‹ Gabrielle de VergyChapitre 12 sur 33 · LE RÉCIT DE GABRIELLE · texte numérisé non relu

LE RÉCIT DE GABRIELLE

L me faut ici me répéter et dire encore que le sire Enguerrand de Coucy voulait que sa fille épousât le maréchal de Mez ; inutile de redire le long discours qu'il lui adressa pour l'amener doucement à son dessein.

Le discours de son père ne put la convaincre, elle n'avait aucune affection pour le vieux maréchal, et les exhortations de son père ne lui furent qu'un sujet d'affliction et de plaintes.

L'arrivée de son amie, la dame de Paye], la trouva abattue et bien désolée, et pour la consoler, elle raconta ce qui venait de se passer, le discours de son père auquel il lui était difficile de résister ; on avait alors un profond respect pour l'autorité, aussi bien dans les familles des simples particuliers que dans la grande et nationale famille française qui se constituait en un grand faisceau.

Son père, on le sait voulait la faire épouser le comte de Mez qu'elle n'aimait pas, puisqu'elle en aimait un autre, Georges de Réthel^ Tami de son frère.

Gabrielle consola son amie, et, lui conseillant le respect dû à son père, lui dit de ne jamais faire le serment d'épouser un homme lorsqu'elle en aime un autre :

Et lui raconte alors sa propre histoire :

Vous rappelez-vous du camp que fit le duc de Bourgogne, il y a quatre ans ; toute l'Europe en parla, aux plus lointaines contrées, il en fut fait mention ; tous les plus illustres guerriers s'y trouvèrent réunis, les fêtes furent merveilleusement belles, les tournois brillants, une foule de vaillants chevaliers s'y illustrèrent (Gabrielle y était avec sa mère, son père Guy de Vergyles accompagnait, et fut même choisi par le duc de Bourgogne comme juge des combats).

Ma mère comme moi nous avions remarqué un chevalier plus vaillant que tous les autres, plus agile entre les plus adroits, il était de noble famille, il avait au front la marque de l'homme supérieur ! monté sur son grand et beau coursier, il surpassait tous les guerriers par sa taille et sa haute mine.

Tous les seigneurs m'adressaient des compliments, s'empressaient de plaire, mais je n'étais que peu sensible à toutes ces marques de déférence, d'estime et de respect, les hommages de celui-là seul attirèrent mon attention. J'étais fière et heureuse d'être remarquée par lui ; pendant quelques semaines encore il demeura à la cour du duc de Bourgogne^ là je pus l'admirer encore plus attentivement, et découvrir toutes ses hautes vertus, ma mère, mon père lui-même partageaient mon admiration pour ce chevaHer, devenu pour moi l'idéal de toutes les vertus.

Quand il quitta la cour, je ressentis une grande peine,

un grand vide se fit au fond de mon cœur, et je présageais dès ce moment une vie de douleur et de sacrifices.

Ni le temps, ni Tabsence n'ont pu me faire oublier ce noble chevalier.

Une année, deux années, trois années se passèrent Tune après l'autre, ma mère, mon père crurent que j'avais oublié le vainqueur des tournois du camp des Bourguignons^ ils pensèrent que tout cela avait passé pour moi comme une apparition devenue lointaine.

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