‹ Gabrielle, histoire d'une fiancée au temps de CalvinChapitre 12 sur 38 · CHAPITRE Vlli La nouvelle Genève · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlli La nouvelle Genève

La cité subissait une étrange transformation. Ce n'était pas tous ses concitoyens, mais une bonne partie d'entre eux, ceux qui gagnaient chaque jour plus de prépondérance, qui avaient résolu d'en faire une théocratie pure, c'est-à-dire un gouvernement strictement conforme aux lois de Dieu et exercé par ceux qui se considéraient comme ses serviteurs et ses envoyés.

Cette magnifique utopie avait déjà été tentée ailleurs. Pendant quelques brèves, glorieuses et décevantes années, Savonarole avait enseigné à Florence, sa ville bien-aimée, que Christ seul était son

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Seigneur et son Roi, au point que même les bambins criaient dans les rues : Viva il ré Gesu ! Nous savons comment cela finit, comment après des malheurs et des erreurs sans nombre, le prophète mourut pour son Roi, répudié et méconnu. L'œuvre du prophète genevois fut de plus longue durée, et la tragédie finale lui fut épargnée. Il se trouve beaucoup de points de ressemblance et aussi beaucoup de dissemblance entre l'Italien fervent, passionné, et le Français calme et fort dont la fougue intérieure plus contenue n'était pas moins violente. Si l'œuvre du Réformateur genevois dura plus longtemps et jeta de plus profondes racines, cela est dû sans doute à ce qu'il fut secondé par d'autres qui possédaient réellement l'esprit de vie qui donne la droiture, la puissance et la victoire.

Mais sans parler du parti des Libertins, il y avait d'autres gens à Genève que la mystique influence n'avait point touchés, qui étaient en cela semblables à Ami Berthelier, à sa sœur, à Norbert de Caulaincourt. D'autres au contraire y exposaient leur âme en entier comme le tisserand étale sa toile au soleil dans l'espoir de la blanchir. Le père de Norbert était de ce nombre. Après avoir embrassé la foi nouvelle, il avait vécu presque solitaire. C'était en de rares occasions qu'il lui était donné de recevoir à Gourgolles quelque pasteur huguenot itinérant, ou de se rendre déguisé à une réunion en plein air, ou encore d'aller en quelque lieu secret participer à la Sainte Cène. Il avait, il est vrai, la Parole de Dieu pour

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maintenir en lui-même la vie spirituelle, sans avoir recours à une autre source. Toutefois de grandes bénédictions sont attachées aux relations normales, à l'échange des idées entre chrétiens de la même foi.

— Je suis un autre homme depuis que je suis ici, dit-il un jour à son ami Antoine Calvin.

— Maintenant vous irez répandre la lumière, dit Antoine qui cousait activement les feuillets de la nouvelle édition de V Institution de la religicm chrétienne.

— C'est bien ce que je souhaite, mais où aller ? Que faire ?

— Demandez à mon frère.

— Je ne voudrais pas l'ennuyer d'affaires qui ne sont pas siennes.

— C'est justement son affaire. Il dit à un homme : allez ! et celui-ci va ; à un autre : venez ! et cet autre vient, et à ses serviteurs les Genevois : faites cela ! et ils le font.

De Caulaincourt resta un instant silencieux avant de répondre.

— Il peut m'envoyer où il voudra. Pour moi, tous les pays sont indifférents, ajouta.-t-il avec émotion. J'ai essayé de temps à autre de communiquer avec Gourgolles, mais c'est inutile. Aucun mot ne m'est jamais parvenu. Je vois que je suis mort pour les miens, comme ils doivent l'être pour moi. Désormais, je n'ai plus de foyer sur la terre, sauf celui où votre bonté veut bien m'accueillir.

De Caulaincourt se rendit donc auprès de Jean

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Calvin, qui l'envoya immédiatement en mission chez les paysans des districts savoyards avoisinant Genève. Sa connaissance de leur patois le qualifiait spécialement pour cette œuvre, et son champ d'activité étant si proche, il pourrait facilement revenir pour être guidé, conseillé, encouragé, si toutefois il en revenait jamais. Tous les missionnaires de la Réforme savaient, en quittant Genève, que leur vie ne leur appartenait plus.

La nouvelle Genève tout entière brûlait de se sacrifier aux missions, et non seulement les jeunes tels que Louis de Marsac, mais aussi les hommes d'âge mûr comme de Gaulaincourt. Tous se laissaient gagner par l'enthousiasme. Ces âmes héroïques trouvaient dans leur croyance une douceur inexprimable. Elles y puisaient cette force indomptable qu'aucune violence armée ne pouvait vaincre. « Tu me guideras par Ton conseil et Tu me recevras dans Ta gloire. Qui ai-je au ciel, si ce n'est Toi ? Et il n'y a personne sur la terre que je désire autant que Toi. y> Ces âmes n'étaient pas seulement les plus fortes, mais les plus nobles, les plus saintes, les plus tendres que le monde ait jamais connues et connaîtra jamais.

