‹ Gabrielle, histoire d'une fiancée au temps de CalvinChapitre 6 sur 38 · CHAPITRE III Le grand trône blanc · texte numérisé non relu

CHAPITRE III Le grand trône blanc

On venait d'ouvrir la porte de Cornavin pour livrer passage aux laitiers, aux marchands de fruits et de légumes, qui se rendaient au marché matinal.

Marchant derrière un char, et comme s'ils en avaient eu la garde, deux piétons qui n'avaient rien à vendre se faufilèrent inaperçus dans la cité. L'un était un homme de haute stature, vêtu d'une blouse; l'autre, un jeune garçon aux yeux noirs, qui pouvait avoir quatorze ans, mais de petite taille et l'air enfantin. Ils s'écartèrent bientôt de la foule et se retirèrent, sans être observés, dans l'ombre d'une vieille maison. Cédant à une impulsion soudaine, le plus âgé des deux voyageurs s'agenouilla et posa ses lèvres sur la terre.

— Dieu soit loué ! dit-il avec émotion. Voilà la ville libre ! Ce sol béni de Genève !

Des larmes coulaient sur son visage énergique lorsqu'il se releva.

— Père î s'écria le jeune garçon, père, regarde, père. Là-bas voilà le trône de Dieu, le grand trône blanc.

Le roi des montagnes se dessinait à leurs yeux.

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très loin, mais net et blanc, immaculé, majestueux, dans l'air pur pareil à l'éternelle justice de Dieu.

Germain de Caulaincourt leva ses yeux obscurcis de larmes.

— C'est le Mont-Blanc, une très haute montagne, répondit-il.

Le père appuya tendrement la main sur l'épaule de son enfant.

— Tu dois être très fatigué et affamé, dit-il.

— Tu dois l'être aussi, père, répondit vivement le jeune Norbert, sans détacher les yeux de la merveilleuse splendeur neigeuse à l'horizon.

— Je ne sais que faire en attendant l'heure de me rendre auprès des syndics, poursuivit de Caulaincourt.

— A l'auberge, suggéra Norbert, l'œil toujours fixé au loin.

Son père secoua la tête.

— Les auberges n'ont pas de bienvenue pour les voyageurs sans le sou, dit-il.

Tandis qu'il parlait, une porte s'ouvrit de l'autre côté de la rue et un vieillard boiteux sortit. Il regarda un moment les deux étrangers, se détourna, fit quelques pas dans la rue, revint en arrière, indécis.

Les voyageurs soulevèrent leurs bonnets de paysans d'une manière qui n'avait rien de gauche. Ami Berthelier répondit à leur salut et d'un commun accord ils se rapprochèrent. Ami parla le premier.

— Je suppose, monsieur, que vous êtes étrangers à Genève.

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— En effet, nous le sommes, monsieur, nous venons de France, exilés à cause de l'Evangile.

— Gomment avez-vous pu vous échapper et arriver jusqu'ici ?

— En faisant de longs détours dans les montagnes et en voyageant presque toujours de nuit. Ce matin, nous avons stationné devant la porte de la ville jusqu'à ce qu'on l'ouvrît pour les gens du marché, et nous nous sommes faufilés parmi eux.

— Les étrangers qui cherchent un refuge chez nous se rendent à l'Hôtel de ville et racontent ce qui les concerne à nos magistrats.

— Je le sais, et je vous prie d'avoir la bonté de m'indiquer le chemin de l'Hôtel de ville.

— Non, monsieur, pas encore. Leurs Excellences ne siègent qu'après le service, à six heures. Venez chez moi et déjeunez auparavant.

— Mais vous sortiez, cela vous dérangerait.

— Pas du tout, je suis de Genève ; vous êtes de la Foi : cela suffit. Faites-moi l'honneur d'entrer chez moi.

Ils entrèrent.

La soupe était généralement à Genève le repas du matin, mais considérant combien ses hôtes devaient avoir faim, Berthelier murmura quelques mots à l'oreille de sa sœur, et la vieille servante Marguerite apporta un plat de bœuf salé, froid. La soupe, le pain, une cruche d'un léger petit vin aigrelet complétèrent le menu.

— Où est Gabrielle? demanda Berthelier à sa

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sœur qui entrait. Il n'avait pas fini de parler qu'une ravissante jeune fille, presque une enfant, entra. Elle était suivie de la vieille domestique, qui apportait, suivant l'habitude de sa classe, sa propre assiette d'étain qu'elle déposa humblement tout au bas de la table.

Les étrangers étaient debout, s'attendant à une longue prière d'actions de grâce. Mais, à leur grande surprise, Berthelier murmura simplement : « Dieu bénisse notre nourriture », et commença immédiatement à découper le bœuf salé, qui parut à ses hôtes affamés le mets le plus exquis.

