LI-: GHAIKAI D'AILNOlMU.i
« soiiiiable par rinstinct seul de votre cœur « que tout ce que je connais en ce monde, u je n'oserais vous dire ce qui me trouble et « m'inquièle dans la conduite de mon fils. « Peut-être avez-vous eu tort de le quitter « ainsi dans les premiers temps d'un heu- « reux mariage. Le bonheur et Tamour (( sont des fleurs si délicatçs , qu'il faut des « soins constants pour les conserver in- (( tactes ! Les résolutions extrêmes leur sont « toujours funestes , et ne doivent être pri- « ses que dans des circonstances difficiles, « où elles peuvent amener quelques chan- « gements désirés. Cette séparation^ qui « doit durer plusieurs mois, ne peut, dans « mon esprit, s'arranger avec votre pré- « cocesagesse et votre finesse pour compren- « dre toutes les choses de la vie. Y aurait-il « donc là-dessous un mystère que je n'au- « rais pu pénétrer? quelques mots, ou plu- ( lot une; certaine expression moqueuse de
« madanie de Savigny, l'autre soir, en parte lant à Yves de son mariage, ont éveillé « en moi, peut-être par suite de l'impres- « sion que j'avais reçue de votre lettre, je ne « sais quelle crainte; et j'ai cherché alors à « savoir au juste les idées et les actions de « mon fils.
« Quant à ses idées, il s'est renfermé, à « toutes mes questions, dans des réponses « évasives. Ce qu'il dit est vague, et, si je (( le presse de demandes réitérées sur ce « qu'il pense et ce qu'il fait, il échappe par « une plaisanterie à tout ce que je veux u lui dire de sérieux. Quoiqu'il ait un air « de confiance et d'abandon, je m'aperçois « qu'après une heure de conversation je « n'en sais pas plus qu'auparavant.
« Pour ses actions, comment pourrais-je « les connaître par moi-même? je ne le vois
LE CHATEAU D'AUîSOL VILLE. '00
« (ju'à riieuro du diiier. J'apprends seule- <( ment que ses habitudes sont changées ; il « restait tard au lit, et sa première sortie « du jour était une promenade à cheval « vers les quatre heures. Maintenant il sort « à pied à huit heures du matin; et le soir « il ne dépasse guère minuit hors de Thô- « tel. Quelquefois même il reste le soir seul « à écrire , sans doute vous devez en savoir « quelque chose! qu'écrirai t-il^ siée n'était à « vous? Ne pouvant donc rien savoir par « moi-même de ce qui peut se passer au de- « hors , j'ai chargé M. de Marcenay de me " l'apprendre : il est bien entendu qu'il ne « peut soupçonner en cela qu'un caprice, « ou bien une surveillance de grand'mère, « et que vous n'êtes pour rien dans cette <' alTaire.
« \\ faut vraiment tout le plaisir que met tt M. de Marre ha y à deviner ce (|u'on veut
olO IV: CHATEAU D"AR?sOLVlLLI':.
lui cacher, pour qu'il s'occupe de pareille chose en ce moment. Depuis qu'il s'est mis à la tête d'un journal, il est devenu tout à coup un homme important et un homme opulent , ce qui est d'autant plus singulier que le prix de son journal est au-dessous des frais; qu'il perd sur chaque abonnement et semble soutenir ainsi les ministres, aux dépens de sa fortune. Mais, s'il est avec le ciel des accommodements , il parait qu'il en est aussi avec la terre; et tout cela s'arrange si bien qu'il mène grand train! Comme ceux qui n'ont rien possédé dans leur jeunesse , il parle sans cesse de ce qu'il possède, de ses chevaux pur sang, de ses meubles de prix , etc.
« Cette opulence est venue si vite, qu'il « n'a pas encore eu le temps de s'y accou- (( tumer. Il semble même qu'il craigne de « la voir disparaître avant d'en avoir pris
Ui CliATKAU 1) AK.NOlJYlLLi:. 'Il
« l'habitude; car il ne passe pas urieminule « sans la rappeler à lui et aux autres.