Le code de la morale calviniste n'excluait point les joies pures et sacrées de la vie terrestre, quoiqu'il parût parfois en mépriser la grâce et le charme. Les jeunes gens tels que Louis de Marsac qui ambitionnaient le martyre, comme les soldats modernes ambitionnent les honneurs militaires, ne pouvaient néanmoins se maintenir constamment à ces hauteurs

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mystiques. Ou plutôt ces hauteurs où l'air était vif et pur, la vue étendue, et les vallées au-dessous où couraient les eaux limpides, où s'épanouissaient les fleurs, faisaient également partie du même voyage accompli avec le même Ami, avec la perspective de la même demeure au terme de la course.

Un jour, Claudine Berthelier rentra de la promenade, très animée.

— Je viens de rencontrer M™^ de Maisonneuve, dit-elle à Gabrielle et à Marguerite. Elle insiste pour que nous assistions demain soir à un souper qu'elle donne en l'honneur du seigneur de Vezelay qui vient d'arriver de France.

Les de Maisonneuve, à parler exactement, les Baudichon de Maisonneuve, étaient les gens les plus riches de Genève et de zélés protestants.

— Mon père refusera d'y aller, dit Gabrielle.

— C'est vrai, M. de Maisonneuve a fait tout son possible pour le persuader sans y réussir. Mais madame dit que tu dois y venir, elle ne veut accepter aucune excuse. Et malheureusement, comme tu ne peux y aller seule, il faudra que je t'accompagne. Dieu sait que je ne voudrais pas te rendre vaine, mais il est clair que ces régénérés sont encore assez mondains pour aimer voir une jolie fille assise à leur table. Quelle robe mettras-tu ?

— Ma robe du dimanche, ma ceinture d'argent et les rubans bleus que mon père m'a donnés, dit Gabrielle, les yeux étincelants de plaisir.

— Bien ! dit Claudine presque contente.... La

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peste soit de ces lois somptuaires, qui ne permettent rien de plus à la fille d'un bourgeois sans emploi public, même pour se rendre à une fête. Quant à moi, je serai assez bien mise, avec ma robe grise, un fichu de mousseline et une coiffe empesée. M«i® de Maisonneuve nous fera chercher et reconduire sous bonne escorte.

— C'est heureux que vous n'ayez pas besoin de la mienne, dit Marguerite. Quelqu'un reste donc à la maison pour prendre soin du maître. J'avoue que je . i méprise les fêtes et les réjouissances, mais je ne suis pas fâchée que l'enfant ait un brin de plaisir, une fois dans sa vie.

Moins qu'un brin de plaisir serait une telle soirée pour une jeune fille du XX® siècle. Le repas, strictement réduit au nombre des plats permis par la loi, était servi sur une étroite et longue table ou planche de bois poli. Les hommes, tête couverte, tous assis du même côté, et les femmes en face. Si le menu n'était pas très varié, la chère était bonne et abondante. On mit d'abord sur la table le pot-au-feu traditionnel et genevois, une véritable marmite de dimension imposante contenant du fièvre, des chapons, de la venaison, et d'autres viandes servies dans leur riche bouillon additionné de vin au lieu d'eau. Des pièces de viande rôties et bouilfies suivirent pour faire place ensuite à des douceurs et à des pâtisseries pour lesquelles Genève était réputée, bien que sous le nouveau régime la consommation en eût beaucoup diminué.

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— Que je voudrais voir Norbert ici, dit une voix familière.

Gabrielle sourit à de Marsac qui, vis-à-vis d'elle, cherchait à lui faire remarquer des gâteaux aux amandes particulièrement délicats.

Puis un des pasteurs présents rendit grâce et tous quittèrent la table, se dispersant pour causer par petits groupes.

Gabrielle restait incertaine et gênée, quand M. de Gaulaincourt s'approcha d'elle. Il lui désigna toutes les personnes présentes qu'elle ne connaissait pas.

— Mais où est, demanda-t-elle, le seigneur de Vezelay.

— Ne le connaissez-vous pas ? c'est ce bel homme de haute taille, avec un manteau de velours bordé de fourrure.

— J'ai cru que c'était là le docteur Théodore de Bèze. Je sais qu'il est grand ami de maître Calvin. Je pensais que ce dernier serait aussi ici ce soir.

— Il était convié, mais trop occupé pour venir. Sur les neuf pasteurs, nous en avons quatre et trois de nos quatre syndics. L'Etat et l'Eglise sont donc bien représentés.

