‹ Gabrielle (volume 3)Chapitre 3 sur 40 · INE GRANDE DAME RUINÉE. (I · texte numérisé non relu

INE GRANDE DAME RUINÉE. (I

— Rien de bien grave, rien qui puisse compromettre l'honneur d'une famille, répondit M. de Rhinville.

— Je veux tout savoir, répéta-t-elle impérieusement.

Malgré l'inquiétude et le chagrin qui se peignaient sur le visage de la marquise, le comte ne put réprimer un léger sourire en ajoutant :

— Des folies de jeune homme qu'on se raconte en riant, dont le inonde s'amuse, et qu'il oublie bien vite. On dit qu'arrive à sa majorité, et mis en possession de quinze à vingt mille livres de rente, seul débris des biens immenses de ses aïeux , M. de Mauléon, trouvant cette médiocre Fortune trop peu en rapport avec son rang et ses désirs, et ne voulant pas vivre.

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disait-il, avec ses vingt ans et son titre de

duc, comme un vieil épicier retiré du commerce , vendit ses propriétés, ei, faisant quatre paris des quatre cent mille francs qu'il en eut, se détermina, il y a quatre ans, a vivre comme quelqu'un ayant cent mille livres de rente. On ajoute que monsieur votre fils fut si fidèle à sa parole que la journée d'hier a vu en même temps la fin des quatre années et celle des quatre cent mille francs

Un triste soupir s'échappa du cœur de la

marquise avec ces mots :

— Quatre cent mille francs ne sont pas la moitié du revenu qu'avait monsieur le marquis de Fonfenay-Marouil, en 1789, lors de notre mariage , et il y ajoutait son gouvernement de Bretagne et sa charge do premier ('envoi' de madame.

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Le comte fit un geste de regret et de sympathie, et le silence recommença. 11 y avait tant de tristes souvenirs pour tous deux dans ce peu de mots !

La marquise, petite, mignonne et délicate, avec des traits fins, une peau unie et décolorée, quelques cheveux très-blancs et extrêmement soignés, un bonnet bien arrangé dans une capote blanche entourée d'un voile, une robe de soie brune et une grande mantille bordée d'une haute dentelle noire, avait, malgré son âge, quelque chose d'agréable qui venait d'un air noble et de bon goût : ses manières étaient simples et naturelles. Les femmes d'un rang très-élevé offrent rarement la plus légère apparence d'affectation.

Sûres de la place qu'elles occupent, de la considération qu'on leur doit , et des

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égards qu'on leur accorde, "'Mes ne portent pas dans le monde les inquiètes timidités qui paralysent les grâces de ['esprit comme celles de la personne. La société qui les entoure les connaît, leurs droits sont établis, on ne leur dispute rien, et, sûres des autres, elles le sont aussi d'elles-mêmes : les classes élevées sont aussi naturelles dans leurs habitudes élégantes él gracieuses*, que les artisans et les villageois dans leur naïves et grossières coutumes; mais il règne une excessive affectation dans les manières des classes intermédiaires ; peut -être l'inquiétude de prétentions encore contestées, le désir d'être placé dans un rang plus élevé, la crainte de l'être dans un rang inférieur, une vanité qui s'offeuse de ce qui est au-dessus délie et dédaigne ce qui est au-dessous, font-ils naître mille susceptibilités qui se montrent sons des formes singulières, agitées ,

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et ridicules! Mais dans toutes les classes, une haute intelligence supplée atout. Elle donne du calme dans le maintien, de la grâce dans la parole, du naturel dans les manières, par le sentiment paisible et digne de la valeur personnelle; et de toutes les supériorités celle qui inspire le plus cette dignité gracieuse,, sans doute parce qu'elle est la première de toutes, c'est la supériorité due à la générosité et à l'élévation de l'àmo.

Les révolutions, et tout ce qui s'est dit et fait en Europe depuis cinquante ans contre les idées que la marquise avait reçues dans son enfance, n'avaient pas modifié ces idées. Il en était deux qui dominaient toutes les autres et leur servaient d'appui et de centre commun , la grandeur de sa noble famille et l'influence des femmes sur la société. Relever, rétablir et soutenir

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à tout prix ces divinités détrônées, lui sein-

blail un devoir sacré; sa situation à elle ia touchait bien inoins par les privations qui lui étaient imposées que par le regret de voir une personne de son rang obligée de s'y soumettre, et c'était surtout pour l'honneur de ce rang qu'elle en souffrait! Ses plaintes n'étaient-elles pas écoutées; c'était le sentiment de la dignité cl de la valeur morale des femmes qui se trouvait blessé en elle du peu d'importance accordé par notre époque à une femme de son âge.

Si l'exagération des idées de la marquise prêtait parfois au ridicule, elle donnait plus souvent encore une sorte de grandeur et d'élévation à son caractère, en détruisant la personnalité au profit d'un principe et d'une idée. L'oubli et le sacrifice de s»imème ont toujours de le noblesse, se

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