— Est-il vrai, monsieur, demanda Ami, que le roi Henri a promulgué de nouveaux edits de persécution ?

— Ce n'est que trop vrai. Et c'était du reste inutile, puisque sous les anciennes lois les bûchers flambaient déjà partout dans le royaume.

L'exilé donna des détails horribles. Claudine fut la seule à en frissonner douloureusement. Berthe- . lier, lui, les connaissait par expérience et Marguerite ne pensait qu'à la gloire et aux récompenses des martyrs. Quant au jeune Norbert, ses yeux et ses pensées étaient fascinés par sa voisine. Gabrielle était à peine plus âgée que lui ; mais elle lui apparut comme une « belle dame d que tout chevalier eût été fier de servir et de défendre. Mais pourquoi n'était-elle pas vêtue comme ses sœurs à lui ? Pourquoi l'habillait-on de cette horrible étoffe grise ? Quels yeux pourtant! quelle bouche! quelles

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lèvres ! Comme elle était grave et tranquille ! Il aurait voulu l'entendre parler, la voir sourire. Il offrit de lui verser du vin. Elle remercia de la plus douce des voix, disant qu'elle ne buvait que de l'eau, ce qui ne l'étonna pas beaucoup, vu la qualité du vin. Le repas terminé, on rendit grâce brièvement. La vieille servante fit signe au jeune garçon.

— Mon jeune seigneur, lui dit-elle, la cloche sonne pour les prières du matin. Voulez-vous venir avec moi adorer Dieu ?

Norbert regarda son père. Celui-ci, trop absorbé par sa conversation avec Berthelier, n'y prit pas garde. Il dut l'interrompre :

— Voulez-vous y aller, mon père ?

— Vas-y toi, mon fils, répondit Caulaincourt. Norbert, avec Marguerite, se rendit donc à l'église.

Claudine et Gabrielle rentrèrent dans leurs chambres. Berthelier et son hôte restèrent près de la fenêtre à regarder dans la rue qui s'animait. Hommes et femmes se rendaient à l'éghse voisine de St-Gervais, pour le service du matin. Les hommes vêtus de robes ou de pourpoints de frise sauf quelques-uns habillés de drap fin, étant sans doute de service ou membres du conseil. Les femmes portaient également des robes de frise et des capuchons serrés à la tête. Les couleurs des vêtements étaient généralement aussi sombres que l'étoffe en était simple. On n'apercevait presque pas une teinte gaie dans toute cette longue rue.

— Maître Berthelier, demanda tout à coup de

Lp. qrand trône blatir, oî

Gaulaincourt, que peuvent faire ici, pour gagner leur vie, ceux qui, comme moi, y arrivent sans le sou ?

— Cela dépend, monsieur. Vous êtes, je pense, gentilhomme français ?

De Gaulaincourt acquiesça.

— Je souhaiterais presque, dit de Gaulaincourt, être tisseur de soie, maçon ou charpentier, pour que mon garçon et moi nous ne soyons point une charge à des étrangers.

— Vous n'êtes pas parmi des étrangers ici. Pour un Genevois, tout protestant est un frère.

— Oui, mais aucun homme n'aime à être un fardeau pour son frère. 11 est écrit : « Portez les fardeaux les uns des autres », mais il est dit aussi : c( Ghacun doit porter son propre fardeau. » Gomment pourrai-je porter le mien et celui de mon fils?

— Il n'y aura aucune difficulté au sujet du jeune garçon. Lorsque les syndics vous auront vu et lorsqu'ils vous auront entendu, un de nos concitoyens offrira de vous recevoir chez lui. Votre fils alors ira à l'école, et vous.... il s'arrêta.

— Et moi ?

— Vous pourrez faire ce qu'il vous plaira, pourvu que vous restiez dans les limites de la loi qui, je l'avoue, est passablement rigoureuse. Mais je pense que vous n'avez pas l'intention de jouer à des jeux de hasard, de danser, de chanter des chansons profanes le jour du sabbat ?

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— Oh! pour cela non, répondit de Caulaincourt en souriant. Je ferai volontiers n'importe quel métier honnête qui me permettra de ne pas ajouter au fardeau déjà trop grand de mes hôtes généreux.

— Mais cela vous sera très dur. Un gentilhomme....

— Ne saurait être un mendiant ni un voleur. Après un silence, de Caulaincourt ajouta :

— Tout en voyageant, j'ai songé à me faire imprimeur, il semble que cela ne demande pas tant de travail manuel, auquel je ne suis pas habitué. Et j'ai toujours beaucoup aimé les livres.

— C'est bien ce que j'avais aussi deviné, repartit Berthelier. .

Il n'avait pas eu besoin de parler longtemps avec son hôte pour apprécier son intelligence et sa culture.

