UNE MERE. — MADAME MESNY DE BOISSEAUX
Tandis que ces événements lugubres se passaient au petit village de Chaux, la pauvre mère attendait chaque jour avec une douloureuse anxiété le passage du facteur des postes. Mais depuis quelques jours rien n'était arrivé, aucune lettre, aucune nouvelle, à tous ceux qu'elle rencontrait, elle communiquait ses craintes, c'est elle-
même qui nous Ta dit^ dans une petite brochure^ monument de tendresse maternelle.
Un ami de Léon cependant avait reçu la mission douloureuse d'annoncer à M""^ Mesny le malheur épouvantable qui venait d'atteindre son fils, et le coup qui devait la frapper d'une si terrible manière.
Déjà, un jour on était venu lui annoncer que Léon venait d'arriver à Mont-sous- Vaudrey, et se préparait à aller l'y rejoindre. Mais on l'avait dissuadée d'y aller et ce fut son neveu qui alla à Mont-sous-Vaudrey pour elle et rentra à Champagne avec Paul, l'ami de Léon qui ve^ nait d'arriver près d'elle.
Seul le christianisme a appris aux mères comment il faut souffrir dans les grandes douleurs ; la mère du Christ n'est-elle pas appelée Mater dolorosa,., n'a-t-elle pas, elle aussi, tenu sur ses genoux le corps sanglant de son fils unique, le plus parfait des enfants des hommes ? Il était Dieu.
Cependant M. Morot, avec son précieux fardeau, s'avançait péniblement et tristement vers la ville de Beaune. Et M""^ Mesny qui attendait toujours des nouvelles de son fils retournait à Arc-Senans dans l'après-midi du 24 novembre, pour l'arrivée des trains.
Ce fut alors que le jeune franc-tireur qui avait mission de porter la terrible nouvelle à l'infortunée mère, lui tendit les bras en l'apercevant.
La mère de Léon comprit qu'un grand malheur venait de la frapper d'un de ces coups qui tuent toute autre que la mère chrétienne.
Cependant elle doutait encore et s'écria, d'un premier élan : « Ce n'est pas possible que tu ne puisses revoir ta
mère, mon pauvre Léon. Je veux te revoir, où es-tu ? » Et se retournant vers le jeune compagnon de Léon :
« Êtes-vous certain de ce que vous me dites, Monsieur ? »
« Oui, Madame, je l'ai vu, je l'affirme : il est à Thospice de Beaune. »
Ce n'était pourtant point à l'hospice de Beaune que la pauvre mère, si terriblement frappée, allait retrouver son jeune fils, ce qui restait de son enfant chéri, son unique espoir, sa seule consolation en ce bas monde, où les tribulations abondent, surtout pour les bons et grands cœurs.