‹ Gabrielle (volume 2)Chapitre 3 sur 12 · ELE.NORE · texte numérisé non relu

ELE.NORE

de côté contre le balcon, et en face de ces loges que remplissent quelques habitués du jokey's-club , madame de Savigny, sous le feu des regards, ressemblait un peu à un soldat sur la brèche; mais elle n'avait pas le mérite du courage, ce jour-là, car elle oubliait entièrement le danger ; dans ce moment , ni le ciel ni Tenfer n'aurait pu distraire sa pensée. Cependant une toilette recherchée, un sourire plein de gaité, des poses gracieuses, des expressions variées de physionomiequi montraient debelles dents, etdesregardspleins de charme, accueillaient ceux qui rapprochaient, et pouvaientencore servir pour ceux qui étaient loin. Mais on emploie tellement sans y songer tout ce menu bagage de la coquetterie, que cela ne compte plus. >k-ji*i

.i. — Vous le savez, dit-elle à madame d'Artigues après une demi-heure passée dans In

loge, je ne suis venue que pour vous conduire ; des engagements m'appellent ailleurs: vous avez votre voiture, et le général Barlemont, que je vous laisse, vous donnera la main. Vous me ferez le plaisir de reconduire Élénore chez moi.

Et pendant que madame d'Artigues répondait, les yeux de madame de Savigny, fixés sur l'avant-scène, remarquèrent un léger mouvement annonçant un nouvel arrivant dans la loge. Elle le reconnut avant de le voir; et, sans laisser à madame d'Artigues le temps d'achever sa phrase, elle la quitta précipitamment.

Elénore resta donc seule avec une femme qu'elle connaissait peu , et qui n'était jamais occupée que d'elle-même, el avec cet excellent général Barlemonf, comme rappelaient toutes les femmes qu'il

accoinpai^iiait paiiois^ les jours où il était l)on d'avoir un conducteur qui ne voyait, n'entendait, ni ne comprenait rien.

Ce fut dans cette loge d'avant-scène une espèce de coup de théâtre que Tentrée du nouveau venu.

— Déjà, dit l'un ! — Seulement à présent, dit l'autre! —Trois semaines! c'est trop peu : la lune de miel a un mois, reprit un troisième! —La lune de miel d'un Lion ne doit avoir qu'un jour, ajouta le quatrième.

Et Yves de Mauléon, car c'était lui qui arrivait, se trouva étourdi de vaines paroles et de plaisanteries , si peu d'accord avec ses idées , qu'il maudit l'espèce de folie qui, dans son désœuvrement, l'avait ramené près de ceux avec qui se passait sa vie un mois aupamy^nt, et dç^^t, il.^vait

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adopté si lonfjtemps les habiUules et le laii- [jage. Se rappellant alors les gracieuses et délicates susceptibilités d'un esprit formé dans la solitude sous de nobles inspirations : — Ah! pensa-t-il, Gabrielle ne pouvait pas in'aimer ! Et la triste expression de son visage sévère égaya plusquejamais sesjoyeux compagnons.

Yves se pencha sur le bord de la loge , promenant son attention sur les personnes qui étaient dans la salle; puis ses regards restèrent attachés à la même place.

— Ah ! tu vois cette femme blonde si pale qu'elle ressemble à un spectre ! si jolie qu'on la prendrait pour un ange ! Elle a l'air d'une apparition , dit un jeune auteur de poésies aristocratiques.

— Je la reeounais , repiK le plus déter-

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ininé d'eux tous pour la chasse au sanglier. Je Tai vue chez madame de Savigny ; c'est une jeune fille qui est devenue folle par amour ! . . . Lequel de nous est le coupable?

Yves voulut sourire comme les autres^ mais il souffrait»

— Qui de nous la consolera? dit Tun des jeunes fous, d'un ton qui annonçait une grande confiance dansTefficacité de ses consolations !

t)uprez commençait à chanter: fout le monde écouta.

