprochons de l'appréciation moderne celle d'un contemporain considérable. Le 2 juin IfiTO, l'abbé Fleury écrivit au président de Lamoignon une longue lettre sur Platon. Après rn grand éloge de sa philosoi)bie, de sa morale et de ses mœurs, de sa dialectique et de son style, après avoir fait oliserver que les Pères de l'Église étaient obligés de le combattre parce que cette philosophie était la règle de la société de leur temps et qu'il n'en était plus de même, après avoir dit enfin que Platon pouvait être utile pour nous faire connaître les beautés extérieures de l'Kcrilure sainte, l'abbé Fleury ajoute: «Je n'en con^eillerois pas la lecture à toutes sortes de personnes. Il faut avoir l'esprit droit et être affermi dans les bons princi| es pour n'être pas scandalisé de certains traits de libertinage qui s'y rencontrent. Il faut entendre raillerie pour s'accommo<ler des ironies de Soci'ate... » {Opuscules de l'abbé Fleunj, t. 111, p. ISt et suiv.)
Voici, dans le même ordre d'idées et sur le même sujet, les réflexions faites par le critique Geoffroy, dans son édition de Racine:
« II est difficile de concevoir qu'une femme d'esprit ait eu l'idée de traduire un ouviage tel que le Banquet de l'iaton. Elle ne peut pas avoir été trompée par le nom d'amour, car cet amour dont on parle dans tout le dialogue nest point celui qui flatte les femmes... Les détails du discours d'Alcibiade sont d'un genre qui devait alarmer une femme délicate, à moins que son respect pour l'antiquité n'ait prévalu sur sa délicatesse. » {Œuvres de Racine, t. VI, p. 450.)
- .Nous avons dit plus liaut que l'abbesse de Fontevrault avait dans sa bibliothèque la traduction de Platon, en latin, par Jean de Serres ; rien no prouve d'ailleurs qu'elle n'avait pas aussi celle deMarsile Ficin.
PLATON ET L'.VDIJLSSt; DE FUNTh VU AU l,T. 207
pas dans ses iVé;'/»o??rs, parle par contre, avec des éloges infinis, d'une desniikesdcTabbesse (Marie-Élisaltelli de Kocliecliouart, lille du duc de Vivonne) qu'il surprit aux eaux de Bourbon, en 1G89, lisant un livre qu'elle refusa d'abord de lui montrer. C'était un recueil de quelques opuscules de Platon, de fédition grecxjue de Bâle. « Elle me supplia de ne pas la trabir, dit Huet dans ses Mémoires, et, puisque le basard ni'avoit conduit céans, de lire avec elle jusqu'à la fin le Crilon, dont elle avoit déjà hi le connnencement. C'est ce que nous fîmes en effet. Mais, tout le temps de la lecture, je demeurai dans un étonnement profond causé par la découverte que je faisois alors de tant d'érudition jointe à tant de modestie, dans un sexe et dans un âge si tendre. Ce n'étoit pourtant là que la moindre des qualités de mademoiselle de Rocbecliouart'. »
Nous espérions rencontrer la solution de la question dans la correspondance littéraire de Malbieu Marais et du président Boubier ; nous n'y avons trouvé que des insinuations contre fabbé d'Oiivet et quelques indications qui nedécideiit rien. Voici d'abord, à la date du 22 octobre 1726 et du 21 janvier 1727, comment Matbieu Marais parlait de l'abbé d'Oiivet :
— a ... Le Père du Cerceau a fait une réponse très-soge et trèspolio à V Apologie de l'ahbé d'Olivel; il lui a adressé la réponse à luimême. Cela ne regarde que le livre De natura deorum ; je ne sais de quoi l'abbé s'est avisé d'aller rejoindre des phrases j:]ui sont à liuit pages l'une de l'autre et de se faire dire des vérités qui ne lui sauroicnt folie que du tort. Il n'est pas encore question du livre de M. lluct, mais ils 'Jes jésuites' lui promettent je ne sais quoi qu ils lui lirndront, et, au milieu de cette politesse, il y a certaines ironies difllciles à digérer. Cc|iendant l'abbé est à Gacé, qui laisse tomber l'orage, et qui a bec et ongles pour se défendre quand il voudra.
— « ... L'abbé d'Oiivet m'a donné son Apologie contre le Père Du Cerceau; elle est bien écrite, mais il se sauve un peu à travers cliamps, et auroit tout aussi bien fait de ne point écrire, car il n'aura pas le dernier-. »
* Conimenlarii de relus ad eion pertinenlibns, de Daniel Huet, trachiction de Nisard, p. S'iS. — Marie-Élisabetli de Iloclieclionart épousa, en Ki'Jô.le inaïquis de Castrics. l-'cst d'elle que Saint-Simon a dit : « Madame de Ca>tries cloil un quart de iomme, une espèce de biscuit manqué, exirémemeiil jx'litc .. Elle savoit tout : liistoiie, pliilosopliie, malhé!n3li(iue<:, langue' >avaiUes... Délicate sur l'esprit, et amoureu^e de l'esprit où elle le trouvoit à son gré. » [Mémoires, édit. Chéruel, t. I, p. 406.)
* Mémoires et lettres de 3/. Marais, publiés par M. de Le'^cnre, t. III, p. -io-2 et
2r,8 APl'E>I»li;E.
Les extraits ci-après relevés dans les lettres de Mathieu Marais et du président Bouhier ne représentent pas Tabbé d'Olivet sous un meilleur jour.
