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trompat-on sur les causes et les conséquences de son dévouement.
Pour une portion de la haute société du faubourg Saint-Germain, dont le comte et la marquise faisaient partie, l'état actuel de toute chose semblait encore trop étrange pour être durable; et, sans s'y être habitué, on le supportait comme un moment de crise, un peu long il est vrai, mais qui devait nécessairement cesser, comme tout ce qui est en dehors des lois ordinaires de la nature. La destinée de quelques familles a été si longtemps unie a la destinée de la France , qu'il semble toujours à leurs descendants qu'une séparation doit entraîner la ruine de lune comme celle des autres. Disposée sans cesse à combattre, dans un pays guerrier, la noblesse apportait autrefois à la royauté une épée toujours prête et des hommes d'armes toujours dévoués. J. 2
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Elle entoura pi us lard Le 1 1 <>ne paisible des grâces de l'esprit, du charme des manières et de l'élégance du luxe, parures "brillantes
dune cour oisive et insouciante; puis, après avoir suivi la royauté sur les champs de bataille et dans les fêtes, elle l'accompagna jusque sur l'échafaud, et le roi martyr ne parut point devant le roi du ciel sans un sanglant et noble cortège qui avait partagé sa destinée.
Comment donc cette noblesse accepterait-elle franchement ce qui la repousse? Pourquclques-unsaussilepaysoùilsnesont plus rien ne saurait subsister; à leurs yeux, tout y est arrêté, suspendu, immobile, et ce qui existe sans eux pour eux n'existe pas.
11 fallait qu'il y eût quelque espérance si rattachant a une de ses idées dominantes, pour que la marquise eût oublié ce jourlà ses soixante-dix années, ses habitude
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qui la relouaient chez elle ordinairement à cette! heure, sa santé qui lui faisait supporter avec peine le mouvement d'une voiture, et ses chagrins passés qui la rendaient souvent insouciante et apathique : car, dès la veille, elle était agitée, inquiète
et impatiente en priant le comte de Rhinville d'être exact, et en lui recommandant de ne pas oublier que le lendemain, à midi, elle l'attendait pour se rendre avec lui rue des Postes.
En effet , le matin de ce jour impatiemment attendu par la marquise, on avait vu, dès midi , un élégant coupé s'arrêter dans la vaste cour d'un hôtel de la rue St-Dominique; un homme en était descendu trèslentement, malgré l'aide d'un domestique. Pourtant va peine avait-il eu mis pied à terre, qu'il sautait assez légèrement sur les marches du perron on souriant et on jetant les
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veux autour do lui: cet homme était le comte de Rhin ville, l'ami de la marquise de Fonte nay-Mareu il.
Il était assez difficile à la première vue de déterminer au juste son âge , et l'observateur le plus habile eût hésité un moment avant de décider si c'était un homme trèsvieux, que des soins assidus protégeaient contre les tristes résultats du temps , ou un homme encore jeune, dont la vie orageuse en avait doublé les ravages.
tVlais l'incertitude avait rosse avant que les vingl-ti ois marches de l'escalier qui conduisait à L'appartement eussent été franchies : car, après s'être assuré par un regard qu'on n'avait a redouter aucun témoin, cettetaille élevée, encore droite par moments et renlerméedans lescontoursd'un habit élégant, s'étaU courbée, une main s'appuyait sur la
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rampe, l autre pesait lourdementsur le bras du domestique; il fallait uu effort à chaque pas ; les rides de ce visage, qui avait cessé de sourire, semblaient s'être creusées tout à coup plus profondément sous la légère couched'un vermillon emprunté qui ne les cachait pas, et il était devenu évident que les cheveux noirs et soyeux qui couvraient cette tète à mouvements involontaires et incertains avaient pris naissance sur un front plus jeune au moins de trente ans que le front hâve et desséché qu'ils ombrageaient.
Cependant la taille se redressa , le pas se raffermit , et la tète se releva souriante, avec une sorte de fierté, en entrant dans une antichambre assez vaste, mais très-simple, où le vieillard, qui avait essayé de se déguiser en jeune homme, s'arrêta. Alors l;i seule personne que renfermait cette pièce,
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et qui ressemblait plutôt à une modeste lenlièredu Marais qu'a une femme dechainitic i se le\a . <■( sans al tendre qii" ledomeslique eût prononce le nom de son maître, elle ouvrit doucement une porte, entra sans bruit dans une chambre à coucher ; et, s'approchant respectueusement d'une femme à;;ér, occupée à mettre ses gants avec un M>in minutieux, elle annonça presque a voix liasse :
— Monsieur le comte de Khinville.