Les yeux de M. dé Mauléon ne quittèrent plus la jeune fille, que le charme de la musique berçait doucement sans la tirer de ses rêveries. Il était facile de voir sur sa physionomie que la vie n'animait plus

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qu'imparfaitement ce corps frêle ; que les objets extérieurs ne venaieniplus frapper ses sens , et qu'elle n'existait plus que pour une idée toute intérieure^ qu'elle ne pouvait ou ne voulait pas communiquer aux autres.

Yves pensait : Si Gabrielle m'eût aimé ainsi?

Et il n'entra pas Tombre de fatuité dans sa pensée ! . . .

C'est que , depuis son mariage , il avait vécu au milieu de sentiments vrais^ d'idées justes... et d'actions naturelles! Aussi ne comprenait-il plus l'affectation de ses amis. A la fin de l'acte, il voulut sortir de la loge; on le retint.

-- Mais^ voyez donc, dit l'un d'eux^, cet

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air de mari ! soucieux et ennuyé ! ils nous reviennent tous comme cela.

— Bah! il vaut mieux vivre joyeusement que sérieusement^ reprit le chasseur. Dès qu'on devient raisonnable, on ne s'amuse plus avec nous; et s'amuser est tout... ajouta-t-il de Tair du monde le moins gai ! Tuer le temps, continua-t-il en bâillant, après un moment de silence, c'est la grande affaire. Je suis sûr que les ambitions ont souvent tout bouleversé, rien que pour cela!... Et, tenez, Napoléon a-t-il fait autre chose que s'amuser à grimper au-dessus de tous les autres , pour se délivrer du (emps qui pesait sur lui? Peut-être ne s'estil jamais bien rendu compte de ce motif... mais, je le parie, ce n'est que cela qui le poussait par tous pays!... Sa manière de voyager était incommode à beaucoup ; l'emploi de ses jours dérangeait un peu les au-

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très, lien est bon nombre qui ont payé son plaisir un peu cher; mais tous ont eu un lel respect pour celui qui avait imaginé un pareil moyen de s'amuser, que, même quand on les tuait, ils criaient encore : C'est superbe!

11 n'est pas donné à tous, malheureuse*! ment, dit-il avec un soupir, d'avoir un aussi beau passe-temps : Tachons donc de nous divertir à moins de frais.

Et, après cette belle tirade, l'orateur s'endormit dans un coin de la loge.

Yves échappa à ses anciens amis un moment avant la fin du spectacle.

Élénore avait senti par degrés le charme de la musique agir sur son organisation nerveuse et délicate... Tout entière à ce

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qui se passait sur le théâtre, elle u'avaii pas une seule fois promené ses regards sur la salle. D'ailleurs Yves s'était placé de manière à ne pouvoir être aperçu par elle. Mais lorsqu'elle descendait l'escalier^ au milieu de la foule, suivant pas à pas madame d'Artigues , qui donnait le bras au général Barlemont , fet qui, toute aux salutations et aux politesses des personnes qui se pressaient pour sortir , oubliait complètement sa compagne , tout à coup Êlénore sentit ses pas s'arrêter, et une émotion violente suspendre en elle tout mouvement.

Madame d'Artigues disait à haute voix :

— Quoi , monsieur de Mauléon, ici ! vous étiez à l'Opéra, et vous n'êtes pas venu dans ma loge !

Et la foule brillante, qui descendait eomme le rellux d'une mer puissante et

(i\]\iW , s'épat-K ht joiiHin fillie de ses cHmpa- {{riohs, en la laissant inifnobil(» coiilre le

pasîië, inslinctivonlënt effrayée de sa solitude, t^tlesnivi( cette fonle innombrable, oW personne ne s'occupait d'elle; et, mêlée sous Iepérystile,à un groupe qui se portait vers le boulevard , elle se laissa entraîner juétjli'ali itiilieii dé M rUë, (lu ceux parmi lesquels elle se trotivait, a son insu et au leur, se dispersant, elle se vit sëlilé avec effroi. Alor^, regardant autour d'elle, son prémièt'moùvëtflierit fttt de retourner vers le tbéàtre, où les lumières et la fotile attifèrent tenccufe son attention. Ses petits pieds, renfermés dainî> des souliers de satin, et sa peur, mêlée de distraction , rendaient sU tyvarchi^ inégale et incertaine. Kn rentrant sous \è j^ét^jstile, elle se jeta sans le savoir au milieu d'un de ces groupes de jeunes gens, dont l'exa-