« Après plusieurs jours écoulés sans le
« voir^ je le rencontrai enfin chez madame
« de Savigny . Voilà exactement ses paroles :
« je les écris en rentrant de cette soirée,
( pour n'en rien oublier,
« Votre petit-fils, notre cher Yves, de- « vient fou ; car sa vie est tellement rai- « sonnable que je ne le rencontre plus dans ^( aucun des endroits où nous allions en- « semble,
« Il m'eût fallu sortir de toutes les habi- « tudes fashionables pour le retrouver ; per- « sonne ne le voit; et j'ai été obligé de le « faire suivre hier pas à pas , toute la jour- « née, pour apprendre ce qu'il devenait. (< J'avais charaé de ceile sur\eillance un
312 LE CHATEALI D'AKNOtJ VILLE.
« tout jeune homme, dont l'emploi au u journal est de recueillir adroitement les « bruits de ville , événements et accidents « qui remplissent une partie de nos colon- « nés : il s'acquitte à merveille de ce soin. « A quel diable d'homme, s'écria-t-il en ren- « trant, ai-je eu affaire aujourd'hui ! il m'a « été impossible de deviner à quel métier (( il appartient. Dès le matin il était au pa- « lais comme un procureur ! il est vrai que (( Berryerplaidaitpour un délit de presse ! . . . « Mais votre jeune homme courut entendre « ensuite un professeur de droit politique; u en sortant de là il se rendit à la chambre « où devait parler un illustre orateur de « l'opposition; puis nousallâmes à laBourse, (( où il fit plusieurs affaires. Mais, ce qui me « parut le plus drôle, c'est qu'il passa la « soirée dans un lieu où se trouvaienl « quelques hommes de son âge , qui se réu- « uissent là chaque soir. Je crus d'abord
« qu'il s'agissait d'une espèce de joekey's club : oh ! bien oui! ici on ne dit que des choses graves et sérieuses ; on traite des questions politiques ; chacun parle à son tour à haute voix ! . . . On dit que ce sont des apprentis députés !... qu'on apprend là à parler^ comme s'il n'y avait pas déjà assez de gens qui parlent pour qu'on ne puisse plus s'entendre ! Au reste^, celui- là ne m'a pas fait veiller tard : il était rentré à onze heures... Mais, ajouta mon jeune homme ;, monsieur a voulu plaisanter en me disant que c'était le duc de Mauléon. C'est peut-être son secrétaire, ou le fils de son concierge? est-ce qu'un homme riche et titré vit ainsi ?
« Voilà pourtant , madame la marquise , « continua monsieur de Marcenay avec dé- « daiu , à quoi s'expose votre petit-fils ! Que « veut-il faire de tout cela? Est-il devenu
51 i LK CHATEAU D ÂRîNOlJVILLK.
« extravagant^ intéressé;, ou ambitieux?
« Moi^ qui ne l'ai jamais vu qu'ennuyé, je « n'y puis absolument rien comprendre, et « je laisse le problème à résoudre à votre « sagacité !
« Plusieurs jours se sont passés depuis « cette conversation avec M. de Marcenay. « Yvesest devenu plussingulier que jamais! « Cependant, je ne puis me plaindre de lui. « Il est beaucoup plus empressé et affec- « tueux pour moi qu'autrefois; il a même « de ces petits soins auxquels il n'aurait pas « pensé, s'il ne vous les eût vu prendre. Sa « tristesse a disparu; et il n'y a plus l'om- « bre d'ennui sur son visage! Il a l'air oc- « cupé, et même affairé; mais toujours « avec ce calme imposant, qui lui donne (t l'air si noble, et ces gracieuses manières, « plus agréables depuis qu'on n'y voit plus « le découragement et le dédain. Tout
Li: CHATtAlJ DAH.NOUVILLL'. 5i;>
« Tintéresse, même les affaires politiques^ « dans ce qu'elles ont de grande et qui « touche aux questions générales!... Ente lin^ je ne reconnais plus mon insouciant « jeune homme, dégoûté de tout! Sa cu- « riosité a Tair maintenant excitée sur « tous les objets! Il en est un que j'au- « rais bien voulu découvrir, qui semble « être pour lui d'une bien grave impor- « tance; car je l'ai entendu murmurer, « comme à lui-même, ces mots : Oui, ce « sera décidé dans huit jours!,.. Cette « idée le préoccupait tellement , qu'il ne « mangeait pas , et laissait emporter ce qui « avait été placé devant lui, sans s'aperce- « voir qu'il n'y avait pas touché. Ce ne fut « qu'à la fin du dîner, que, grâce à moi qui, « après l'avoir examiné en silence, finis « par rire, lorsqu'il répéta ces mots : Huit « jours/. . . il remarqua qu'il allait sortir de « table comme il s'y était mis. Il j)artagoa
« ma gaieté involontaire, se moqua de fort « bonne grâce de sa distraction , mangea « de très-bon appétit, parla fort vivement ; « mais il ne lui est pas échappé un mot qui « pût me mettre sur la voie des causes de sa « préoccupation.
