RAOUL DE COUCY
OUT le monde en France sait que la famille de Coucy fut une puissante, noble et fière race, une des plus illustres maisons de notre vieux royaume.
La petite ville de Coucy, qui lui a donné son nom^ faisait partie de l'ancien pays Laonais, du Vermandois. Elle est dans une belle et heureuse situation, sur un mont élevé ; elle était regardée autrefois comme une place très forte, et son château, comme celui de Vergy, passait pour imprenable. Dans ce château avait été bâtie une tour restée célèbre ; ses ruines imposantes sont là pour en attester l'importance, elle est encore presque entière, au milieu des débris de tous les autres édifices qu'elle défendait. Elle avait, d'après la Croix du Maine, soixante-douze pieds de hauteur et trois cent cinq de circonférence. Elle était à quelque distance entourée d'une forte muraille, moins haute, construite de pierres dures, qui avait dix-huit pieds d'épaisseur, et s'appelait la chemise de la tour. Il est facile de comprendre qu'avant
l'invention de la poudre il n'était guère possible de s'emparer de cette forteresse.
En 1652, Mazarin fit détruire la muraille. En 1692, le chroniqueur nous apprend qu'un tremblement de terre fit fendre la tour de Coucy de haut en bas, mais que néanmoins elle resta debout pour attester : (f l'industrie humaine et la magnificence des anciens seigneurs de Coucy. »
Raoul, le héios de mon récit, est souvent appelé, par les historiens de cette époque, Raoul de Marle^ Raoul de la Père, parce qu'il habitait plus fréquemment ces deux châteaux que celui de Coucy. Il est toujours cité avec éloge dans les écrits de son temps. Raoul de Coucy fut l'ami de Philippe Auguste, pour lequel il se sacrifia ; il aida son roi de toutes ses troupes, à la tête desquelles il combattit avec une grande vaillance. Avec Philippe Auguste, il se croisa en même temps que le comte Hugue de Vergy.