‹ Gabrielle de VergyChapitre 8 sur 33 · A LA COUR DU ROI DE FRANCE · texte numérisé non relu

A LA COUR DU ROI DE FRANCE

E qui doit ressortir de mon récit comme moralité, c'est qu'il faut résister de bonne heure aux deux passions de l'amour et de la jalousie, toutes deux funestes au repos de l'âme.

Raoul de Coucy avait retrouvé la belle Gabrielle de Vergy à la cour du roi Philippe Auguste, elle était toujours merveilleusement belle ; son apparition y avait été un événement, et fait sensation; ses rivales en beauté ellesmêmes l'admirèrent, et n'en furent point jalouses, elle était, prétendent certaines chroniques, fille de Guy de Vergy, alors seigneur d'Autrey, où la puissante famille bourguignonne avait un château.

Guy de Vergy était l'ami du roi de France; un peu plus tard, il l'accompagna dans la croisade, dite la guerre de Saladin^ où il se fit remarquer par sa vaillance, sa prudence et son habileté; Philippe l'avait en grande estime et en grande amitié.

Comme la première fois, elle fit sur le jeune Coucy une nouvelle et vive impression, il la distingua parmi toutes les autres; déjà elle était l'amie de sa sœur

Adélaïde de Coucy, elle atteignait sa vingtième année, son costume si beau et de son époque rehaussait encore l'éclat de sa beauté, il était de drap d'argent, avec un manteau de pareille couleur, doublé de queues d'hermines, sa parure était de diamants, de perles, et les bracelets qui ornaient ses bras, semblables; de son côté Gabrielle avait remarqué Raoul.

Raoul était un vaillant et parfait chevalier, très admiré dans les combats, on l'a vu dans les fêtes de Dijon, données au roi Philippe Auguste par le duc de Bourgogne ; il était le plus habile dans les carrousels, dont il était l'ornement aussi bien que de toutes les fêtes de la cour du roi de France, et de celle du duc de Bourgogne. Il était fils d'Enguerrand de Coucy. Dans son costume de chevalier banneret, il était beau à voir, dit l'histoire de son temps, avec sa chaîne d'or autour de son cou, et enrichie de diamants ; son manteau de velours bleu, doublé d'hermine et parsemé de fleurs d'or; son casque doré, surmonté d'un panache blanc, son écharpe soutenue par une aigrette de diamant, et par-dessus tout, ce qui le rendait encore plus attrayant, c'était sa riche taille, sa merveilleuse physionomie ; il avait du sang gaulois et franc dans les veines, c'était bien le type Aryen dans sa pureté, il dépassait un peu ses vingt ans.

Gabrielle, qui avait déjà remarqué le brillant chevalier, frère de son amie, le revit avec bonheur; il y eut entre eux un engagement tacite qui survécut aux années, même à son mariage, car malgré ses résistances^ son père, qui d'abord avait approuvé son penchant pour Raoul de Coucy, lui avait fait épouser le seigneur de Fayel, avant son départ pour l'Orient.

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