« C'est là, ma chère Gabrielle, tout ce « que j'ai pu voir et recueillir. Vous , dont «< Tespritest si vif et si fin, peut-être y trou- (( verez-vous le mot de Ténigme, si toute- « fois il ne vous est pas déjà connu! Pourvu « qu'il n'y ait entre vous et Yves que celui (( de bonheur!
« Quant à moi, que vous dirai-je? A mon « âge, à moins d'une enfance prolongée, « que je vois à quelques femmes, et qui ex- « cite plus de pitié que d'envie, les idées « gaies viennent rarement. Mais il en est do « douces encore, quand on peut placer ses
LE CHATI'AU D'ARNOLVILLK. ÔI7
((plaisirs liors de soi!... quand on peut « oublier surtout!... VA cependant, mon « enfant, Dieu nne préserve dene pas croire « au bien, aux affections, au bonheur, ou « de laisser ceux que j'aime en douter! car « il y a, même pour cette vie, tous les ma- « tériaux d'un bel édifice ; et c'est peut-être « notre faute à tous s'ils sont dispersés de « manière à n'être jamais rassemblés. Mais, « hélas ! il est vrai de dire que, si parfois « on parvient à en réunir quelques-uns, ce « n'est encore qu'un château de cartes que « l'on a construit!... Ces châteaux amusent « les enfants; ils les croient solides; la « première chute les étonne sans les décou- « rager; ils recommencent, et le temps « passe! Est-ce notre faute? ou ce genre « d'illusion a-t-il paru suffisant pour des « êtresd'un jour? Jenesais!... Et je répète « encore : Il faut adorer, se soumettre et <( attendre !
5US LE CllATKAlj D ARXOUVILLE.
« Avec VOUS, je me laisse toujours en- « traîner, ma chère Gabrielle, à ces rêve- (( ries que le monde ne permet guère, mais « qui s'échappent d'elles-mêmes auprès de « ceux qui les partagent. J'ai remarqué que « l'esprit donne tout naturellement à cha- « cun ce qui lui revient, et se met à l'unis- « son. Il me reste à vous parler de vos bel- « les fleurs , de ces joyeux oiseaux , vos mai- « très de chant, qui vous ont appris à les « surpasser ! . . . Mais, moi^ malgré le retour « duprintemps, je n'ai plus ici ni rossignol, « ni fauvette, ni joie : tout est parti, et « tout reviendra avec vous . Que ce soit bien- « tôt ! ou vous verrez arriver votre vieille (( mère au château d'Arnouville, je vous « en avertis,
« La marquise de Fontenay-Mareuil. »
Pourquoi cette lettre ranima-t-elle tout
LL CIlATKAl 1) AKNOCVlLfJ-. ziO
le cœur de la jeune femme? pourquoi, le lendemain , la folle enfant courait- elle comme jadis au milieu des buissons d'églantiers? qui le dira? Le cœur a des secrets que nul ne peut comprendre.
Sans doute Tinfluence de la belle saison agissait aussi sur Gabrielle ! Quand elle visita dès le matin toutes les chaumières et toutes les fermes où elle était connue et adorée, des paroles amicales, des secours, des présents furent distribués par elle. Il semblait que ce fut fête au village et au château, partout! car le temps sombre et pluvieux qui attristait la nature avait tout à coup, depuis quelques jours, fait place à un soleil éclatant qui se dédommageait d'une absence trop prolongée en déployant avec splendeur toute sa puissance. Une chaleur brûlante ranimait le sol longtemps glacé, et paraissait vouloir hàler par ses
rrlO LE CHATEAU D'ARNOLVILLE.
efforts la végétation en retard. Les fleurs, les arbres, les oiseaux, tout s'éveillait pour les joies de Tété si désirées ! C'était fête au ciel et sur la terre, et la jeune femme était encore trop près de ses plaisirs d'enfant, qu'elle devait à la nature, pour n'en point ' partager tous les bienfaits.