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men plus ou moins bienveillant^ accompagne jusqu'à leur voiture^ tous les habitués deTOpéra. C'étaient les amis de la loge d'Yves de Mauléon... Leurs rires moqueurs, leur attention hostile et inconvenante, leurs expressions singulières Taccueillirent.

— C'est la jeune fille folle d'amour ! s'écria l'un d'eux.

— Quand je disais qu'elle comptait sur nous pour la consoler ! reprit un autre.

- Et ils voulurent prendre ses mains tremblantes;

~ Messieurs! dit d'une voix forte et menaçante Yves de Mauléon accourant!

Et tous s'écartèrent respectueusement à

ce seul inof , tant son accent empruntait de puissance au sentiment profond de son àme!.. La jeune fille effrayée devintcalme et s'avança vers lui par un mouvement involontaire^ au moment où elle sentait qu'elle chancelait et qu'elle perdait connaissance.

Yves l'enleva dans ses bras, il hésita cependantavantdesedécider à la porter dans sa voiture qui venait de s'approcher; mais que faire de cette femme évanouie au milieu d'une rue que la foule, les chevaux et les voitures traversent et remplissent en présentant des dangers de toutes les minutes?

Le marche-pied était abaissé, il la plaça dans le fond de la voiture, s'assit sur la banquette de devant, et indiqua la demeure de madame de Savi}>ny.

É(énore j'ouvrit les yeux, vit Yves de Mauléon lui tenant les niains, et la regardant avec un profond intérêt; elle ne sut pas où elle était > où elle allait ! elle vit seulement celili qu'elle aimait!^..

Élénore , depuis le jour où son secret lui avait été arraché parla douleur, en présence de madame de Savigny, n'avait revu Yves de Mauléon qu'au moment où il s'unissait pour jamais à une autre.

, Son imê^ge seule était restée là nuit et le jour... aiais indifférente et glacée pour elle! C'était cette vision toujours présente qui se plaçait entre elle et le monde entier! Cette figure ne la quittai^ point, et toujours elle exprimait un dédain qui la faisait mo.u- :^'irî... l\|^inter\ant; elle était là, exprimant l'amitié, la tondress^^ la douleur ! . . .

[•LKiNOHi:. i5S

Yves lu \ il s'aïutner d'ahcucl. .. s'étonner (îHsuito... [)uis paraître s'inquiéter encore.

— Pardon, lui disait-il en pressant ses mains encore Iroides et immobiles, pardon ! . . .

Et se laissant aller aux impressions de son ame naturellement honnête et bonne, il s'écriait •

— Oh! c'est alïreux! cette jeune iille ainsi sans raison , sans avenir ! sans bonheur! un ange qui souffre!... oh! mon nieu!...

l]t il s'accusait, s'irritait contre luimême; puis, sans savoir au juste ce qu'il restait de celte raison brisée, il lui parlait^ l'interrogeait , la suppliait, ot, (om-

baiîtaux genoux de cette femme insensible, il lui adressait des prières qu'elle n'entendait pas.

Élénore sortit lentement de son apathie, regarda Yves avec une légère surprise; ses mains ranimées touchèrent ses cheveux et son visage avec hésitation et inquiétude , pour s'assurer que ce n'était pas sa vision ordinaire; puis, examinant cet air de tendresse et de pitié qui semblait l'étonner, écoutant attentive et silencieuse des mots qu'il continuait de prononcer au hasard, comme ces mots caressants dits sans but à l'enfance, l'expression céleste d'unejoie indicible rayonna sur sa pâle figure, et elle s'écria avec ravissement :

— Mais c'est lui ! lui !... Et ses bras relombèrent autour du cou du jeune homme, comme pour retenir celui qu'elle craignait

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devoir disparaître! carelle avait tout oublié, excepté son amour ! . . .