— Je suis prête, comte, dit, en se Levant au .;; ranci fauteuil où sa petite personne se tachait en entier, et en savançanl vers la porte, la marquise de Fontenay-Mareuil.
Mille gràcespourvotrecomplaisaneeetvotre exactitude, ajoula-t-ellc ; puis, au moment de quillet la chamlue, elle se r< -tourna poui p.u I<t à la personne qui a\.ui annoncé: ma-
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demoiselle Huguet, je ne rentrerai pas de la journée , dit-elle avec une expression de dignité hautaine qui lui était habituelle; celleci s'inclina, et la marquise, posant le bout de ses doigts sur la main que lui tendait le comte de llhinville , sortit avec lui.
La chambre que madame de Fontenay- Mareuil venait de quitter représentait passablement, par son étendue, son élévation, ses ornements et ses meubles , la chambre d'une grande dame d'autrefois; mademoiselle Huguet rappelait assez bien une femme de charge, et même à la rigueur une espèce de dame de compagnie. Les manières de la marquise avaient toute cette dignité imposante qui sait vous avertir que la politesse est une concession de la grandeur qui ne doit pas tirer à conséquence; mais là se bornaient les faibles apparences d'une position détruite, d'un rang devenu sans puis-
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sauce, de dignités disparues, de fortune anéantie. La marquise de Fontenay-Mareui! était ruinée ; lies révolutions axaient enlève les biens héréditaires dune famille jadis rivale des plus riches ailles plus puissantes la devise de ses aimes rappelait encore des droits et attestait un rang qui lui avaient permis de prétendre au trône, quand le> plus grands se choisirent un maître parmi leurs égaux.
Cependant, il faut bien le répeter , l;i marquise était ruinée si complètement qu'elle devait à 1 amitié de la princesse de T.. les deux chambres composant tout son appartement, dans l'hôtel de son amie, qui n'avait pu lui l'aire accepter davantage. H avait fallu que la princesse s entendit avecmademoisélleHuguetetavecun homme d'affaires pour suppléer, .1 I insu de la marquise . ,i la pension sur la liste civile.
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supprimée depuis 1850, et qui tournissait
à ses très- modestes dépenses. Heureusement l'habitude de ne point s'occuper des détails d'argent, de laisser les soins importuns des petites affaires de chaque jour aux mains d'une personne de confiance, servait les projets de l'amitié. La marquise n'avait à elle ni hôtel , ni château, ni voiture, ni domestiques; mais elle habitait un hôtel magnifique , passait l'été dans de fort beaux châteaux, ne sortait qu'en voiture, était minutieusementet respectueusement servie par mademoiselle Muguet , et avait à ses ordres, si elle en eût eu besoin, tous les domestiques de la princesse. Cependant elle ne possédait rien au inonde, et son petitfils, le jeune duc Yves de Mauléon, venait d'achever de dissiper l'héritage que son père lui avait laissé.
\iiim de deux familles dont l'origine se
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perdait dans la nuil des siècles , qui avaient poaaéié dès provinces , porté des couronnes ducales, et dispute ses droits à Ja royauté. il ne restait plus qu'une vieille femme vi- \ant des bienfaits d'une amie, et un jeune homme de vingt-six ans, qui la veille avait perdu le peu qui lui restait, en pariant contre une partie de billard, jouée à cheval.
que monsieur le marquis de M L
avait gag Dec dans les salons du Jockeys* Club.
Et ce jour-là, la marquise de Fontenay- Mareuil avait donc été obligée de monter dbns la Mtiture d'un vieil ami pour se rendre où elle était attendue
Le comte de Hhinville , initié depuis longtemps aux tristes pensées de la marquise, ei voyant la préoccupation qui la poursuivait pendant la route, chercha évi-
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demmentachasser un souvenir pénible par une belle espérance, et il prononça lentement ces mots :
— On dit.... aussi.... que cette jeune personne aura un jour quatre millions!
— Au moins!.... reprit la marquise en
xniriant.
— Et le mariage est arrêté? dit le comte.
— A peu près. . . . répondit la marquise.
— Et les millions furent amassés à?....