— Je vous ai cherché, de Gaulaincourt, dit leur hôte en survenant. Je voudrais vous présenter au docteur Théodore de Bèze. Il connaît quelqu'un qui fut dernièrement aux environs de Gourgolles et qui pourra vous donner quelques nouvelles de votre famille.... Peu de chose, mais au moins ce sont de bonnes nouvelles.

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De Caulaincourt s'éloigna en toute hâte et Gabrielle se trouva de nouveau seule. Mais Louis de Marsac qui guettait une occasion s'approcha d'elle.

— Je vous en prie, damoiselle, voulez-vous jouer avec moi à la clef?

Il la conduisit à une petite table sur laquelle se trouvait un énorme et lourd morceau de métal qui avait forme de clef, avec des marques et des chiffres dessus. Pousser cette clef aussi loin que possible vers le bord de la table sans toutefois la laisser tomber était le simple et peu excitant passe-temps auquel se livraient les citoyens genevois pour reposer leur cerveau fatigué des débats politiques et religieux. On dit que même maître Calvin, en ses très rares moments de loisir, « poussait la clef » pour se distraire de trop absorbantes préoccupations.

Ils n'interrompirent leur jeu que pour écouter un psaume chanté dans la rue par des amis des Maisonneuve, qui leur faisaient honneur. Puis il y eut une lecture de la Bible, des prières dites par Théodore de Béze et l'un des pasteurs. Ensuite les invités se séparèrent. De Caulaincourt et Louis de Marsac accompagnèrent Claudine et Gabrielle jusque chez elles.

Le dimanche suivant, on remit un paquet à Gabrielle. Il contenait des tablettes d'ivoire montées en argent, ouvrage d'un artiste italien, exilé pour cause de religion et établi à Genève.

Gabrielle se souvint avec confusion qu'elle avait étourdiment dit à Louis au cours de leur conversa-

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tion chez les de Maisonneuve que ce dimanche était le jour de sa fête.

Le temps passait, amenant un événement insignifiant pour les annales toujours si remplies de l'histoire de Genève, mais qui était pour de jeunes existences, d'une importance capitale.

Un jour, au milieu de l'hiver, il y eut un service solennel à St-Pierre. Après des prières, des bénédictions et beaucoup d'exhortations, les mains des Anciens se posèrent sur deux jeunes têtes courbées devant eux. Denis Poquelin et Louis de Marsac furent consacrés pasteurs et missionnaires, pour aller porter le pain de vie en France, leur pays natal.

Maître Calvin prêcha sur un texte très approprié à la circonstance : « Je vous envoie au dehors comme des brebis au milieu des loups. » Et dans la foule compacte remplissant l'église, beaucoup ne pouvaient l'entendre tant ils pleuraient. Ce n'était pas que les jeunes missionnaires eussent des parents dans l'assistance. Louis de Marsac avait été amené tout enfant à Genève par son père, gentilhomme français exilé pour cause de religion et mort depuis longtemps. Denis Poquelin, Français aussi, était arrivé dernièrement de Lausanne où il avait fait ses études. Mais en ces temps-là, tous ceux qui partageaient la même foi, étaient frères.

Berthelier n'était pas présent :

— Les sacrifices humains ne sont pas de mon goût, avait-il dit, pas plus ceux de maître Calvin que ceux du pape.

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Claudine était dans l'assistance. Elle avait voulu prier pour ces deux pauvres enfants innocents, qui allaient être jetés dans la fournaise pour les péchés des autres. Mais une fois hors de l'église, la colère de Claudine, colère de colombe blessée, éclata en termes inusités, inouïs chez une personne comme elle.

— Que Dieu pardonne à ce noir prêcheur hérétique au long nez, auquel vous avez tous vendu vos âmes, s'écria-t-elle. Il reste là, libre, protégé par Genève tout entière, et il ordonne à ces deux pauvres garçons d'aller au loin pour être brûlés à petit feu, aussi calmement que je dirais à Marguerite : « Allez à la cuisine me chercher un torchon. » S'il a une aussi haute idée de la gloire du martyre qu'il le dit, que ne part-il lui aussi pour la conquérir ?

— C'est ce que je pense souvent, dit Norbert. Je ne voudrais pas même l'envoyer en France, mais seulement dans les marchés de la Savoie où va mon père. C'est très sage, très prudent de rester ici à nous prêcher, mais.... Et pourtant je sais qu'il est brave. Ne l'ai-je pas vu tenir tête aux Libertins ?

— Ce n'est peut-être pas la pire chose que partir, murmura Gabrielle d'une voix altérée.

Norbert quitta les Berthelier à leur porte et s'achemina lentement vers la rue de Coutance, dans l'espoir de rencontrer Louis de Marsac. Il le vit en effet venir.