En ce moment, la voiture s'arrêtait dans la cour de Thôtel de madame de Savigny.

Pendant qu'Yves de Mauléon aidait Élénore à descendre, madame de Savigny s'avança jusque sur le perron , avec des démonstrations de surprise et de joie, appelant madame d'Artigues pour la rassurer , et feignant une inquiétude qui devait donner à quelques personnes réunies chez elle une grande idée de la vivacité de ses sentiments.

Yves fut forcé d'entrer chez elle... et, pour lui, il y eut d'ironiques sourires , invisibles aux autres ! . . . Quant àÉlénore, elle avait l'ail' de s'éveiller d'un songe, et si (ouf le monde, là, n eùl pas été ir)i(i('' d'à-

I5S l'LENORE.

vaace par madame de Savigny à Tétat où la maladie avait réduit ses facultés, rien n'eut paru aussi singulier que l'aspect de sa physionomie, ainsi que les émotions diverses qui se peignirent successivement sur son

visage.

La vue d'Yves de Mauléon avait produit en ejle une révolution soudaine! Ce ix^al continuel, suite de la continuelle vision qui s'offrait obstinément à ses yeux, avg^it cessé devaiit la réalité, et, pendant qu'on la plaignait d'un sort aussi funeste, on ne soupçonnait pas tout son malheur... elle avait recouvré la raison !

Quand on se sépara, Yves avait compris tous les désira de madame de Savigny, et s'était promis de veiller sur la jeune fille, dont elle s'amusait à jouer le bonheur et rexistenec.

Loisque Élononi fut reiitrcc dans sa cliariibro, rien dans ses niouveniejUs ne rappela l'iuipassible disposition d'esprit qu'elle avait eue jusqu'alors. Animée, mais par le désespoir, elle avait compris aussi que madame de Savigny voulait la faire servir à troubler un bonheur que sa vengeance ne pouvait supporter : elleavaitsenti en môme temps que, si elle avait de la force contre la haine, elle n'en anrait pas contre Tamonr.

Sa résolution fut prise alors. Tirant de son doigt la bague que Gabrielle lui avait donnée, à ce souvenir d'un jour de contidences, d'amitié et d'espoir, elle pleura!,.. puis elle enveloppa cette bague dans une feuille de papier à l'adresse de Gabrielle , et pria sa femme de chambre de la porter le lendemain matin... Ensuite, restée seule, elle prépara, avec une attention Irès-minutieuse e( Irès-calme, des \ètements simples

\M) l'XÉNORI'.

qu'elle plaça près de son lit, et, voyant qu'il était trois heures du matin , elle voulut chercher un moment de repos! L'irritation qui depuis longtemps nuisait à son sommeil avait cessé ; elle dormit profondément jusqu'à sept heures, se leva, s'habilla seule, avec une robe brune, un chapeau noir, un manteau de couleur foncée, prit quelque argent, et, guettant le moment où personne ne pouvait s'apercevoir de sa sortie, elle quitta l'hôtel de madame de Savi-

gny à pied par un temps sombre et glacé.

Arrivée près du quai, Élénore parut surprise de trouver autant de monde! Peu habituée aux rues et à leur mouvement ordinaire, elle avait compté sans doute sur une solitude complète , à une heure où peu de personnes étaient levées parmi celles qui l'entouraient, elle hésita !... puis ]>roposa à une voiture de place, qui pas-

kli:noïu:. i;i

sait près d'elle, de la eonduire à Sèvres.

Elle se rappelait avoir fait là une promenade sur reauavec madame de Savigny...

Le calme et le sang-froid qui avaient présidé à sa résolution , comme à toutes ses actions, depuis la veille au soir, ne se démentirent pas une minute... Pendant la route elle récita lentement toutes les prières qu'elle savait. . . puis, quand la voiture s'arrêta , la jeune fille respira comme quelqu'un qui arrive après de longues fatigues au terme désiré d'un voyage... et sautant légèrement sans même s'aider du marchepied, elle sentit tout à coup un bras protecteur qui entoura sa taille. 11 l'aida à franchir un fossé qui bordait la route, et la porte d'un mur qui le dominait; et ne la déposa que hors du regard des passants dans le parc élégant d'une jolie maison qui semblait inhabitée.

i 'r2 IvLENORK.

