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madame Rémond , lui parut une preuve évidente d'un amour très-vif; et la pauvre mère sentit son chagrin s'effacer sous l'espoir qu'au moins sa fille aurait, comme elle ne put s'empêcher d'en faire la remarque tout haut, des dédommagements de ce côté-là. Chacun regardant avec surprise madame Remond, elle ne put supporter plus longtemps une contrainte inaccoutumée , et elle se mita faire en langage grossier une espèce d'élégie burlesque sur la tristesse de la journée, qu'elle accompagna de plaisanteries, sur ce qui pouvait et devait suivre un pareil jour. Et comme succédait à ces paroles un de ces silences d'étonnement par lesquels on semble protester dans le monde contre l'inconvenance et contre l'infraction aux règles de la société , Gabrielle, les yeux attachés sur Yves de Mauléon , vit ce dédain profond , ce dégoût moral qu'inspiraient au jeune homme
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le mauvais goût et La grossièreté des paroles de madame Rémond. Gabrielle alors, promenant vivement ses regards de la figure commune, si joyeuse et si contente d'ellemême, de sa mère, au triste visage mécontent et humilié de son mari , sentit tout à coup la distance immense qui séparait les deux êtres qu'elle était destinée à unir dans les plus intimes affections de sa vie. Tandis qu'elle épiait avec anxiété l'expression de M. de Mauléon qui laissait errer ses regards autour de lui, craignant sans doute en les fixant quelque part de laisser deviner ce qu il éprouvait, elle le vit porter sur elle-même cette expression inattentive, dédaigneuse et méprisante.
Il n'est pas de jeune fille, quelque enfant, quelque ignorante et étourdie qu'elle soit, qui ne sente que ce n'est point un tel regard que sa jeunesse et s,i beauté doi-
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vent attendre de celui qui vient de lui promettre son amour devant le ciel et la terre- L'illusion que Gabrielle avait cherché à se faire, l'espérance qu'elle avait conçue, tout s'évanouit en ce moment, et le froid glacial du visage hautain de M. deMauléon frappa son cœur d'une soudaine et mortelle blessure !
— 0 mon Dieu! s'écria douloureusement la naïve enfant, cédant à une indicible douleur! et les yeux curieux, surpris et effrayés, se tournèrent spontanément vers elle, qui n'était pas la moins étonnée de sa brusque et involontaire exclamation.
— Vous ètes-vous blessée? dit doucement la marquise.
Gabrielle laissa croire qu'une légère maladresse avait compromis ses délicates mains contre le couteau qu'elle tenait: et
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cci imperceptible Uirl lut pris par le jeune homme comme un manque d'usage qui ajouta visiblement a sa mauvaise humeur. Klle le vit bien; car tout avait disparu autour d'elle depuis quelques heures, pour ne laisser a son attention qu'un seul objet, \ \es dt' Mauléon et les nuances de sa pensée souvent insaisissables, mais toujours épiées par la jeune femme, dont toute l'àme était absorbée dans cette contemplation.
Tout à coup il surprit cette attention avec autant d'inquiétude qued'étonnement; ■ 'f aussitôt il mit tous ses soins à rendre impassible le front sur lequel sa jeune femme cherchait à deviner sa pensée... Il s'efforça de rendre insouciant le sourire qu'elle épiait; de rendre indifférentslesyeux où elle voulait lire ; mais son attention à elle n'en devint que plus active . (l'était une lutte acharnée de scrupuleux et violent examen
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d'un cote, et, de l'autre 3 de soins multipliés pour dérouter l'observation. Plus maître de lui,, le jeune homme trouvait encore moyen de se mêler à l'espèce de conversation banale que la marquise maintenait au milieu de tout cela, et d'échapper au moins à l'observation des autres.
La soirée se passa ainsi jusqu'au moment où l'on se sépara. Alors madame Rémond emmena Gabrielle clans l'appartement qu'elle devait occuper, et Yves de Mauléon se retira momentanément dans le sien .
Mais quand il se trouva seul après cette journée passée pour ainsi dire en public, et qu'il put se livrer sans contrainte à ses impressions, il se sentit saisir par une indicible tristesse et un profond découragement, (lotte fortune, qu'il venait d'acheter par son mariage, non -seulement lui sembla
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payée trop cher, eu établissant des liens de famille entre lui et madame llémond; mais eet argent en lui-même cessa d'avoir du prix à ses yeux. Il éprouva un tel dégoût de toute chose , qu'il ne sut plus pourquoi il avait été se créer ainsi de nouveaux devoirs, pour obtenir des richesses qui ne lui apportaient aucune joie.
Les plaisanteries de sa belle-mère l'irritaient, comme une espèce de prise de possession de sa personne, contre laquelle il se révoltait ; et, cherchant par un séjour prolongé dans son appartement à constater l'indépendance qu'on voulait lui ravir, il s assit tranquillement devant une table , et il se mit à écrire à son ami Henri de MarcMiay.
« Henri, vous dont l 'esprii sceptique sait huit analyser froidemenl , el qui allea
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u chercher dans les plus secrets replis du « cœur le mauvais instinct qui le pousse ; « vous qui regardez comme un spectacle ■ toutes les passions qui nous agitent, que « ne pouvez-vous voir ce qu'éprouve en « cet instant mon âme? Vous devineriez, « mieux que moi sans doute les causes « d'un mal qui m'accable, et porte un sen- « timent de douleur dans tout ce qui passe « autour de moi.
« Cette journée de mariage, Henri, a été b un long siècle d'ennui et de malaise; « plus que cela ! d'angoisse et de souffrance. « Oui, je souffre, et savez-vous quand « j'écris ceci ? Il est minuit, je suis seul dans « ma chambre , et je suis marié depuis ce « matin avec une jeune fille de seize ans , « réellement belle !
< Quel est donc l'empire qu'exercent sur moi quelques idées singulières peut-être!
•::.s l i; tOl II l»l II IMAGE.
•< je suis là... et j'y suis sans impatience,
sans joie ! et j'y reste! Ah ! quoique vous « en puissiez dire, mon ami, il existe je ne
sais quelle faculté de l'âme dont la puis- « sance est irrésistible ; et dans ce moment
cette puissance vient révolter mon cœur
humilié.
« C'est la seconde fois qu'un chef de la famille des Mauléon épouse une fille du peuple... J'ai trouvé ces jours-ci dans nos papiers un court récit de ce premier mariage, je l'ai gardé, il est là sous mes m yeux; il augmente mon mécontentement : lisez-le, vous verrez pourquoi n
u:<;k\|)K OU BÉCIT RBNFEStMB DANS l.A LETTBE.
Dans le treizième siècle, Bertrand de Mauléon, seul héritier*! es duos souverains ses aïeux, devint amoureux de lu fille d'un