— Cependant je doute que des mains habituées à manier Tépée soient aptes dès l'abord à manier le composteur.

— J'ai en effet servi le roi dans plus d'un royaume, dit de Caulaincourt modestement. Mais depuis que, par le Conseiller Du Bourg, saint martyr pour la cause du Christ, j'ai appris à connaître la vérité, j'ai vécu très retiré dans mon domaine de GourgoUes, dans le Dauphiné, comme je vous l'ai dit, je crois.

— Je suppose que même là vous ne vous sentiez pas en sûreté ?

De Caulaincourt inclina la tête en signe d'assentiment :

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— Gela m'a beaucoup coûté de partir, et j'ai laissé en arrière tout ce qui m'est le plus cher, deux petites filles et deux garçons dont l'un est encore bébé. Dieu merci, j'ai pu les embrasser. Et leur mère, la plus chère des femmes ; elle a compris et m'a pardonné.

— D'avoir emmené son fils ?

— Elle n'est pas la mère de Norbert, qu'elle aime cependant presque autant que ses propres enfants.... J'ai été très lent à croire au danger. J'ai reculé devant le sacrifice. J'espérais que les temps changeraient. J'espérais aussi avoir le temps d'instruire ma femme et mes enfants des choses qui concernent notre salut. Mais le cœur des femmes reste attaché à ce qui a toujours été, aux choses du passé.

— Oh ! dit Berthelier, j'en ai aussi une preuve. Ma sœur qui fut religieuse de Ste-Glaire^ reste catholique de cœur.

— Et mes enfants, continua de Gaulaincourt, ne se soucient que de jeux et d'amusements.

— Il n'en est pas de même chez nous, dit Berthelier en souriant. Ici, les enfants eux-mêmes brûlent du désir de partir comme missionnaires pour l'Italie, la France ou les Pays-Bas, et d'y remporter les palmes du martyre.

— Je crains alors que Norbert n'ait pas ici des camarades selon ses goûts. G'est un garçon étrange, très enfant sous certains rapports et, par accès inattendus, très viril. Je m'affligeais parfois de ce que cet enfant parût être le moins disposé de tous à

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partager mes idées. Il préférait jouer aux dames avec sa belle-mère ou jouer avec ses jeunes sœurs, plutôt que d'étudier ou d'écouter la Parole de Dieu. Et pourtant cet enfant accourut un jour, quittant un bal masqué^ et vint me trouver dans mon cabinet de travail. J'étais mécontent de lui, parce qu'il s'était rendu à ce bal avec sa belle-mère^ contre ma volonté. Mais lorsque j'eus entendu ce qu'il me raconta, je reconnus là la main de la Providence. Il avait entendu un entretien à voix basse entre le maire, chez qui la fête avait lieu, et un capitaine de cuirassiers. Tous deux se concertaient à propos de l'arrestation du seigneur hérétique de GourgoUes. Mon fils était venu pour m'avertir. Je fis quelques préparatifs. Norbert était allé chercher ma femme qui arriva assez tôt pour recevoir mes instructions au sujet du domaine et de mes enfants. Ainsi que je vous l'ai dit, elle m'a pardonné. Nous nous sommes quittés en paix. A ce moment il me semblait ne rien sentir. Mon cœur, pareil à une pierre, semblait mort au dedans de moi. Je sentis cependant un déchirement douloureux lorsque, donnant aussi un baiser d'adieu à Norbert, celui-ci ne parut pas affligé de la séparation.

Je descendais donc la montagne, solitaire, marchant tout chagrin, l'esprit lourd, attristé, lorsque j'entendis des pas rapides derrière moi. « Je suis trahi, » me dis-je. Eh bien, que m'importait de vivre après tout ? Je me retournai. Norbert était là. Il accourait :

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— Père, arrêtez-vous pour moi.

— Toi ! dis-je.

— Pourquoi m'avez-vous dit adieu? dit-il épuisé et sans souffle, quand vous saviez....

— Je savais quoi ? m'écriai-je.

— Vous saviez que j'étais à vous !

Sitôt qu'il eut repris haleine, il ajouta :

— J'ai appris un verset de votre Bible : « Ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu.... » Monsieur Berthelier, j'ai honte dans mon orgueil d'homme de confesser ce que je fis alors. Je n'avais pas pleuré au départ, mais alors les écluses furent ouvertes.

— Je vous comprends, dit Berthelier. Lorsque j'étais en prison, si j'avais pu pleurer, je n'aurais peut être pas perdu la foi en Dieu et ma confiance dans les êtres humains.

— Ah ! vous aussi vous avez souffert ? demanda le Français avec intérêt.

— Pas comme vous. Continuez, je vous prie.

