VIE ET MORT [»K I/A BRESSE DE FONT E VH A C LT
religieuses et aux personnes du monde. Oui. nos ivvérendes mères et clières sœurs, nous pouvons assiuer hardinient que, sans courir le risque d'altérer les vertus es^entitdles à son état, elle auruil purifié le monde, si elle y avoit demeuré ; elle l'auroit du moins corrigé et éclairé. Cet esprit, qui savort se proportionner à tous les esprits, doux, égal, sans ombre, sans nuage, qui gardoit sa supériorité sans la faire apercevoir, et peut-être sans qu'elle s'en aperçût elle-même; cette pureté, cette droiture et cette élévation, ]ui agissoient sans qu'il parût aucune singularité de sentiments ni de langage, tout cela accompagné de la plus exacte pratique des bienséances et de la plus exquise politesse, auroient fait aimer insensiblement toutes les vertus nécessaires au bien de la société et :elles qui sont les plus recommandées par la religion.
Ce qui ^^Uit la ilatter le plus glorieusement, ce furent les nouvelles marques de l'estime du roi. 11 la combla de grâces et favorisa e succès de toutes ses prétentions. Les sentiments qu'il lui avoit émoignés dès ses premières années se sont toujours conservés, et a'ont jamais changé ni diminué pour elle. 11 est vrai que, comme la justice, la prudence et la discrétion étoient l'âme de ses demanies, elle a su adoucir limportunité des alfaires dont elle a été si souvent obligée de parler au roi. Ses lettres et ses mémoires Hoient écrits avec tant d'éloquence que Sa Majesté s'arrôtoit à es lire parmi ses plus grandes occupations. Il en a quelquefois larlé avec de grandes louanges. Elle, qui connoissoit le prix le cette souveraine protection , n'a jamais rien demandé qui le lui pût être accordé en justice et en conscience. Le roi a touours eu la bonté de lui marquer qu'il étoit pleinement persuadé le sa droiture et de ses bonnes inlentions. 11 joignit à sa protcc- .ion des témoignages particuliers de son amitié. Elle étoit en posiession de lui écrire, indépendamment des alfaires, en toutes les oc- :asions qui regardoient la i)ersonne de Sa Majesté. Il lui faisoit la p"âce ordinairement de lui écrire de sa main. La dernière lettre lont il l'a honorée étoit une réponse sur la naissance de Mgr le duc le Bretagne.
Les applaudissements qu'elle recevoit de toute la France, et qui 'evenoient même des pays étrangers où sa réputation étoit révérée lepuis longtemps, ne donnoient pas la moindre atteinte à sa paraite humilité. Elle en tiroit des motifs de s'examiner plus sévèrenent elle-même; elle en revenoit à tout moment aux réllexions et
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aux détacheinenls qircxige la sainteté de son l'iat; ellofaisoit laire les plus sublimes pensées pour écouler dans le silence les leçons du divin Sauveur. Ce qui étoit une rare modestie à l'égard du monde devenoit un profond anéantissement à Tégard de la religion. Elle confessoit son indignité au pied des autels, et tandis qu'ell s'acquéroit tant de considération aux yeux des hommes, elle s'ac cusoit et gémissoit devant Dieu.
Elle songeoit sans cesse à notre avancement spirituel et à nous donner tous les secours qui pouvoient animer notre courage. Si elle avoit su défendre nos droits avec tant de force, elle n'avoit pas non plus moins de zèle pour la gloire de notre glorieux fondateur qu'en avoit eu madame Jeanne-Baptiste, qui n'avoit rien oublié pour en obtenir la canonisation à Rome. Mais elle prit conseil et ne crut pas devoir rien tenter à cet égard , puisqu'une personne aussi puissante et aussi active que cette princesse n'avoit pu y réussir. Elle n"a pas laissé de procurer un honneur et une vénération infinis à la mémoire de ce saint homme ; elle a excité nos plus sa vants religieux à f\iire connoître ses actions et ses vertus; elle a dicté ses panégyriques. Enfin, dans ses dernières années, elle avoit travaillé à en écrire elle-même la vie, afin de la mettre au devant de la règle de notre saint Ordre, qu'elle vouloit faire réimprimerj avec un nouveau soin, parce que les exemplaires commencent à manquer. Son but dans cet ouvrage étoit de mettre devant les yei à toutes les personnes de l'Ordre, outre la règle actuellement ei pratique, les actions particulières de l'instituteur, l'esprit de l'in titution, et les raisons qui la doivent faire regarder comme moin: extraordinaire et moins contre les règles que ne le croient ceux qui n'en approfondissent pas l'intention et l'origine.
