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LES PRIX DE LA JOUTE

L est évident que les dames présentes aux tournois, attentives aux combats, encourageaient leurs champions.

Chaque coup de lance ou fait d'armes remarquable était annoncé aux sons éclatants des fanfares, et chacun répétait le nom du vainqueur maintefois.

Le combat devait se donner dans la plaine de Perrigny, jadis joli petit village gracieusement posé au bas des monts antiques de la Côte-d'Or; aujourd'hui il est devenu bien prosaïque avec ses rotondes fumantes, ses locomotives et leurs stridents sifflements.

Au midi de Dijon, vers l'ouest, se voient Marsannay, Chenôve, beaux villages; Couche}^ qui rappelle les Charni et les Bauffremont.

Les combats devaient avoir lieu à pied et à cheval, le roi était accompagné du duc de Bourgogne portant un petit bâton blanc, comme il était alors accoutumé, pour séparer les combattants quand ils avaient fourni leurs armes.

Le combat commençait dès l'aube ; c'était alors un

spectacle merveilleux; on était vers la fin de juin, le soleil sortant de derrière les monts, se montrait comme une immense boule de feu, envoyant ses brillants et radieux rayons sur les armes des chevaliers, faisant cortège au roi de France et au duc de Bourgogne : tout étincelait de lumière.

Les dames et les nobles damoiselles de tous ces hauts seigneurs, dans leur fière attitude, étaient sous la chaude lumière du soleil bourguignon d'une éclatante beauté; elles attendaient le signal du combat, et par leur présence encourageant leurs champions; leurs costumes riches et sévères ajoutaient encore à leurs charmes.

Le premier chevalier qui se présenta pour la lutte fut Raoul de Coucy; il était vêtu de sa cotte d'armes, le bassinet en tête, la visière relevée, monté sur un grand coursier de combat, plein d'ardeur; il avait en main sa bannière sur laquelle étaient écrites des maximes de la chevalerie :

Un chevalier, n'en doutez pas, Doit férir haut et parler bas.

Il était suivi de six écuyers, tous portant un costume de satin cramoisi et couvert d'orfèvrerie; ses compagnons richement vêtus et armés l'accompagnaient.

Arrivé devant le roi et le duc de Bourgogne, mettant pied à terre, il s'agenouilla devant eux; alors leur furent présentés les bâtons du combat, épées ou haches.

Pendant ce temps, les hérauts, les rois d'armes faisaient aux quatre coins du camp les proclamations accoutumées et recommandaient, aux noms du duc de Bourgogne et du roi de France, que nul ne restât dans la lice, s'il n'en

était commis du roi, du duc ou de son maréchal, ou s'il n'était de sa personne, lui-même combattant en champ clos; puis, toutes les cérémonies accomplies, venait l'heure du combat.

Ces jeux n'étaient pas toujours sans danger, un roi de France fut tué dans une joute; au tournoi de Nuys, il y eut des blessés, même des tués.

C'était un chevalier du pays d'Espagne qui tenait contre Raoul de Coucy, il était de taille moyenne, plutôt gros, renommé dans la chrétienté, il tenait sa hache près de lui, le bout en bas, émousée et amesurée, pour défendre et aussi pour attaquer. A neuf heures les combattants entraient en lice, pour la joute à pied. Raoul sortait aussi de sa tente^ c'était le plus beau des chevaUers de France d'alors, vaillant et rude jouteur, et encore habile dans la poésie; il appartenait à la famille de Coucy Dreux, au service du duc de Bourgogne, il était aimé du roi de France PhiHppe Auguste; la famille de Coucy ne voyait au-dessus d'elle que le trône, alliée à presque toutes les maisons les plus puissantes de son temps. Bien qu^'attaché au duc de Bourgogne, il suivait le roi de France, quand il vint obliger ce dernier à quitter le siège de Vergy^ et réconcilier le duc avec le preux de Vergy dont PhiHppe Auguste était l'ami ; il se trouvait au tournoi parmi les juges du camp, et y avait amené sa fille, Gabrielle, alors d'une incomparable beauté ; depuis longtemps, Raoul l'avait distinguée parmi toutes, et elle n'avait point été insensible aux attentions du valeureux guerrier; d'ailleurs par leur famille, ils étaient dignes l'un de l'autre.

Les deux combattants étaient entrés en lice, c'était pour

le combat à pied; Fétranger frappa rudement Raoul sur la main droite pour lui faire perdre sa hache, mais non le fit, et deux fois, il l'atteignit au pied, mais lui-même atteignit nombre de fois son opposant, et les quinze passes d'armes fixées par le règlement, faites, au grand honneur des champions, le duc de Bourgogne, juge du combat, jeta son bâton pour faire finir la lutte.

Le lendemain la joute fut reprise, c'était le combat à cheval.

Les deux guerriers, montés sur leur grand palefroi, portant haut leur bannière, entrèrent en lice.

L'Espagnol était monté sur un cheval paré d'un drap d'or blanc ; après lui venaient cinq pages à cheval vêtus de satin noir et violet, dont les chevaux étaient ornés de la manière suivante : le premier couvert d'un drap bleu, le second de velours, le troisième de satin, à figures, noir, avec une grande croix de Saint-André, le quatrième, de satin noir brodé, le cinquième de drap d'or, cramoisi; ce chevalier avait ainsi la mine d'un pompeux et fier homme.

Le Français, monté sur son fier coursier, couvert d'un drap d'or, avec les armes du roi, du duc et du sire de Coucy, était admirable à voir ; il était aussi accompagné à son entrée, en champ clos, de cinq pages aux brillants costumes, avec leurs chevaux très richement caparaçonnés.

Les chevaliers entrés en lice laissèrent « courre » l'un sur l'autre, rompirent leurs lances de pleine atteinte; à chacune des passes l'avantage fut à Raoul de Coucy, et les quinze exercices d'armes accomplis, le juge du camp ayant jeté son bâton, les deux nobles hommes se pré-

sentèrent devant lui ; il les combla d'éloges et de présents et leur dit que leurs armes étant finies, ils devaient se toucher la main, alors ils s'embrassèrent.

Puis les joutes continuèrent encore pendant huit jours.

Et le dernier jour, les vaillants qui avaient assisté à ces magnifiques divertissements, à ces vigoureux exercices guerriers, passèrent devant les échafauds, où se trouvaient réunis les hommes, et les nobles dames, l'élite de la patrie, chacun alors faisait un don aux jouteurs. Les nobles dames et damoiselles recevaient les hommages des combattants, qui en acceptaient des gages, écharpes, bracelets ou autres ornements.

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