— Je te cherchais. Viens avec moi.

Louis donna quelques conseils à son ami au sujet de ses études.

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Norbert répondit tristement :

— Je ferai ce que je pourrai, mais je déteste l'école à présent ; il n'y a plus rien de bon depuis que tu Tas quittée.

— Oh ! non, tu penseras à moi, tu travailleras à cause de moi.

— Ah ! si tu me demandais de faire quelque chose pour toi^ pour toi réellement, personnellement.

— Prenons ici par la rue des Chanoines. Voilà Saint-Pierre qui sonne, c'est l'heure où je dois aller voir maître Calvin qui me donnera ses derniers conseils et me fera ses derniers adieux. Veux-tu m'attendre ? Je ne resterai pas longtemps.

Louis frappa àlaporte.-Norbertsepromenaenlong et en large, mais il n'eut pas longtemps à attendre. Louis sortit bientôt grave et sérieux. Des larmes tremblaient au bout de ses cils.

— Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Norbert avec sympathie.

— Bien, tout va bien. Si je pleure, c'est de joie, — joie d'être trouvé digne, joie qu'un tel honneur me soit accordé. — Pourtant j'éprouve aussi du chagrin, à quitter mon cher père spirituel ! Mais n'en parlons pas. Viens avec moi dans la cour de la cathédrale, on y est tranquille.

Ils s'y promenèrent quelques instants en silence, silence que Louis rompit enfin :

— Tu disais que tu voudrais faire quelque chose pour moi ?

— Oh î mets-moi à l'épreuve !

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— Tu sais, tu as deviné qui m'est le plus cher dans tout Genève, plus cher que quoi que ce soit au monde....

— Oui, je l'ai deviné, mais je suis étonné de ton goût.

— Gomment ? Tu es étonné ! je croyais que tu avais de l'estime, de l'admiration....

— L'estime et l'admiration n'ont rien à faire là dedans. Jamais de ma vie je n'ai été aussi effrayé....

— Effrayé ! la douceur, le charme même....

— Il se peut qu'il soit doux avec toi^ parce que tu es dans ses bonnes grâces, mais pas avec de mauvais écoliers tels que moi. Le charme î que le Giel nous soit en aide ! Louis, où as-tu tes yeux ?

— De qui parles-tu ? demanda Louis.

— De qui, si ce n'est de l'homme que tu viens de quitter. Je sais que vous l'aimez tous, d'un amour à mes yeux plus qu'étrange.

— Il y a un autre amour qui n'a rien d'étrange. Oh! Norbert, n'as-tu rien deviné? Tu l'as vue si souvent. Tu nous as vus ensemble plus d'une fois. Ne te rappelles-tu pas ce jour où, toi et moi, nous nous sommes levés avant le chant du coq pour porter son pain au four ? Nous ne sommes pas fiancés, nous n'avons pas encore bu à la même coupe, je n'ai pas parlé à maître Berthelier, à elle encore moins, car je pars au péril de ma vie. Je reviendrai ou je ne reviendrai pas : cela dépend de Dieu. Mais si je reviens, je le ferai, elle le sait sans queje le lui aie dit. Je te considère en quelque sorte comme un chevalier

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considérerait son jeune et cher écuyer, un jeune frère d'affection, un frère d'armes peut-être plus tard. Veux-tu agir pour moi, en mon absence, comme un écuyer dévoué, comme un frère ? Veux-tu la servir en toutes choses s'il lui arrive d'avoir besoin d'un appui ?

Le jeune garçon en écoutant son ami, croyait sentir le sol trembler sous ses pieds. Le fragile édifice de son bonheur croulait. Il ne songeait pas à répondre. Gela lui était impossible.

Louis le regardait avec tendresse. Il était sans soupçon de la vérité :

— Qu'est-ce qui afflige mon jeune écuyer ? dit-il ; Norbert, es- tu fâché que je t'appelle ainsi ? Il savait ,que les jeunes garçons de son âge aiment à être traités

;n hommes.

— Non, oh ! non, dit Norbert en se dominant. Louis, je le ferai, tu peux avoir confiance en moi.

Ils ne se dirent pas grand'chose de plus jusqu'au moment où ils se séparèrent. Louis pensait que [Norbert n'était encore qu'un adolescent. Il attribua

5on silence et ses regards attristés au chagrin de la ^séparation prochaine. Son cœur à lui était profondélent troublé. Il quittait tout ce qu'il aimait, et il se

sentait plein de reconnaissance pour l'affection qu'on [lui témoignait de toutes parts. Emu par cette pensée,

il entoura de ses bras forts ce jeune frère, l'embrassa 'étroitement et, comme c'était alors l'usage entre [hommes, il le baisa sur la bouche.

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