Le matin s'était donc passé joyeux en visites au village; le jour dans l'intérieur du château à donner gaiement un dernier coup d'œil aux arrangements qu't)n terminait ; puis, quand vint le soir, Gabrielle chercha dans le parc une promenade solitaire qui la laissât sans trouble à ses douces impressions. Pensive, elle suivait lentement une allée, sans que ses pas eussent aucun but. Ses mains croisées avec un mol abandon, sa tète doucement penchée, tout indiquait , dans sa démarche gracieuse et nonchalante, que ses pensées va-
LK GliATliAU D'AUiNUl \ ILLi:. .Vil
{çues et indécises étaient arrivées à l'étal de rêveries. L'excessive chaleur de la journée avait perdu la Lrùlante intensité qui fatigue et enivre, pour garder seulement une tiède douceur embaumée par le parfum enivrant des fleurs. Une brise légère variait et multipliait en les agitant ces suaves odeurs qui, portées par le vent du soir dans les boucles légères des beaux cheveux de Gabrielle et sur son frais visage , ressemblaient à de douces et innocentes caresses, et jetaient jusqu'à son âme une vague émotion d'attendrissement et de bonheur inconnus. Jamais, jusqu'à ce jour, rien n'avait ainsi pénétré tout son être d'un charme ravissant et de mystérieuses sensations dont elle ne pouvait se rendre^ compte. jgg,,^,^
Au milieu de ces émotions sans cause,
de ces images multipliées et incertaines, n. 21
32i> LE CHATEAU D'ARNOUVILLE.
qui ne laissaient rien à son àme et à ses yeux que des formes, des images et des im^-? pressions confuses et insaisissables , des mots sonores, nettement prononcés, non au dehors, mais au dedans d'elle-même, répétèrent :
« Le Ciel donne quelquefois plus qu'on « n'avait osé lui demander! )>
Et Gabrielle, involontairement, règàt*<ïa' autour d'elle pour s'assurer qu'aucune voix humaine n'avait prononcé les paroles qu'elle venait d'entendre.
Mais elle traversait alors une large étendue de gazon dont nul arbre , nul buisson,^ nul massif ne pouvait dérober aux regards le plus petit espace; et elle y était bien seule î La voix mystérieuse était sans doute intérieure; et le cœur de Gabrielle, accou-
LE CHATKAl> n AHiNOlVILLE. .525
iuiwé aux inspirations célestes, s'éleva cette ibis vers le ciel avec un nouvel élan de conliance et d'amour pour le remercier de ses promesses.) iovîo^ti?? '>r oup Ji6{0'''> ^nf-ln *
Pourtant elle voulut se rap|>eler sa situation telle qu'elle était, repousser cette joie involontaire et trompeuse, pour examiner à loisir toute la triste réalité , et ce lut recueillie et rêveuse que la jeune femme arriva dans le lieu choisi jadis pour les contemplations de la jeune fille. Elle y retrouva les belles fleurs des années précédentes, de joyeux oiseaux qui chantaient comme autrefois; une pelouse verte, fine et fleurie, qui invitait au repos comme jadis; et , se laissant aller à ses molles impressions, elle s'étendit doucement sur ce gazon parfumé, et voulut essayer de chercher dans son âme, de regarder dans sa pensée, d'interroger cette conscience qui
."î^i LE CUATEAli D'ARNOUVILLE.
lui avait servi de guide; car elle se demandait parfois si elle ne s'était pas trompée^ puisqu'elle n'était pas heureuse. La naïve enfant croyait que se préserver de tout mal devait préserver de tout regret ! Mais c'était vainement qu'elle voulait analyser ses impressions : tout était vague dans son àme. Pourtant le silence régnait autour d'elle , le jour baissait, et la légère teinte d'ombre qui commençait à voiler les objets devait concentrer en elle-même sa pensée qui n'était plus attirée au dehors. Mais cette soirée était si belle 1 ces arbres si magnifiques î les doux rossignols chantaient si bien !. les roses parfumaient l'air si délicieusement ! et toute cette nature était si suave et si harmonieuse dans ses senteurs et dans sescon- <îerts, qu'elle pénétrait de ses joies innocentes toute cette àme innocente comme elles. Les poétiques douleurs de cette jeune ilém me sans remords n avaient que des lar-
Li: GflATEAU D'ARNOlVILLi:. X-Xi
mes sans arnertuiive , des soupirs sans tristesse, et qui embellissaient encore son doux
VI sa (je.