Effrayée , interdite. . . Élénore 1)6 put que s'écrier: Yves de iMauléon ! c'était lui eu effet !

Yves lie s'était J)âs coufché : inquiet sur Élénore^ il avait écrit quelques lignes pour la prier de veiller elle-même à sa sùretéj^ et de choisir un autre asile que la maison dé iilsldame dé Savigny : puis il avait pensé que cette innocente lettre pourrait encore, par quelque maladresse , être pour la jeune lille une cause de chagrin, et il s'était décidée veiller lui-même. Fatigué d'une nuit sans sôriimeil, cherchant l'agitation pour échappeî*à sa pensée, il était sorti dès le matin, et rien ne peut exprimer sa surprise,quand il reconnut Élénore, seule, à pied; dans la rue à pareille heure. Il la suivit, et lorsqu'elle rtionta èh voiture, ilse je(a dans uù cîibriolet de placé qtrl né quitta j3lus le cheniin (|u'elle avait indiqué !

KLÉ.NOliK. I ;r,

licite coiiisc, le lieu, riielire... (t)ut lui i*éVëlai( tin ftinesté projet, dont il devaif et voulait empêcher rexécution; et quand la voiture s'arrêta, encore incertain sur ses projets, sans penser à Tavenir, occupe seulement du danger présent, il avait pris la jeune fille dans ses bras, l'avait portée dans une maison qu'il connaissait ; et là^ seul avec elle, il cédait à Timpression du moment. Un petit salon, au rez-de-chaussée, avait reçu Élénore , trop étonnée pour faire aucune résistance; et quand Yves lui disait :

— Vous ne répondez pas, Elénore? vous n'osez pas nier le cruel projet qui vous conduisait ! Quoi , si jeune et si belle, vouloir renoncer k la vie? Quoi, donner un pareil remords! un pareil désespoir! ! Oh! c'est alïreux '

El Yves ne pouvait retenir ses larm(»s ,

en voyant cette frêle et charmante créature qui le regardait avec tendresse. . . et disait :

— Que faire en ce monde? Qu'ai-je à attendre^ à espérer? Qui pense à moi, pauvre fille sans parents... sans amis? Dupe de Tamitié! dupe de l'amour!... n'ayant devant moi qu'une longue suite de jours malheureux ! . . . Ne vaut-il pas mieux mourir? On ne dira pas même : Elle n'est plus ! Qui sait si j'existe, si je souffre, si je meurs à chaque instant?

Ces paroles ne furent point prononcées ainsi, de suite; mais sans cesse interrompues par tous les mots consolants qu'Yves pouvait trouver : et quand les mots ne se présentaient plus, quand la douleur vive et profonde d'Élénore semblait au-dessus des paroles. . . il baisaitses mainsdélicates. . . les pressait sur son cœur. C'était encore

\vs innooenle.s caresses qu'on prodioue a 1 enfance pour apaiser de naïves douleurs ! Mais la jeune lillc était belle et passionnée ; Yves avait vingt-six ans; une émotion violente avait afji sur leur éme à tous deux!... et ils étaient seuls.

Cependant Gabrielle avait reçu la bague d'Klénore : effrayée et inquiète^ elle avait <^ouru la chercber; elle était arrivée quand sa fuite agilait toute la maison^ et avait imaginé^ seule, a pied, de remonter la rue, où ses questions à des marchands parvinrent à la mettre sur les tra^^es de la fugitive, jusque sur le quai. Là, elle apprit encore que celle qu'elle cherchait avait indiqué tout haut le lieu où elle voulait se rendre. Gabrielle, éperdue, se fit conduire sur ses pas : ses questions et ses recherches la menèrent enfin à cette maison qui lui était connue. Dans les jours qui

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