LÉON MESNY DE BOISSEAUX
Léon Mesny de Boisseaux était le dernier fils de M. Mesny de Boisseaux, mort depuis quelques années; Léon était resté seul avec sa mère, dont il était l'espoir et la consolation.
Il était donc le dernier descendant d'une noble famille qui avait rendu à la patrie de nombreux services. En voici la généalogie que je dois à l'obligeance de la mère du héros de mon histoire.
Philippe de Boisseaux, mort sur la brèche en défendant Nozeroy, assiégé et pris en 1639 par les Suédois que commandait le duc de Saxe-Veimar, bien connu dans l'histoire par sa cruauté,
Après lui c'est Jean-Antoine de Boisseaux, capitaine de dragons en 1694, adjudant général de Dom Diego, qui fut maître de camp en 1695 » s'était distingué à la bataille de Marsaille, au siège de Casel : il obtint dès lors du roi une pension de vingt- cinq écus d'or par mois. Il remplaça le célèbre capitaine Lacuzon pour la
défense du château de Vaudrey. Il mourut à Milan en l'année 1696.
Vient ensuite Pierre-Philippe de Boisseaux, qui fut capitaine d'invalides et qui mourut à l'hôtel de ce nom en 1755.
Voici messire Jean-Antoine de Boisseaux, son frère, capitaine au régiment de Lorraine, en 171 1; chevaHer de Saint-Louis le 20 août 1737. Il fut marié à dame Ursule-Gasparine, duchesse de Châlons d'Arley, en 1720, mort à Vars en 1760.
Messire Henri-Joseph de Boisseaux de Châlons, fils de Jean-Antoine de Boisseaux dont je viens de parler, fut capitaine des grenadiers royaux en 1768, chevalier de Saint-Louis, il mourut à Salins le 7 avril 1781.
C'est François-Xavier de Boisseaux, capitaine de milice, chevalier de Saint-Louis, assassiné près de Quingey par les recrues qu'il conduisait à Besançon ; il fut transporté et enterré à Bussy en 1764.
François-Joseph de Boisseaux, capitaine d'infanterie, chevalier de l'ordre miUtaire de Saint-Jean de Latran, le 18 janvier 1771 ; mort au service du roi en 1774.
Charles-Joseph de Boisseaux, conseiller assesseur au bailliage de Pontarlier ; il mourut en 1722.
Jean-Baptiste-Ignace-Hyacinthe de Boisseaux, prêtre, docteur en théologie, chanoine de l'égUse collégiale de Saint-Anatole, de SaHns, aumônier du corps royal de l'artillerie, régiment de Grenoble, à Strasbourg, le 22 décembre 1781.
Enfin Henri-Joseph de Boisseaux fut garde et caissier principal d'artillerie à l'armée d'ItaUe, licencié en l'an IX. C'est lui qui avait reçu une lettre du roi qui
l'autorisait à porter la décoration du Lys, en lui disant qu'il le comptait parmi les bons Français.
Donc, Léon Mesny de Boisseaux a été le dernier de cette forte race qui allait s'éteindre avec lui. Il naquit sur les bords de la Loue, en Franche-Comté, au département du Jura; son enfance, son extrême jeunesse s'écoula douce et paisible auprès de sa mère, bonne et tendre, qui l'éleva dans la crainte de Dieu et la pratique de toutes les vertus, surtout la douce vertu de charité.
C'était un enfant d'un grand coeur, d'un grand courage ; dès sa plus tendre jeunesse, il avait été préparé aux plus grands sacrifices; il aima, tout enfant, son prochain comme lui-même, peut-être plus que lui-même, il aima la patrie plus que quoi que ce soit en ce monde, il en a donné un éclatant témoignage; je vais bientôt ici le raconter.
Tout jeune, tout petit, il manifesta sa bonté, et révéla son âme charitable : ainsi, un jour qu'il était sorti seul, il rencontra un de ces étameurs ambulants qui viennent en nos villages pour y gagner leur vie ; l'ayant entendu déplorer sa pauvreté et se plaindre de se voir forcé d'abandonner son travail, parce qu^il ne pouvait acheter un peu de combustible, Léon Mesny de Boisseaux avait couru vers la maison paternelle^ aidé de tous ses petits camarades qu'il avait rencontrés, il lui avait rapporté une vraie provision de charbon, et le pauvre ouvrier put reprendre son travail.
Une autre fois^ il trouvait une pauvre femme qui avait son enfant malade, lui mettre dans la main la seule pièce d'argent, qui constituait tout son trésor, fut sa première pensée suivie de l'action. Sa vénérable mère
m'écrit qu'elle n'apprit le fait qu'en obligeant la pauvresse à conserver la pièce d'argent qu'elle se croyait obligée de restituer.
Voici un fait surprenant que raconte encore M""^ Mesny de Boisseaux, sa mère, et qui semble être le présage de sa mort de martyr.
C'est une croyance parmi les soldats d'un grand peuple de l'Orient que ceux qui meurent pour la patrie s'en vont tout droit au séjour des heureux.
Léon Mesny n^avait pas encore trois ans, sa bonne, écrit la mère de Léon Mesny, l'amena près de moi, il tenait l'almanach qu'il posa sur mes genoux, son petit doigt sur le nom de saint Léon, en me disant : Un bouquet pour moi ; je luis dis de prendre Léon pape pour patron ; il me répondit : Pas pape, moi !... Et Léon le Grand ? non, te dis, dans son langage d'enfant, il répondit : Tila, tila (celui-là) toujours en tenant son doigt sur le nom de saint Léon martyr pour sa religion.
Et Léon Mesny de Boisseaux fut martyr pour la France.
Le moment d'aller au collège arriva' bien vite, c'était un enfant merveilleusement doué, toujours plein d'entrain, d'une heureuse et charmante gaieté, et d'un enjouement que rien ne pouvait altérer.
Ses études commencées au collège d'Arbois s'achevèrent à Dole. Là, comme tout le monde, il forma ces amitiés solides et précieuses, qui ne se font qu'au collège, qui sont le charme de la vie ; pour lui, hélas ! cette vie fut bien courte pour tous ceux qui le connurent.
Ici, je ne veux point entreprendre de raconter quelle fut cette existence simple et sobre, rempHe d'un côté par
l'étude et la douce amitié, de l'autre par l'amour d'un cœur de la plus tendre, de la plus dévouée des mères.
C'est un poème chaste, c'est le poème de l'amour maternel, que nul n'a encore pu écrire en bons termes.
A ces deux existences qui se suffisent Tune à l'autre, et pour qui l'étroit horizon du village résume l'univers.
Notre Lamartine, le poète des méditations, a peint ce délicieux poème d'une mère qui chérit son enfant, d'un fils qui aime sa mère d'un pieux et saint amour : « C'était une âme qui commence, une qui continue. »