iniiii
Klle s'était mollement étendue : sa joli«
tète reposait surs son bras arrondi... gracieuse comme ces ravissantes créatiô'ns du Corrége ! Sa pose et tous ses mouvements empruntaient aux rêveries incertaines de sa pensée, et aux mystérieuses voluptés de ce séjour, un indicible charme d abandon et de douceur lu i.'oiJ on o;, , uuiii^j rj 'n^vii
Le temps s'écoulait ainsi sans qu'elle js'^a^^evçùt de sa iuite, quand de ses lèvres çfltifj^uvertes îS'i^chappa un nom que sou cœur peut-être avait répété plus d'une l'ois ayant elle^p,^ ,,j^ ,,,^^j ojf^iil )'> \'iqe'j
— Yves de Mauléon! murmura faiblement Gabriel le. ,
5i(> LE CHATEAU D AKiNOUVILLi:.
->i*i4~ Oui;, c'est moi ! répondit une voix à
ses côtés, in)::
Et la jeune temme effrayée, craignant encore d'être le jouet d'une illusion, se leva légèrement, et se trouva en effet en face d'Yves de Mauléon î
. Elle recula de surprise.
— Ne vous effrayez pas, dit-il d'un air triste et glacé , je ne troublerai pas longtemps votre solitude.
.no
c^biGabrielle se recula encoi^ ; mais c'était pour appuyer contre un arbre sa main qui tremblait involontairement. Elle se rappela ce premier et triste jour de son mariage, quand, tremblante aussi alors, elle cherchait un appui. . et elle n'eut point la force de parler.
LE CHAÏEAl D'ARNOUVILLE. 527
Yves de Mauléon était debout à quelques pas de Gabrielle. . . il la regardait.
— Une fois au moins il faut m'en tendre, dit-il. ""^^î
Sa voix était douce , mais triste et troublée.
— Ne le voudrez- vous pas? ne consenti rez-vous pas à m'écouter?
Gabrielle frémit et dit : Parlez !
, Ses values Qt doux pressentiments s'é-
taient évanouis.
>: ' • ... : '■•: .'in- • p
A Taii: sombre et froid d'Yves de Mauléon , à ses paroles prononcées avec aimertumeet douleur, ellesentaitquelebonlieiir
^Sgg LE CHATEAU D'ARNOUVUXE.
i]€ s'annonce pas ainsi; et. elle pensa qu'il fallait s'armer de courage lellsiiui^i ju tu*^
.^Tfmypu^ ne savez pas, reprit le jeune
homme en hésitant, pourquoi je suis ici?, w.
c'est... pour vous apprendre... que notr^
mariage. . . ce lien si malheureux. ..
^ /lOV èd
Il s'arrêta ! . . . il semblait que ces paroles ne pouvaient sortir qu'avec effort de ses lèvres tremblantes , et qu'il manquait de courage pour cet effort.
Gabrielle l'interrogeait malgré elle d'un regard expressif. Elle craignait également ce silence qui l'effrayait, et les mots cruels qui paraissaient devoir le suivre ! . . . Sa vie était pour ainsi dire suspendue, et, quoique son cœur battit violemment , on eût dit qu'elle ne respirait plus. L'anxiété la rendait immobile. *^^'»i'^^>*l'^ ,iij*ilijoi>
LE CHATKAU D^\K^OlVl^L^:. ô'iî)
— Ce mariage^ dit enlin Yves d'une voix presque inintelligible... il peut... être cassé ! i^.àiA hiîii'iiii)
Depuis trois mois , toutes les chances possibles de sa destinée s'étaient présentées à^'çsprit de Gabrielle, excepté celle-là! ^E;ile sentit la mort passer sur son front glacé. Lui aussi;, il était pâle et immobile! Tous deux restèrent silencieux : elle, effrayée de ce qu'elle venait d'entendre ; lui, effrayé de ce qu'il venait de dire.
« Aucune parole n'aurait pu être prononcée par la jeune femme, et le froid mortel avait pénétré jusqu'à son cœur; mais, quoique le jour diminuât et commençât à faire place à l'obscurité, Yves eût encore pu lire, sur le visage expressif de Gabrielle, (!e qui se passait dans son âme^ s'il eût osé tourner les yeux sur elle. Mais il semblait
350 LE CHATEAU D'AHNOUVILLE.
craindre de la voir , et ses regards restaient attachés à la terre depuis qu'il avait parlé. Elle aussi détournait les siens 1 . . . ils avaient Tair de deux criminels condamnés Tun par l'autre au malheur. sm ?\ Q