Ç'auroit été un ouvrage digne d'elle et d'une utilité infinie pour nous. Les affaires qui se succédoient sans intermission lui ont ôté le loisir de l'achever. On peut dire qu'avec sa piété et ses lumières, elle seule étoit capable d'exécuter ce grand dessein.
Qu'il auroit été beau de voir en même temps les règles et l'esprit qui les a établies 1 Que de traits touchants , que de clartés édifiantes elle alloit encore répandre dans nos cœurs et dans nos esprits, et qu'il en doit demeurer un sensible regret à tous ceux qui s'intéressent à la gloire du bienheureux Robert et de l'Ordre qu'il a fondé !
Que de matières de regrets nous trouverons toujours, nos rêvé-
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rondes mkmts el clirir-s sœurs, on exaiiiiiiaiil l.i vicd»^ cellegrande alibesse ! .Mais quelle matière d'allendrisseiiient el de louange tout ensemble ont eue celles d'entre nous qui l'ont ai)procliée de plus près et qui ont eu lieu de luieux connoitre le fond de son cœur! Qu'il y auroit de quoi la plaindre el de quoi l'admirer ! Que nous en pouvons tirer un grand sujet d'instruction pour adoucir les peines de noire état et ne nous pas décourager dans nos langueurs et nos foiblesses!
A voir sa douceur et son égalité qui ne se démenloient jamais, on auroit dit qu'elle n'avoit rien à combattre en elle, et que la pratique de ses plus pénibles devoirs ne lui coûtoit plus aucun effort? Cependant elle avoit ses combats el ses souffrances. Son esprit, comme nous l'avons tant remarqué, porté naturellement à ce qu'il y a de plus beau et de plus élevé dans les sciences, avoit incessamment à se rabaisser vers des objets tout opposés. Elle sentoit qu'une multitude d'affaires épineuses et accablantes venoit sans cesse troubler la paix de son cœur et cette douce inclination qu'elle avoit pour le repos.
Considérez, nos révérendes mères et clièi es sœurs, quel fardeau c'est que le gouvernement de soixante maisons répandues dans tout un grand royaume I El quelles occupations ne lui fournissoit point notre maison seule ! Les lettres, les conseils , les conférences, les offices, les solennités, comment y pouvoit-elle suffire ! Combien de jours et de nuits passés dans les infirmeries! Attachée auprès de toutes nos malades, jusqu'à la moindre de nos sœurs, elle ne les quittoit point dans la plus longue agonie ; ce qui ne manquoit point d'arriver très-souvent dans une connnunauté aussi nombreuse que la nôtre.
Cependant, quelle affaire a-t-elle remise? Quel de nos intérêts a-t-elle négligé? Quelles peines n' a-t-elle point partagées, n'at-elle point adoucies par ses soins, par ses instructions, par ses exemples, sans relâche, sans discontinualion ? Le poids de son administration ne la laissoit pas respirer, et quoiqu'elle ne donnât presque point de temps au sommeil, elle ne pouvoit plus ménager de courts moments pour elle-même. Elle ne pouvoit plus s'appliquer à ces belles connoissances,à ces savantes méditations dont elle avoit accoutumé de se faire un si noble et si utile délassement. Surtout, dans ces derniers temps toujours devenus plus difficiles, plus elie travailloit, plus le travail augmentoit. Dieu a voulu qu'elle eût tou-
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jours à comliatlro desHéfioùts el des répiiiiiinncps, afin (iircUe no mit sa joie et sa confiance qu'en lui, et qu'à rexcmple de tant de grands saints qui ont été ainsi éprouvés, elle fit de ces peines el de ces contraintes perpétuelles un usage nécessaire à sa sanctification.
