RAYNAUD DE FAYEL
AYNAUD de Fayel était fils d'un Albert de Fayel, qui vivait en 1170 ; cette maison paraît avoir eu une certaine notoriété, on trouve un acte contenant un accord passé entre Philippe Auguste et cet Albert de Fayel, pour des biens situés à Jonquières ; elle était alliée à la maison de Mailly.
Raynaud, suivant la légende, dès l'âge le plus tendre, avait laissé éclater des saillies de caractère qui présageaient l'homme farouche et violent, prêt aux excès de la férocité la plus extravagante, surtout quand les salutaires enseignements du christianisme ne viennent point modérer ces exubérances humaines; le premier trait de fureur qui lui échappa fut de se révolter contre son père; il haïssait le monde, dit la chronique de Saint-Quentin, autant qu'il en était honni ; tout à ses yeux prenait l'empreinte de la noire mélancohe qui le dévorait, et qui, presque toujours, conduit l'homme aux plus cruelles extrémités.
Un moraliste a remarqué que cette ténébreuse disposition de l'âme produit presque toujours les plus célèbres criminels.
Fayel cependant avait le pressentiment du beau, et
quoique fuyant le monde, on le voit figurer dans les tournois, il ne dédaignait point la parure ; ainsi au tournoi de Dijon, il avait un manteau de couleur ponceau, parsemé de broderies en or, une large ceinture pendant sur sa poitrine avec une boucle au milieu, d'or ou de diamant ; à cette ceinture, était attachée une dague ; il portait aussi des bracelets aux bras, des bottines rouges qui lui montaient jusqu'aux cuisses ; sa toque était de velours noir et à l'espagnole, plusieurs plumes noires et rouges ombrageaient cette coiffure.
Il aperçut pour la première fois Gabrielle de Vergy, à la cour du roi Philippe Auguste, sa vision éqiut le misanthrope Fayel, et comme c'était un homme violent pour toutes choses, il conçut un ardent désir de devenir l'époux de la belle Gabrielle de Vergy qui, à son apparition à la cour, avait reçu les éloges de tous. Une douceur inexprimable lui prêtait un nouveau charme, supérieur à l'éclat de sa beauté. A peine se fut-elle montrée chez la reine, que tous les courtisans se disputèrent rhonneur de lui offrir leur main, on ne sait comment ce Fayel avait obtenu la préférence sur tous les autres prétendants ; la croisade saladine de Philippe se préparait, et il y a lieu de croire que Guy de Vergy, qui fut de cette lointaine expédition, avait besoin d'argent, et voulait marier sa fille avant son départ. Longtemps Gabrielle avait résisté à la volonté de son père, sans jamais révéler le secret de son âme, et il lui avait fallu se soumettre sous l'autorité paternelle, et Fayel n'avait pu ne pas s'apercevoir de la froideur de sa jeune épouse, aussi on conçut-il une immense jalousie d'abord contre tout le monde.
C^feî C^^î»^ ^^5^ ^'V^-' ^^^^^ 'ci&n cvfcri C^Jcr» c^»&r>