‹ Gabrielle de VergyChapitre 25 sur 33 · LA GUERRE · texte numérisé non relu

LA GUERRE

A guerre ! Qui de nous, habitants de l'Est de la France, ne connaît, dans toute son horreur, la terrible et cruelle signification de ce mot ? A qui d'entre nous ne rappelle-t-il une douleur, un brisement, un deuil ? Qui de nous n'a eu à prier pour un absent ou à pleurer sur un mort disparu dans cette vaste hécatombe ?

Hélas ! dans nos régions, en Alsace, en Lorraine, en Bourgogne, en Comté, nous avions à craindre, non seulement pour ceux qui nous étaient chers, mais aussi pour notre sol natal, ici arraché à la France, là souillé par l'ennemi, après d'inénarrables désastres qui vinrent tous nous surprendre en nous épouvantant ; les générations de l'avenir ne pourront croire à nos malheurs et à nos défaites.

Depuis bien longtemps les vantards allemands criaient à qui voulait l'entendre que l'Est de la France, surtout

l'Alsace, était allemande, que tôt ou tard ils rattacheraient à la mère patrie au moins cette dernière, et que le Rhin avec ses eaux bleues deviendrait tout à fait allemand. Ce temps est venu et serions-nous si abandonnés de Dieu pour tomber sous le joug humiliant de laPpasse ? Cependant Dieu nous a donné des frontières naturelles : le Rhin, les Alpes, les Pyrénées, l'Océan, la Méditerranée.

Le patriotisme des hommes de l'Est de notre chère France de tout temps a été des plus ardents. Aussi, le jour où la guerre fut officiellement déclarée, tout ce qui pouvait porter les armes s'engagea aussitôt que la terrible nouvelle de nos premiers malheurs fut connue ; ceux qui ont vu le colonel Bourras à la tête de s^i vaillante troupe, tous enfants du Jura et des Vosges, dont quelques-uns avaient à peine assez de force pour porter une arme, pour manier un fusil, ceux-là peuvent dire de quel saint amour'de la patrie, de quel viril enthousiasme étaient animés ces généreux enfants qui se sont fait écharper, sans reculer, de leur gré, au moins.

Les naïfs Allemands avaient espéré que dans l'Est de notre France ils seraient reçus à bras ouverts ; ils ont appris à leurs dépens tout ce qu'il y a de haine irréconcihable contre les Tudesques, dans notre cher pays ; ils savent ce qu'il leur en a coûté et ce qu'il leur en coûte encore aujourd'hui pour avoir voulu s'annexer une partie de cette terre soi-disant allemande, et que Dieu avait faite française.

Si partout, en France, les soudards allemands avaient trouvé le même patriotisme^ la même résistance que dans l'Est, qu'à Dijon, qu'à Nuits, cette Alsace et la Lorraine ne seraient pas sous le joug des Allemands.

Et dans tout le pays la défense s'organisait sérieusement; tous, jeunes et vieux, faibles et forts, étaient animés du patriotique désir de prêter l'ardent concours de leur dévouement à Tarmée française, à la Patrie blessée.

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