Elle avoit bien compris, dés qu'elle fut nommée abbesse, que cet amour du repos et de la tranquillité d'esprit la feroit toujours souffrir; mais la piété et la religion qui entroient dans toutes ses pensées lui firent comprendre aussi que, puisque Dieu l'appeloil à un état contraire à ses inclinations, il Tassisteroil, et qu'il vouloit substituer des mortifications d'esprit à celles du corps, dont il n'avoit pas permis qu'elle fût capable. Elle eut en etfet toujours à se mortifier; les applaudissements, les succès, la douceur du commandement et de l'autorité, tout ce qui soutient humainement dans les travaux de cette nature, ne diminuoit point sa répugnance naturelle. Il n'y a que l'esprit de Dieu et la grâce qui l'aient soutenue. Elle faisoit un sacrifice continuel d'elle-même. 11 n'y a presque point de jour en toute sa vie où elle n'ait eu occasion de le renouveler et dont elle n'ait tiré un sujet de pénitence et d'humiliation.
Les indispositions se joignoient encore à cette amertume. Des migraines fréquentes l'affligeoient d'autant plus qu'elles interrompoient ses devoirs. Elle en cachoit souvent la violence ; elle prioit beaucoup en particulier, assistoit aux observances régulières, autant que sa snnté toujours foible le pouvoit permettre ; enfin, il falloit que les obstacles fussent absolument insurmontables, quand elle ne les forçoit pas pour les fonctions de sa charge. On l'a vue quelquefois agir malgré la fièvre même, pressée par la nécessité des altaires, engagée à ces solennités où nous sentions toujours qu'elle édifioit les cœurs et attiroit les regards par son attention exemplaire et par une piété majestueuse, implorant sans cesse sur elle et sur nous le divin secours avec une nouvelle ferveur.
On savoit l'excès de ses peines et de ses travaux ; on voyoit ses fréquentes indispositions. Dès longtemps sa famille auroit voulu jouir de sa présence et regrettoit de la voir si éloignée ; toutes les personnes qui s'y intéressoient par l'alliance, par l'amitié, par r.nclinalion avaient en vue de la rapprocher. On lui proposa l'écl ange d'une des grandes abbayes* proche de Paris; on lui repré-
* Jotiarre.
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senta les avantagos otla racilité do ce cliaiifïprnont ; au lien d'une dignité accal)lante qui la bi-paroil de (oui ce qu'elle avoit de jilus cher au inonde, on lui ulTrit du repos avec des richesses et une heureuse proximité; mais rien ne la put éhranler; elle résista à toutes ces vives poursuites, et à ses plus tendres inclinations. Elle répondit constaninienl à ses plus particuliers anriis ces paroles si sages : « Qu'il lui seroit aise de supporter les peines qu'elle éprouvait à Fonlevrault avec patience et une entière soumission aux ordres de Dieu, qui avoit permis qu'elle y fût établie, mais que si elle venoit à changer par des vues de satisfaction humaine, elle ne pourrait éviter de se faire des reproches et de sentir des remords, lorsqu'il lui arriverait des traverses dont la vie n'est jamais exempte. » Ne doutons point aussi, nos révérendes mères et chères sœurs, que nous n'ayons eu part à ce sacrillce, et qu'elle n'y ait été principalement engagée par sa tendresse pour noire Ordre et pour notre communauté. Elle prévoyoit notre inconsolable douleur, si elle nous eût abandonnées. Cest l'amilié réciproque de cette illustre mère et de ses chères fdles qui lui lit refuser tout l'agrément et tous les avantages qu'on lui proposoit ailleurs.
On n'osoit lui renouveler ces propositions, quoique sa santé, qui s'altéroit considérablement, les rendit de plus en plus recevables. Peut-être un voyage de Bourbon lui eût été nécessaire ; mais elle avoit résolu de ne plus sortir par aucun motif, qui la regardât en particulier. Elle dit que les eaux de Bourbon ne l'avoient pas beaucoupsoulagée, quand elle y avoit été, et qu'en tout cas elle y suppléeroit par d'autres secours. Cette personne si sage chercha ainsi à se tromper elle-même en se persuadant qu'elle trouveroit des remèdes, sans les aller chercher hors de son monastère. Elle succomba à la tin. Elle tomboit de jour en jour dans l'abattement et la langueur ; son humeur étoit également douce, mais il s'y mêla de la tristesse et de la mélancolie. Le corps se ressentit tout à fait des peines et de la situation de l'esprit.
