‹ Gabrielle de VergyChapitre 20 sur 33 · DERNIÈRE ENTREVUE DE PHILIPPE AUGUSTE ET DE RAOUL DE COUCY · texte numérisé non relu

DERNIÈRE ENTREVUE DE PHILIPPE AUGUSTE ET DE RAOUL DE COUCY

'iNduiÉTUDE du roi sur Tétat de Raoul ne lui permettait pas de rester longtemps sans apprendre des nouvelles de son fidèle chevalier, celles qu'à tout moment on venait lui donner l'affligeaient toujours davantage. Aussi fut-il profondément troublé en voyant paraître Roger avec la contenance d'un homme accablé de doubleur, d'une profonde tristesse; il lui demanda avec empressement quel était l'état de Raoul. Roger s'empressa de satisfaire au désir du roi, puis s'acquitta de sa commission.

Philippe quittant à l'instant même tous les seigneurs qui l'entouraient se rendit sur le champ chez Raoul.

Ce fut pour le sire de Coucy un grand bonheur de revoir son prince, en ces temps où chaque soldat était un héros, un chrétien, un patriote, le chef qui commandait, comme mandataire de Dieu et des citoyens d'un grand peuple, était la personnification de tous ceux qu'on avait laissés là-bas^ bien loin...

— C'est pour moi, dit Raoul au roi, un grand honneur, un grand bonheur de revoir celui pour lequel je voudrais

avoir cent vies à dépenser, encouragé par les regrets que me donne votre majesté. Je vais vous demander une grâce. Sire, vous savez quelle est ma tendre amitié pour Roger de Réthel, un frère ne pourrait m'être plus cher! il est digne des bontés de votre majesté, et je sais que vous Ten avez toujours honoré, et ma sœur mérite la protection que vous lui avez toujours accordée, le bonheur de l'un et de l'autre fait l'objet de mes derniers souhaits en cette vie, l'espoir de l'assurer m'a prêté encore quelques forces. J'ai pu écrire à mon père : je le conjure de recevoir ma sœur et Roger dans ses bras pour le consoler de ma perte. C'est à votre majesté' d'obtenir de mon père, qui avait, pour ma sœur Adélaïde, d'autres projets auxquels elle ne pouvait consentir, puisqu'elle aimait l'ami de son frère, Roger de Réthel, un de vos plus vaillants capitaines, et un sujet dévoué à votre majesté autant que Raoul de Coucy ; c'est à votre majesté d'obtenir de lui ce que je sollicite en mourant de sa tendresse pour moi. Permettez, sire, que je vous remette ma lettre ; en la recevant de votre main, que ne pourra-t-elle point sur le cœur de mon noble père, accablé de la mort de son fils!

Le roi prit la lettre que Raoul lui présentait.

— Soyez assuré, mon cher Raoul, que vos dernières volontés seront exécutées, je vous le promets. Votre sœur Adélaïde et votre ami Roger me consoleront un peu de la perte d'un sujet, d'un capitaine, d'un ami qui me fut toujours cher et qui m'est si attaché, si Dieu veut nous affliger d'une perte bien cruelle !

Le roi, alors s'inclinant sur Raoul, le serra dans ses bras et l'embrassant :

— Parlez encore, mon cher ami, vous pouvez tout attendre de moi, qui rachèterais votre vie de tout mon sang.

Philippe Auguste, accablé d'une terrible douleur, tint un instant la tête baissée, puis sortit de la tente de Raoul avec une précipitation qui faisait connaître quel était le désordre de son âme.

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