— Il serait fastidieux pour vous d'entendre le récit de toutes nos courses, de tous les circuits que nous avons dû faire, de tous nos dangers, de tous nos risques. Et en vérité je n'aime pas à revenir sur ces jours de privations, de souffrances et de périls, qui ont duré des semaines. Par la grâce de Dieu, nous voici ici sains et saufs. Pour l'amour de mon garçon, j'en suis heureux.

— Vous êtes aussi en sûreté ici, dit Berthelier, que les remparts de Genève, les cœurs et les mains

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de ses citoyens le permettent. Si seulement, ajoutat-il, Genève n'était pas désunie....

De Caulaincourt parut surpris :

— Avez-vous des dissensions parmi vous ?

— Oui, elles existent, et moi, avec la mauvaise chance de toute ma vie, je suis du mauvais côté, ou plutôt je dirai que je ne suis du côté d'aucun parti.

— Vous parlez par énigmes, monsieur.

— Savez-vous qu'avant d'avoir adopté votre foi, nous autres Genevois, nous avons dû lutter avec acharnement pour maintenir nos libertés ?

— Pourquoi dites-vous, votre foi, comme si elle n'était pas aussi la vôtre ? Vous n'êtes pourtant pas catholique.

— Je suis Huguenot.

— Alors.... un frère?

— Pas dans le sens que vous entendez. Chez nous, autrefois, on appelait huguenots ceux qui, aimant nos antiques libertés, s'étaient ligués avec nos amis de Fribourg pour les conserver. Mais maintenant les enfants des champions de la liberté ont pris le nom de Libertins.

— Il me semble que l'ancien nom valait mieux.

— Et les hommes qui le portaient étaient aussi meilleurs.

— Mais que feraient maintenant les Huguenots ou Libertins ? La foi que vous avez embrassée vous a rendus libres, et a accompli tout ce qu'ils désiraient et au delà.

— Oui, tout ce que leurs pères désiraient.... Mais

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ie ne le crois même pas. Calvin et le Consistoire imposent à la conscience humaine un joug trop strict, à mon avis du moins.

— Les hommes ne peuvent jamais être tenus trop étroitement.

— Cela dépend î Les Libertins, en tous cas, n'aiment pas plus le nouvel état de choses que leurs pères n'aimaient l'ancien. En cela, à mon sens, ils ont à la fois tort et raison.

— Comment cela se peut-il ? Vous ne pouvez marcher à droite et à gauche en même temps, ni être simultanément dans l'obscurité et dans la lumière.

— Personne n'a jamais tout à fait tort, ni tout à fait raison, dit Berthelier. Qui sait ? Ces Libertins de chez nous réclament la liberté de vivre à leur guise.

— Ils veulent faire de la liberté un manteau pour couvrir la licence, s'écria de Caulaincourt.

— C'est vrai! Mais ce que je porte sous mon manteau ne regarde personne. Il me semble que si maître Calvin et le Consistoire avaient un peu de bon sens, ils les laisseraient faire à leur guise, dans des limites raisonnables et en évitant les scandales ; ils ne devraient pas exiger que chacun vive comme St- Antoine, Noé, Daniel ou Job. Mais non, ils veulent que chacun soit taillé sur le même modèle.... droit et pur, je l'avoue. Mais cela ne convient pas à tout le monde. Que l'Eglise gouverne ses adeptes et le monde les siens ; telle est mon opinion. Les Libertins disent : C'est bien, mais en compensation de la

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surveillance irritante que vos hommes d'église s'entêtent à exercer sur nous, nous réclamons les privilèges que l'Eglise confère. Si nous ne vous appartenons pas, laissez-nous tranquilles ; sinon accordeznous tout ce que vous pouvez donner. Ils insistent en conséquence pour être admis à la Sainte-Gène sans renoncer à aucun de leurs vices. Le Conseil des vingt-cinq, que nous appelons le Petit Conseil, et qui est moitié du parti de Calvin et moitié de celui des Libertins, a donné une réponse ambiguë. Mais les pasteurs (et je pense qu'ils ont raison) protestent contre ce qu'ils considèrent comme une profanation. Tel est l'état des choses.

— Je m'aperçois, dit de Caulaincourt, que Genève n'est pas encore tout à fait le ciel sur la terre.

— Et elle ne le sera jamais, appuya Berthelier avec un sourire amer.... Mais je crois que ce serait maintenant le moment de vous présenter à l'Hôtel de ville. Si vous le permettez, je vous accompagnerai jusqu'à la porte, pas plus loin. Ma compagnie ne serait peutêtre pas heureuse; je ne suis pas en bonne odeur auprès de Leurs Excellences. Soit pour mon compte, soit pour celui de ma sœur, j'ai encouru la censure. J'ai été mis à l'amende de temps à autre pour notre absence du culte et pour des fautes diverses.

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