Elle fut attaquée d'une petite lièvre, le jeudi 7 août. Ce mal qui ne parut pas considérable, ne laissa pas de donner une grande inquiétude, dont on se deniandoit les raisons, sans en pouvoir donner d'autres que le sentiment d'une tendre affection. La fièvre devint continue et redoubloit deux fois le jour par de petits frissons. Sa patience cachoit une partie de son mal, mais sa mélancolie ne
se manifesîa que trop par un épaiichement débile, qui parut jusque dans ses yeux, et par de fréquents soupirs qu'elle ne pouvoit empêcher, et qui tenoient de la convulsio.T.
Les six premiers jours de sa maladie se passèrent de cette sorte entre la crainte et respérance, jusqu'au mercredi au soir 15 août. On s'aperçut alors que ses discours (quoique justes en eux-mêmes) ne convenoient pas bien à ce qui se passoit ; ses raisonnements étoient plus profonds qu'à l'ordinaire, mais les termes ne se présenloient qu'avec difliculté. On vit qu elle avoit des convulsions dans les lèvres et à la langue, qui rernpêchoient de prononcer, et on l'avertit du danger où elle étoit. Elle rappela ses esprits, et après un recueillement de deux heures, elle demanda son confesseur, et avant fait retirer tout le monde, elle demeura en particulier a^^c lui.
La confession finie (c'étoit sur les onze heures du soir), toutes les religieuses qui avoient coutume d'être auprès d'elle étant-revenues, elle leur dit avec un air beaucoup plus tranquille quelle ne l'avoit eu pendant sa maladie: « Admirez, mes filles, la grande miséricorde de Dieu; il vient de me donner des forces que je ne pouvois attendre que de lui dans l'accablement oii le mal m'a réduite. Je me trouve maintenant dans une grande tranquillité. Vous ne sauriez assez remercier Dieu pour moi de la grâce qiéil m"a faite. »
Elle demanda ensuile la sainte communion. Elle redoubla son empressement sur les quatre heures, et pria qu'on ne lui difléiàt pas ce bonheur. T;indis que tout se préparoit, elle ordonna qu'on fît auprès d'elle des lectures les plus propres à entretenir ces saintes dispositions. Le révérend père prieur qui apporta le Saint-Sacrement, après l'avoir mis sur Tautel préparé dans la chambre, fit une exhortation qu'elle écouta avec beaucoup d'attention et de fermeté, à la fin de laquelle il lui demanda pardon, au nom des communautés. Elle répondit avec beaucoup de difficulté, à cause des convulsions qui revenoient : a Je leur pardonne de tout mon cœur, y ai toujours essayé de leur donner des marques de ma tendresse et de mon affection, et je demande pardon à Dieu et à nos communautés des fautes que j'ai commises à leur égard. Dieu ne permet pas que je puisse parler, comme je Vai fait autrefois, quand mon devoir m'y a engagée ; je ne le puis: Dieu ne le permet pas. »
Quel spectacle! quelle douleur, nos révérendes mères et chères sxursl elle montroit par ses regards et par des signes qu'elle dé-
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-iroitiious parler, et qu'elle auroit espéré que ses derniers inoiiii lits, encore destinés à notre éditication et à sa cliarité, auroient ivii'lu ses discours plus touclianls ; qu'elle se seroit serviede Tétat on elle étoit et de cet instant de séparation pour imprimer avec plus de force ses paroles dans nos cœurs pénétrés et attendris.
