‹ Gabrielle de VergyChapitre 11 sur 33 · RAOUL DE COUCY A LA COUR DE PHILIPPE AUGUSTE · texte numérisé non relu

RAOUL DE COUCY A LA COUR DE PHILIPPE AUGUSTE

^^^^^^AOUL devenu libre, par l'apaisement que Thabileté, la prudence et l'héroïsme de Philippe ^^^^ Auguste avaient su procurer aux pays de France et de Bourgogne, comme tous les jeunes gens à la recherche du nouveau, revint à la cour de Philippe Auguste, voulant par lui-même juger des merveilles que la renommée racontait; d'ailleurs, son père, sa mère et sa sœur s'y trouvaient réunis.

Il fut frappé et ébloui de la splendide beauté de M"'^ de Fayel, alors dans la radieuse période de ses vingt ans, et se demanda si c'était bien là cette Gabrielle dont il avait pris les couleurs, et à laquelle il avait voué tacitement ses affections, il y avait bientôt quatre ans aux fêtes de Dijon, au camp des Bourguignons, sous les murs de cette ville, qu'un des descendants de nos rois devait saluer du nom de la ville aux beaux clochers. Il ne peut se persuader que c'est là cette jeune fille de seize ans qui saluait ses plus beaux faits d'armes de l'éclat de sa voix fraîche et sonore, elle n'était alors qu'au début de sa vie, possédant cette souplesse qui est un des charmes

de la jeunesse, il la retrouvait devenue une noble châtelaine d'une admirable beauté, avec des reflets de tristesse au fond de ses regards.

Il se reprochait de s'être montré insensible à tant d'attraits.

Elle n'avait point la sévère beauté de sa sœur Adélaïde de Coucy, mais elle possédait un charme pénétrant et plus touchant^ sa physionomie trahissait une douleur cachée, que sa haute vertu ne pouvait permettre de révéler à son entourage, et qu'elle dissimulait avec le plus grand soin à tous ceux de sa famille.

Le comte Albéric de Rhétel, Tami de Raoul, malgré son dédain pour toutes les beautés de la Cour, ne pouvait s'empêcher d'admirer M""^ de Fayel, et s'étonnait que son ami Raoul en eût paru si peu touché, ce qui lui inspira le désir de la voir; la renommée disait que les deux amies se complétaient, aussi tous deux ils se présentèrent en même temps chez la reine.

Tandis que le comte cherche à se rendre compte de l'effet produit sur lui par Adélaïde de Coucy, Raoul n'est pas tranquille ; M"'^ de Fayel, sans le vouloir, et même sans y songer, a fait sur son cœur une grande impression, qui ne s'effacera désormais plus jamais, et le suivra partout, jusque sur le champ de bataille, où il succombera pour sauver la vie de Philippe Auguste, et garder à sa patrie un des plus puissants monarques qu'elle ait eus, et qui contribua si efficacement au grand épanouissement de la France.

Quelle terrible fatalité pour lui, Gabrielle de Vergy pouvait lui apporter le bonheur, M""^ de Fayel ne pouvait que le rendre malheureux et misérable.

Raoul était un loyal chevalier, un vaillant soldat de la France chrétienne, incapable de forfaire à son devoir, à l'honneur, et nulle félonie n'avait jamais d'aucun noir nuage voilé le ciel de sa belle âme.

Gabrielle était la femme du devoir, dévouée jusqu'aux plus saignants sacrifices, pour son époux dur et soupçonneux. Comme les femmes chrétiennes des temps passés, des jours présents et des époques à venir^ fières et heureuses de se sentir aimées, mais incapables de s'abandonner jamais à un acte pervers. Elle s'indignait d'un amour d'abord accueilli avec bonheur, comme une des joies de la terre, toujours rares pour les hommes ; le séjour de la Cour, où son père, son époux voulaient la conduire, lui inspirait d'indéfinissables frayeurs.

Adélaïde de Coucy et M""^ de Fayel s'attiraient à la Cour les regards de tous ; vite elles étaient devenues deux amies.

La première fois qu'elles s'étaient vues, elles s'étaient regardées avec une grande attention, et toutes deux furent frappées d'étonnement. Quoique élevées avec un grand soin, et une modestie plus grande encore sur les avantages dont la nature les avait douées, elles n'avaient pu s'empêcher de s'avouer et de se dire l'une et l'autre qu'elles étaient réellement belles.

Toutes deux, elles étaient grandes et. admirablement faites, la taille élancée et svelte, comme une émanation du ciel, avec une figure d'ange, comme une jeune imagination que le souffle des passions n'a point touchée, et qui a vu les vierges de Raphaël se figure les anges, les plus parfaites des créatures de Dieu.

L'une avait les cheveux noirs , avec des yeux aux

regards profonds, accoutumés aux lointains horizons.

L'autre était blonde, mais de ce blond qu'en Bourgogne l'on appelle châtain, avec des regards ayant le velouté de la pêche et des raisins de cette Bourgogne.

Et sans fausse modestie elles furent forcées de se rendre un témoignage réciproque des éloges que toutes les deux méritaient.

Si M""^ de Fayel a banni, sans le vouloir, la paix du cœur de Raoul de Coucy, les soucis de la fille du grand maréchal du palais sont grands, en voyant Roger de Rhétel ne lui accorder qu'un témoignage d'estime; d^ailleurs M^^^ de Mez était une très belle personne, de grand nom, d'une haute fortune^ son père avait été le gouverneur du roi^ et on lui destinait pour époux le comte Georges de Rhétel.

Le comte de Mez^ à la suite de convention de famille, devait épouser Adélaïde de Coucy, c'était le vœu du roi de France. Mais le voulait-elle, et on le sait, bonne et sage, mais résolue à ne point se laisser imposer quelqu'un, malgré son entière soumission à la volonté de son père et de son roi.

Cependant Georges de Rhétel et Raoul de Coucy, en allant chez la reine, y rencontrèrent la dame de Fayel et sa sœur Adélaïde; ce fut pour lui un grand bonheur de revoir Gabrielle qu'il avait d'abord connue damoiselle de Vergy, elle était devenue l'amie de sa sœur, c'étaient deux âmes, deux cœurs d'élite qui, loin de céder aux mouvements d'une mesquine jalousie de beauté, étaient devenues amies ; à première vue, elles s'étaient estimées et aimées. Raoul en avait été tout réjoui.

Au sortir de chez la reine^ Georges de Rhétel et Raoul

de Coucy se communiquèrent chacun son impression ; le premier dit à Raoul son admiration pour sa sœur et pour la dame de Fayel.

Les positions étaient bien différentes : l'un pouvait espérer voir un jour l'accomplissement de ses secrets désirs, malgré la promesse du roi et de Enguerrand de Coucy qui destinaient publiquement la main d'Adélaïde au maréchal de Mez, et la D^^^ de Mez à Roger de Rhétel.

Raoul n'avait et ne pouvait avoir nul espoir, et tout en nourrissant au fond de son cœur une vive affection pour Gabrielle de Vergy, il ne pouvait plus la faire agréer à la dame de Fayel, dont la vertu était connue et admirée, et Raoul de Coucy était un chevalier des temps héroïques de notre France, et le christianisme avait apporté dans les mœurs de cette époque une grande pureté dans les affections.

Raoul confia dès lors à son ami les troubles et les regrets dont il était tourmenté depuis qu'il avait revu cette Gabrielle de Vergy, la première affection de son cœur qui, jamais n'avait battu sinon pour la gloire acquise au miheu des combats, pour la grande patrie française.

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