Madame de Fontena\ -Mareuil ne lui laissa pas le temps d'achever sa phrase et ajouta :
— I ne fille unique.... seize ans.... une mère veuve.. ..
— Qtoj veut que sa lille soit duehesse dit le comte en souriant
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— Voyez-vous, mon ami, reprit avec une légère amertume madame de Fontenav-Mareuil, quand les droits, les talents et les vertus ne peuvent plus nous servir, il faut bien s'aider des vices et des travers des autres
— Et malgré tout ce qu'on a dit et l'ait depuis un siècle, continua le comte avec un sourire moqueur.... un litre.... un nom....
— Sont des appâts où toutes les fortunes delà finance viennent encore se prendre, ajouta lamarquise; la vanité bourgeoise n'y résiste pas : elle est aussi faible ou si vous voulez aussi robuste qu'au temps où Molière se moqua du bourgeois-gentilhomme; seulement, elle a d'autres formes.
Oh! aujourd'hui, l'on a de nouveaux ridicules, c'est vrai , mais cela n'empêche pas l< is anciens de servir encore.
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Tous deux se mirent à rire : la bonne humeur était revenue! Le comte de Rhinville , ami d'habitude de madame de Fontenay-Mareuil, riait à ses bons mots, applaudissait à ses espérances, avait l'air de s'associer à tous ses projets, comme elle avait l'air de partager ses sympathies, qui toutes (l'ailleurs se rapportaient à lui-même. De cette condescendance réciproque résultait une liaison intime durant depuis quarante ans sans trouble et sans susceptibilités, peut-être parce qu'elle était sans passion et sans tendresse.
Le comte de Rliinville était un de ces égoïstes qui restent garçons par amour de la vie paisible et par crainte des embarras de famille, concentrant sur eux-mêmes tout ce que leur cœur a de sensibilité et tout ce que leur esprit peut former de combinaisons. Nul n'avait un soin plus
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particulier de l%sw§Ëtoféte que lé ('ici lui avait donner, et jamais l'ouvrage que Dieu lit a son imagé Dé lut confie à des mains plus dignes de sentir le prix d'un tel présent . el plus soigneuses de tout ce qui pouvait contribuer ;t sa conservation ; à son bien-être et à sa sécurité.
Tous les événements de ce monde ne le touchaient que par leurs rapports avec lui ; et leur degré d'importance à ses yeux était tout juste celui de la mesure de leur contact avec ses intérêts. Une guerre désastreuse pour son pays l'eût certes bien moins affecté qu'un incident qui se fui opposé à sa promenade habituelle. Ses amis lui reprochaient de n'avoir vu dans la révolution de 1850 qu'un dérangement, qui, en dépavant les deux extrémités de la rue qu'il habitait, l'empêcha pendant plusieurs jours de sortir en \oiture ef
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l'exposa à la pluie d'un orage. Ils lui reprochaient aussi de ne s'intéresser à rien j de ne rien aimer vivement, de modifier toutes ses idées et toutes ses opinions; d'en changer même quand son avantage s'y trouvait : on avait tort, il ne changeait jamais, il avait toujours la même idée, toujours le même intérêt dans la vie : c'était son amour exclusif pour le comte de Rhinville.
Son appartement était commode, chaud, en bonne exposition ; et un thermomètre avertissait des variations d'une atmosphère qui devait toujours rester la même : cela donnait lieu à des soins continuels. Il y avait aussi dans toutes les parties de son habillement des modifications fréquentes.
Comment lui serait-il resté une minute
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pour s'occuper (\ii> autres? Il avait à peine le temps de faire pour lui-même tout ce qu'il croyait nécessaire. Et cependant , comme il faut toujours que l'être lopins matériel garde quelque chose ressemblant a la passion, le comte de llhinville avait , dans un de ces petits fronts étroits, où se logent d'ordinaire les plus grosses vanités, un désir fort vif de passer pour être d'une haute naissance. Sa noblesse, un peu douteuse, se constatait à ses yeux par son intimité avec la vieille marquise si dédaigneuse des nouvelles familles. Les soins quelle obtenait de lui s'arrangeaient parfaitement bien avec les habitudes de tous les jours d'une grande dame ruinée, et elle l'avait introduit chez les plus nobles et les plus tiers. Il y avait donc entre eux une espèce de convention tacite; on no s'était jamais entendu là-dessus et l'on s'était toujours compris à merveille.