PREMIERE CAMPAGNE ET CONVALESCENCE
Aussi, Léon Mesny de Boisseaux gagna bien vite le cœur de ses compagnons d'armes.
La compagnie du jeune franc-tireur se mit promptement en route, et se dirigea sur les Vosges : ce C'est un pays charmant, écrit Léon à sa mère ; quand j'aurai fini la campagne, si je reviens, je t'emmènerai voir les Ueux dévastés par les Prussiens... puis conserve mes lettres, celle-ci est peut-être la dernière. »
Jamais dans toute sa correspondance l'ombre d'un regret, il avait fait son sacrifice, il marche de l'avant, courageux et vaillant, impassible et gai, dit un écrivain de son pays.
« J'ai vu l'ennemi, écrivait-il encore à sa mère, ils étaient 1,200 environ : cela m'a fait quelque chose (dit-
il naïvement) ; leurs vêtements sont si noirs qu'ils m'ont fait l'effet de corbeaux portant un fusil. Ils ont reculé devant moi. »
Puis sa compagnie rentre à Epinal, d'où il écrit à sa mère : c< Ma santé est bonne, tranquillise-toi. »
Toujours dans sa correspondance on retrouve la même ardeur, le même entrain, le même patriotisme.
Autant en ces temps fut admirable le dévouement de notre courageuse jeunesse française, autant fut condamnable l'impéritie des hommes nouveaux qui venaient d'escalader le pouvoir pour ensuite ce écheler » la tour des richesses et des jouissances.
Mais les fatigues inouïes d'une trop rude campagne pour nos jeunes soldats, jetés en face de l'ennemi, sans instruction militaire et inhabiles aux fatigues, l'inclémence de la saison, les marches forcées, les privations de toutes sortes eurent bientôt raison de la frêle nature du jeune Léon ; son énergie morale fut mal servie par sa force physique; fatigué afïreusement, surmené, il fut contraint de revenir dans son pays, exténué, amaigri ; la nature vaincue semblait demander grâce.
Léon Mesny de Boisseaux avait suffisamment prouvé qu'il était un vaillant et noble cœur, il avait largement donné sa part de dévouement, il avait mérité le repos dont il avait besoin et pouvait en jouir sans scrupule.
Sa mère avertie arriva à Arbois, où sa présence avait été réclamée par lui, elle le trouva dans l'état de délabrement que j'ai dit, les soins de sa pieuse et tendre mère lui étaient absolument nécessaires; d'ailleurs ses chefs lui avaient imposé, on peut l'assurer^ ce repos absolument nécessaire.
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