VIE ET MOUT DE L'AHUESSE DE FONTEYRAULT
elle. Suit qu'il fallût attendre que sa raison fût plus avancée, soit (comme il arrive assez souvent) que les personnes qui l'euvironnoienl lui eussent inspiré pour le couvent la peur qu'elles en lavoient elles-mêmes , mademoiselle de .Mortemart montra qu'elle y avoit une répui^nance extrême. Il fallut beaucoup de ménagements et même d'arlilices pour la conduire et pour la résoudre de demeurer à l'Abbaye-aux-Bois. Mndame de Lannoy en éloit nltbesse; madame de Chaulnes, à présent abbesse de Poissy, étoit maîtresse des pensionnaires, dame extrêmement estimée dans cette charge pai' une grande habileté et par une application exac'.e; mais la ::onJuite d'une personne si raisonnable et si accomplie ne lui donna aucune peine.
Mademoiselle de Mortemart s'accoutuma bientôt dans un lieu où 3lle se vil parliculièremcnt aimée ; son esprit, sa douceur, sa pru lence la firent d'abord distinguer, en sorte qu'elle fut admise Danni les granles pensionnaires. On faisoit un tel cas de sa raijon, qu'on lui parloit souvent d'affaires fort au-dessus de son à.^e. 'Aie disoit des choses si justes et si judicieuses , que madame l'ab- 3esse s'en récrioit, et disoit en bien des rencontres : Consultons ■na fille de Mortemart : elle est si équitable!
M. le duc de Mortemart , son père, qui avoit beaucoup d'esprit, 'alloit voir souvent par goût; il avoit de longs entreliens avec elle, ;t lui témoigna dès lors une tendresse pleine d'estime et de coniance qu'il a conservée tant qu'il a vécu.
Comme on remarquoit en elle un esprit tout à fait porté aux telles-lettres et aux sciences, on lui donna toutes sortes de maîtres •our ses études. Elle prévenoit leurs leçons avec une ardeur et une ntelligence surprenantes. Ce n'étoit point ce qu'on appelle trop .isément esprit dans les enfants, qui n'est souvent qu'une liarliesse à parler ou une facilité de mémoire ; le sien étoit véritableneiit beau et solide; le jugement et la pénétration s'y joignoient vec l'agrément et la délicatesse ; et il falloit que toutes ces quaités admirables fussent en elle dans un haut degré , puisque sa etenue et sa modestie ne jiurent les empêcher d'éclater.
Cet éclat ne fut pas renfermé dans le monastère : ceux qui la ouvernoient voulurent apparemment s'en faire honneur, ou vouu'ent peut-être donner à ces précieux talents l'occasion de se perjctionner par le commerce de tout ce qu'il y avoit de plus estimé our l'esprit et pour les lettres On sut qu'elle parloit et qu'elle
écrivoit non-seuleinent Titalien et l'espagnol , mais encore le latin. Elle attiroit à rAbbaye-aux-Bois les personnes de la plus grande réputation ; les plus savants et les plus liabiles clierchoient avec empressement à lui rendre visite. Parmi les étran;:ers illustres et curieux, ceux qui ne savoient pas encore assez notre langue avoient avec elle des conversations en latin, et ne manquoient pas , après l'avoir vue, de publier dans les pays éloignés que cette jeune personne étoit une des plus grandes merveilles de la France et de notre siècle.
Il arriva même que dans Tintei valle où madame sa mère Tavoit étirée du couvent pour l'engager à demeurer dans le monde elle la mena chez la reine mère. Quelqu'un vint à dire que mademoiselle de Mortemart savoit fort bien le latin ; M. Valiot, alors premier médecin, qui avoit la réputation de le parler parfaitement, se trouva [irésent ; la reine voulut qu'il s'entretint en cette langue avec mademoiselle de Mortemart. Elle répondit avec beaucoup de savoir et de présence d'esprit : le roi survint et fit continuer la conversation : Tantichambre, les appartements retentirent de ce qui se pa^soit ; on accourut en foule dans la chambre de la reine ; ce fut un spectacle, et mademoiselle de Mortemart fut extrêmement louée. Madame sa mère, en la ramenant chez elle , lui dit : « Eh bien ! que pensez-vous de ce qui vient de se passer ? — Mon Dieu ! répondit-elle , que le mo?îde se laisse éblouir de peu de chose ! »
Ce fait , quelque peu important quil parût à une personne si modeste, ne laissa pas d'être une de ces préparations secrètes don! la Providence se sert pour conduire tout à ses fins. Le roi rrcul par là des impressions favorables pour un mérite qu'il devoit élever à une place où la science, bien loin d'être un simple ornement de l'esprit , devient une qualité tout à fait nécessaire à cause de h singularité du gouvernement.
Cette sainte Providence agissoit en même temps sur le ca.'ur dt mademoiselle de Mortemart. Dieu travailloit à sanctifier les don qu'il lui avuit faits. Ce fut peut-être le goût qu'elle prit à tant d belles connoissances qui la détacha des occupations et des amu.scments vulgaires et frivoles. Celte élévation d'esprit la porta plu: directement vers le ciel : elle crut mieux posséder son âme dan le repos et le calme de la retraite.
Admirez-le, nos révérendes mères et chères sœurs; laversioi