Mathieu Marais. — Paris, 11 août 173-2. — « ... L'ami D. ^d'Oli- i vel; n'a pas ici grande réputation sur les manuscrits, et celui du Ban- ■ quel de Platon, qu'il a tiré de M. Racine, puis négocié, ne lui lait ! point honneur, ceci entre nous. »
Le président Bouhier. — Dijon, 16 août 1732. — a Ledit abljé 1 (d'Olivei ne nia rien mandé sur le Banquet de Platon , que je ne connois point encore. Du reste, je naurois pas grand'peine à croire ce que vous me mandez à ce sujet. Depuis quelque temps, je le trouve dérangé de plus d'une manière... »
Mathieu Marais. —Paris, 18 août 1TÔ2. — «... Il faut avoir le Banquet de Platon ; la traduction de Racine est excellente. L'abbé D. est un homme singulier; il se pare bien de vos remarques, qui fnnt vendre ses livres. Il a traduit quelques oraisons de Démosthènes ; mais soit-il le grec?... »
Le président Bouhier. — Dijon, 51 août 1752. — « Vous m'invitez donc au Banquet de Platon servi à la Irançoise par Racine. J'y banqueterai, si Dieu me prête vie , car l'auteur et le traducteur sont mes héros. Mais puisque vous connoissez M. Anfossi, ami de l'abbé Frnguier , demandez-lui ce que sont devenues les traductions qu'avoit laites ce philosophe. J'ai soupçonné qu'elles étoient tombées entre les mains de l'abbé D. aussi bien que son exemplaire de Platon, avec quelques remarques de sa main, que j'ai vu chez lui. Je ne lui saurois mauvais gré de ces p'etits larcins si le public en profite. C'est le vol de Prométhée. h
Mathieu Marais. — Paris, 28 août 1752. — ■( ... Le Banquet servi par votre ami n'aura pas manqué de vous plaire ; mais Socrate n'a pas si bien parlé dans la bouche de labbesse \ et l'ironie paroît ici en quelque défaut, qui est même un peu sophistique. Je saurai de M. Aiif..s.-i s'il sait quelque chose de ce larcin, que aous nommez si honorablement le vol de Prométhée, et à qui vous accordez avec miséricorde une absolution lacédémonienne; je vous trouve, en vérité, un peu débo:inaire sur ce chapitre. Le fait du Banquet pillé est public, et qu'avoit à faire M. de Grave, qui est bien étonné de se trouver dans une épître dédicaloire? »
Le président Bouhier. — Dijon, ^septembre lTo2. — n Je n'ai point encore vu le Banquet pilatonique. »
Mathieu Marais» — Paris, 4 septembre 1732, — « J'ai parlé à
* II résulterait de ce passa^-e queMalhieu Marais croyait la lettre de Pacine à Bûileau aullienliqup.
PLATON El l.Ani5ESSE DE FONTEYF; A U l.T. Jbî»
M. AiiCossi qui soupçonne que le Promolhéc est celui que vous avez dit. Il ne sait rien do particulier sur ce que les traductions sont devenues * . )>
A partir do ce moment, la correspondance ne fait plus mention du Ba)}(iuet de Platon, ce qui donne lieu de croire qu'une lettre du président Bouhier où il a dû rendre compte de sa lecture à Mathieu Marais a élé égarée.
Si Ton cherche à tirer une conclusion des observations qui précèdent, on arrive à ceci :
1° Nul contemporain de Gabrielle de Piocliechouart ne dit qu elle ait traduit le Banquet de Platon. L\m d'eux se borne à exprimer la grande admiration qu'elle professait pour le philosophe grec; le même écrivain mentionne une traduction des premiers livres de Ylliade. Il est évident que, si elle avait traduit un dialogue de Platon, il n'aurait pas hésité à le dire. Enfin Louis Racine ne i)rononce pas mémo, ni dans les Mémoires sur la vie de son père, ni dans la note autographe que nous avons reproduite d'après l'original, le nom de Labbesse de Fontevrault-.
2» L'abbé d'Olivet a le premier parléde cette traduction en 1752; mais, chose singulière ! d'après la lettre de Racine qu'il a publiée, en se cachant d'abord, celui-ci aurait remis le manuscrit de l'abbesse de Fontevrault à Boileau pour le lui rendre, et ce manuscrit se retrouverait, environ cinquante ans après, parmi les papiers de Hacine. Kst-il croyable que l'abbesse de Fontevrault, qui lui a survécu cinq ans, et qui avait un intérêt direct à se faire restituer son manuscrit, l'eût laissé entre les mains des fils du poêle?
3° Les Mémoires de Trévoux racontent que cette abbesse brûlait ses vers et cachait soigneusement tous ses travaux littéraires, li- \Tes de piété, de morale, maximes, sujets académiques. Comment supposer qu'elle eût consulté Racine sur la traduction d'un ou.
* Les lettres de Malliieu Marais ont élé publiées par M. de Lescure. Celles du prési'ient Bouhier sont inédites et se trouvent à la Bibliothèque impériale (Mss. 2o,î)l'2, à leur date).
* L'n état authentique des livres de Racine, remis en 1736, par Louis Hacine, à la Bibliothèque du roi, paile bien de la traduction d'une partie du Banquet «le Platon, mais ne mentionne nullement l'abbesse de Fontevrault. {Œurres de Racine, édit. Uachetle, t. V, p. 4r>l. — yofice s; r les Iradiictions de Ilaeine par M. Paul Mesnard.)