II. i'Z
i7,s MO^sI^l:R .simon.
voulut pas laisserai! vieillard celle douleur profonde.
— Mon père, dit-elle, votre iille est bien malheureuse, sans doute; mais pas autant peut-être que vous semble/ le redouter !
— Et comment se fait-il, s'écria Yves de Mauléon entraîné malgré lui par la surprise, comment se fait-il que chaque instant important de ma vie soit marqué paivotre présence? que moi, qu'aucun lien n'attache à vous, je sois l'objet de cette continuelle surveillance ! Ah 1 il faut enfin que je découvre un mystère trop étonnant pour qu'il ne cache point un secret sans pareil.
" Ce secret do malheur, reprit M. Siuîon tristement, mais avec plus de calme . est le secret de ma vie. et je vais vous l'ap
MONsna \i SJ.M(>;N. ITÎ)
piCMidi'c! vous verrez que si toules les passions ont leur délire, toutes ont aussi leurs remords! Celle qui m'entraîna était la plus funeste de toutes; elle était sans douceur , sans plaisirs ; elle n'avait que d'amères douleurs et d'indicibles tourments. Que de re.o;rels ne m'a-t-elle pas coù?és! (ant de larmes n'ont donc pas raclielémon crime, puisque le bonheur de ma fille doit encore le payer '
Yves fut touché de cette profonde émotion : il voulut consoler le vieillard; mais celui-ci le regarda presque effaré, et continua.
— Ah! c'est donc vous! vous que j'ai sauvé de la mort, que j'ai préservé de la j'uine, que j'aurais défendu au péril de ma vie! vous à qui j'ai donné une belle et voi-^ iueusv compagne! tout cela n'a donc pu
ISO MONSIEUR SIMON.
VOUS désarmer, expier le passé! Le ciel et les hommes ne pardonneront donc jamais !.. Et pourtant si vous saviez ce que j'avais souffert, ce qui, pendant des années, avait amassé dans mon cœur une fureur insensée, ah! vous pardonneriez peut-êlre!
— Parlez donc, s'écria impatiemment Yves de Mauléon, parlez!... vous ne sortirez pas d'ici que je ne sache enfin ce que depuis si longtemps vous me cachez, ei que j'ai tant de fois souhaité connaître.
~ Âhl dit le vieillard, vous le voulez?., ce secret... que moi j'ai vainement voulu oublier, ce crime que le ciel ne se lasse point de punir, et les hommes de venger, peut-être que vous Tavouer déchargera mon àme d'une partie du poids qui l'accable! Vous me maudirez; vous me tuerez peut-être! mais ma vie m'est depuis long-
temps odieuse, et qui la prendra me délivrera d'un fardeau!
Il s'arrêta quelques instants : personne n'osa rompre le silence auquel l'aveu d'un secret semblait donner quelque chose de solennel.
— Le marquis de Fontenay-Mareuil...
dit enfin M. Simon; puis il s'arrêta encore.
— Mon grand-père ! s'écria Yves de Mauléon , je sais déjà qu'il vous fut connu.
— Pendant quinze ans, reprit le vieillard, nous ne nous sommes jamais quittés.
— Sa mort affreuse fut la ruine de notre familleet le désespoir de ma pauvre {jrand 'mère.
IS2 IMOi>iSll<:UR SIMON.
— Ce fut un plus horrible malheur ejicore pour un autre!
— Que dites-vous?
— Oui, un épouvantable chagrin! Pis que cela^ un éternel remords!
— 0 ciel !
— Écoutez-moi! Ne vous hâtez point de juger et de maudire! Mais pour me faire écouter et comprendre, il faut que je remonte bien loin dans mes souvenirs... il faut que ma vie, que mon enfance vous soient connus!
— Parlez donc... que rien ne soit plus un mystère dans vos actions qui m'étonnent, dajis vos paroles qui m'effraient! je veux tout savoir! et votre fille aussi doil
M()>sii:i K SIMON. isr,
apprendre pourquoi nous lui cachiez son père?...
— Oui, elle aussi connaîtra... tous nies niallieurs... elle aussi nie maudira, sans doute...
— Oh! dit Klénore, et sa main chercha celle de M. Simon pour la presser avec tendresse; les torts même d'un père... ne ])0urraient inspirer que des larmes à sa iille.
Alors le vieillard commeiu^a d'une voix triste et lente.
Simon est un nom de baptême, connu seulement de ceux qui me virent hcuicux enfant, et de ceux aussi qui me virent plus (ard . . . bien malheureux ! . . . Dans ma jeunesse, dans mes jours (r(\spéran('c . j'iMi
\Si MONSIEL'K SIMON.
portais un autre, celui de ma famille , que je quittai par respect pour elle, par crainte pour moi : Je m'appelle Simon Randal !
— Randal ! s'écria Yves se levant brusquement de son siège, et reculant avec effroi, le précepteur, l'ami de mon grandpère... celui.. . qui...
— Arrêtez, dit le vieillard... Avant de prononcer ces terribles paroles, avant d'apprendre à ma fille combien je suis coupable! ah! laissez-moi lui dire... et vous dire à vous aussi... combien j'ai souffert... Oh! je vous en supplie, écoutez-moi!
— Poursuivez donc!
— Je ne me souviens guère des jours qui précédèrent mon entrée au château <rArnouvilie: j'étais enfant, élevé dans une
MOXSltlU SIMO.N. iS:i
feniie que faisait valoir mon père , et qui appartenait au vieux marquis de Fontenay- Mareuil. J'avais six ans quand il imajjinade me choisir pour être le compagnon des jeux et des études du jeune Fernand, son fils, qui était à peu près de mon âge, et dont ma mère avait été la nourrice ! Nos jeux furent ceux de tous les enfants ; l'égalité y présidait comme la gaieté. Ma mère en m'embrassant m'avait dit : Simon, souviens-toi de céder toujours au petit marquis! C'était ainsi que les domestiques , jardiniers et fermiers, désignaient entre eux le jeune Fernand. Mais dans les amusements que nous partagions, comment se souvenir de cette fugitive recommandation? Seulement il y avait une espèce de tendresse dans la protection que ma force physique accordait à sa faiblesse. C'était un joli enfant blond , délicat et frêle. Cette délicatesse venait surtout des soins trop minutieux qui l'entou-