PI'E>-DICE
\Tage lel que le Banquet, et mis ainsi toute la cour dans la confidence? En outre, vers l'époque où elle aurait eu recours à Racine, ' celui-ci, alarmé par ses scrupules religieux, faisait vœu de renoncer au théâtre, et il ne manqua à son serment que pour écrire, par ordre, deux tragédies chrétiennes. Or, quels abîmes entre le Banquet et Eslher !
A" Enfin l'authenticité de la lettre à Boileau relative à cette affaire est fortement suspectée par les fils mêmes de Racine : « Boileau, disent-ils, leur a rendu les lettres qu'il avait reçues de leur père, et celle-là n'y était pas*, o
On vient de voir et chacun sait d'ailleurs que l'abbé d'Olivet ne passait pas, parmi ses contemporains, pour un éditeur des plus scinipuleux.
J'ajouterai que les annotations de Louis Racine , en marge des fausses lettres de madame de Maintenon fabriquées par La Beaumelle, ont été reconnues parfaitement fondées. Ses assertions paraissent donc mériter toute confiance.
Dans tous les cas , il n'était pas généreux à l'abbé d'Olivet de s'abriter derrière un nom d'emprunt , alors qu'il attribuait à une illustre abbesse la traduction d'une œuvre d'esprit des plus remarquables sans doute, mais si peu en rapport avec son état et ses obligations.
Dira-t-on qu'au dix-septième siècle , en fait de singularités et d'anomalies, tout est possible. J'avoue qu'à cet argument, le meilleur de tous, à mon avis, je n'aurais rien à répondre.
Je me suis borné, on le voit, dans cet exposé, à émettre un doute. La production de la lettre de Racine ou du manuscrit de l'abbesse de Fontevrault trancherait la question. A défaut de ces pièces, certaines indications contemporaines rempliraient le même but. En existe-t-il?
Jusqu'à ce jour, on est, il faut bien l'avouer, en présence des assertions tout à fait contradictoires des enfants de Racine et de l'abbé d'Olivet.
Si, de Lexamen de la question que j'ai soulevée, il résultait que l'abbesse de Fontevrault a véritablement traduit le Ba«ç2/e^ la lettre
* Nous lisons dansl édition de Racine donnée par Aimé Martin, t. Yl, p. 281, note, qu'une lettre d^ Boileau à Brossette, de l'année 1693, publiée piar Cizeron-Rival, à la suite de? lettres de Brossette, paraissait plus que suspecte au savant Daunou.
PLATON I:T L'ABriESSE D K FONTR VR A T TT. 271
(lo Racine à Boileau, du 18 flt'-cemhre , paraîtrait devoir se rapporter à rannée 1070, où labbessese trouvait à Paris auprès de madame deMontespan, dont la situation, alors plus que chancelante, expliquerait le langage assez cavalier de Racine au sujet de In coiree qu'on lui avait imposée.
Pièee n° II.