Chapitre VII
— Je pensais qu'il y avait peut-être eu quelqu'un....
— Certainement non, dit Claudine avec énergie, comme si elle avait repoussé la plus injurieuse des accusations. Je suis l'épouse de Christ.... ou plutôt je l'étais.... Ce que je suis maintenant, Lui seul le sait, et s'il peut me pardonner. Il le sait aussi.
— Il est fidèle et juste pour nous pardonner nos péchés, murmura Gabrielle.
— Je n'en doute pas, mais ce dont je doute, c'est qu'il puisse me pardonner.... Non, ne me parle pas.... Encore un peu de temps, et toutes ces choses sombres et mystérieuses apparaîtront claires devant mes yeux. J'en serai heureuse, bien que je ne m'achemine pas au repos, mais aux souffrances de l'expiation.,.. Oui, je sais ce que tu voudrais dire.... Vous vous êtes affranchis, avec tant d'autres choses, du feu purifiant du purgatoire. Vous vous êtes débarrassés aussi du vidame qui remplaçait l'évêque et punissait vos fautes. Vous pensez que le vidame est parti et ne peut revenir. Mais quel est le ressuscité d'entre les morts qui soit venu vous dire que le purgatoire n'existe plus P
— Christ est ressuscité pour notre justification, dit Gabrielle avec douceur. Il n'y a plus d'expiation du péché pour ceux qui ont été justifiés.
— Qu'en cela sa volonté soit faite, répondit Claudine.... Quant à toi, Gabrielle,... ton père aura besoin un jour de tes tendres soins. Tu ne l'abandonneras pas ?
La nouvelle Genève 75
— Moi ? Est-ce que je ne l'aime pas plus.... autant qu'un enfant a jamais aimé son père ?
— Alors demeure auprès de lui, soigne-le, soutiens-le, égaie-le aussi longtemps que tu le pourras. Ce n'est pas que je te dise de ne pas te marier.... Mais quel que soit ton sort, sois bonne pour lui, ne l'abandonne pas. Rappelle-toi qu'il t'a sauvé la vie, et que tu lui dois tout ce que tu as, tout ce que tu es.... Mais je l'entends venir. Pose ton ouvrage, Gabrielle, et va aider Marguerite à préparer le repas.