On avoit apporté processionnellement la vraie Croix et nos saintes reliques. Toutes les i)riéres que nous faisions étoient mêlées de gémissements.- Quand le Saint-Sacrement approcha, elle voulut se jeter à genoux ; nous la retînmes. Elle donna tous les signes de la foi la plus vive et de la plus parfaite résignation. Après avoir reçu ce saint Viatique, elle demeura (piehiue temps à goûter intérieurement cette heureuse union avec son Sauveur. Elle s'écrioit : 0 mon Dieu! que la soumission avec laquelle je vous' fais foffrande de ma vie puisse en réparer Vindignilélr^
Elle reçut l'extréme-onction avec une telle attention aux prières qu'on faisoit pour elle, qu'elle y répondoit toujours sans en perdre une seule parole. La grande prieure lui demanda sa bénédiction, qu'elle lui donna en lui disant : « // ne faut pas nous ailcndrir, ma chère niùce^. » Et l'on passa le reste du jour, qui étoit le jeudi 1-4, à réciter les psaumes les plus conformes à son état. Elle se les appliquoit, et en formoit des prières et des aspirations qu'elle adressoit à Dieu.
Après avoir été une partie de la nuit dans une espèce de repos, plutôt d'assoupissement que de soumieil, prèle d'aller paroîlre devant Dieu, le même jour que la sainte Vierge éloit montée au ciel, elle lit réciter les litanies de la Vierge, et y répondit, maliiré la peine qu'elle avoit à prononcer. Sur les huit heures du matin, on s'aperçut de la diminution de ses fc»rc. s ; les couununaulés s'assemblèrent au triste signal; les religieux, les ofticiers vinrent dans sa ch.unbre, selon l'usage; tout l'appartement se remplit ; on demeura en prières avec un redoublement de zèle et de douleur. A dix heures, l'agonie commença à se déclarer plus précisément par une espèce de cri qui, sans avoir rien d'afireux , pénétra nos cœurs, par la souffrance qu'il faisoit imaginer. Elle continua une plainte très-douce qui paroissoit le son naturel de sa voix , interrompue de moment en moment par ces i)aroles pleines de foi < t
' Celle-là même qui lui succéda et qui signa, au nom de tout le couveW la iiiésenlc circulaire.
d'espérance qui furent les dernières qu'elle prononça : « Venez, venez; advcnint regnum tuum. »
Le vendredi 15 août, sur les onze heures et demie du matin, elle expira ainsi dans la paix du Seigneur, uniquement occupée du bonheur éternel, sans rabaisser ses regards sur la terre, mourant comme elle aviiit vécu, avec une douceur qui tenoit plus de l'extase et du ravissement que d'une séparation douloureuse.
Vous vous imaginez trop, nos révérendes mères et chères sœurs, en quel état nous sommes et combien nous avons mêlé de larmes aux cérémonies de ces tristes jours. Nous avons été secondées dans notre affliction et dans ces funèbres devoirs par toutes les communautés religieuses, par tous les chapitres et les prêtres réguliers de ces 'provinces. Tout est venu à Fontevrault. Le saint évêque de Poitiers lui a aussi rendu ces devoirs sacrés, invité comme ami de notre communauté. Il a plaint avec nous cette perte irréparable. On n'a jamnis vu si généralement mêlées la douleur et la piété, et Ton n'avoit jamais rien fait d'aussi solennel pour aucune de nos abbesses.
La dernière action de sa vie touchant les fonctions de sa charge avoit été de visiter les infirmeries, la veille du jour qu'elle tomba malade ; elle s'arrêta particulièrement auprès d'une de nos mères *, distinguée par sa vertu et par son mérite. Cette religieuse, qui étoit accablée d'une longue souffrance, ne ressentitp lus, dès ce moment, que de la consolation et de la joie, et, pénétrée de l'amour de Dieu par le discours de. son abbesse et de reconnoissance pour des soins si salutaires, elle mourut quelques heures après elle, en témoignant une extrême satisfaction de ne lui point survivre.
iMais ressouvenons-nous, nos révérendes mères et chères sœurs, que, si nos éloges et nos regrets sont si justes pour cette abbesse incomparable, nos prières et nos voïux lui sont plus nécessaires. >e les bornez pas seulement à ces premiers jours de votre affliction et de votre d(juleur ; donnez-lui pendant toute l'année une grande part à vos communions, et généralement à vos bonnes œuvres. Prions toutes qu'elle obtienne la récompense de ses vertus, et prions pour nous que nous puissions l'imiter.
Priez pour une de celles qui vous parlent, que cette communauté
* La mèie Decdelicvre de La Dusnelais. il est question d'elle dans la leUre du 1" juillet 17U3.