LE JOUI DU MARIAGE
d'ici que de résistera la voix et aux prières de mon seigneur et maître, Bertrand de Mauléon .
— Nous partirons, dit le père.
Et le lendemain ils lurent arrêtés par les hommes d'armes de Bertrand de Mauléon, au moment où ils franchissaient les limites de ses domaines ; et on les amena devant la haute justice du seigneur, pour y être jugés selon la loi.
Et, quand tous étaient assemblés, serfs, vassaux, hommes d'armes et seigneurs, Bertrand de Mauléon , suzerain des fiefs de Arnouville, Blainont, Lassy et autres lieux, etc. ,etc, promit grâce à Gertrude et à son père, si la jeune tille avouait la cause qui les avait fait déserter ses terres; mais la jeune fille rougitetnerépondit pas. Cependant, quand elle regarda son père; elle s'é-
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cria : Je suis seule coupable! que Ton ne punisse que moi seule!
Et on les condamna tous deux.
Alors Bertrand de Mauléon se leva du siège où il était assis, dominant l'assemblée, et il dit : Je le sais, moi, le secret de cette jeune fille... je l'entendis le confiera son père. Elle fuyait devant un homme qu'elle aimait, car elle est aussi vertueuse que belle; et moi, maître et seigneur suzerain de ces lieux, j'ai décidé que cet homme serait son époux .
Gertrude doutait encore de ce qu'elle entendait, quand Bertrand la prit par la main et la plaça sur un siège élevé comme le sien , et à côté de lui. Mais , au lieu de s'asseoir, elle se jeta à ses genoux et pleura de joie...
Le lendemain, le chapelain bénit cette
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union, et la duchesse de Mauléon brilla par ses vertus et par sa beau (é dans le haut rang où elle était placée.
« Ehbienî Henri... penserez- vous comme « moi, après avoir lu cette vieille chroni- « que?... Cet homme avait pris sa fiancée « parmi les filles du peuple , pour la parer « de riches atours, pour poser sur son front « une couronne ducale, pour en faire la « noble compagne d'un puissant seigneur.
11 déplut à ses égaux, irrita les châtelaines « quiprétendaientàsamain, manqua peut- « être à ses descendants qu'une riche al- « liance eût pu doter de quelques nouveaux « domaines ; mais il y avait de la fierté et « de la générosité à faire ainsi de celle qu'il « aimait l'égale des plus grandes dames; « mais il pouvait presser avec transport sur
OUR Dl MARIA6-K.
■ son cœur la femme qui lui devait tput ;
niais nul n'avail droit de dire : Cet hom- « me, il a livré son nom pour de l'or, il a * donné son titre pour de l'or, il a vendu
son amour pour de l'or !
« Et moi, Henri?
« Comment mon mariage s'est-il fait?...
« Je ne le eomprends plus! 11 me semble « que j'aurais du me révolter contre un pa- « reil lien.
« Je ne sais, en vérité, ce qui s'est passé. « Ils disaient tous que les mariages se fai-
< saient ainsi. Ma mère pleurait! Ma vie
< passée avait-elle donc étouffé tout ce qu'il « y avait en moi de délicates inspirations? « Et viennent-elles se réveiller quand elles « ne peuvent plusm'apporter que des tour- « ment s y
Me voilà lie pour jamais à je ne sais
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« quoi sort honteux, à je ne sais quelle des- « tinée maudite, et cela pour arriver à » quoi? à vivre ! à dîner à une bonne table ! » à monter dans une voiture commode! à « me trouver dans un bel appartement!
« eh! qu'importe tout cela, s'ilestau dedans « de moi des ennuis que rien ne pourra « vaincre, des pensées qui m'obséderont, « des souvenirs qui viendront m'humilier?
« Car cette jeune fille; ah! si vous sa-
« viez, Henri! c'est elle, c'est un de ses
« regards qui a éveillé en moi toutes ces
« idées ; un regard de cette enfant de seize
« ans, de cette fille du peuple!... Pendant
a le dîner elle a surpris, du moins je sup-
« pose que c'est cela , elle a surpris une ex-
« pression de dégoût que m'inspirait sa
« mère; et si vous aviez vu quelle pitié,
« quel mépris ont animé tout à coup cette
« figure presque enfantine... Ah! comme
« son regard était insultant !
30G l.i: IODB DO MARIAGE.
« Et imaginez, Henri, que c'est unees- « pèce do sauvage! Comment a-t-elle donc « pn deviner? mais c'est impossible 1 je me
« serai trompé!.. . quelque klée que j'ignore
« l'aura frappée!... Ce matin , quand j'ar- « rivai , ses grands yeux si expressifs me « regardaient avec une tendresse naïve... « qu'elle était jolie ainsi! toutes les nuan- « ces de sa pensée se peignaient à l'instant « dans sa physionomie : on peut la com- « prendre sans qu'elle parle... quel sou « rire charmant !... »
Yves de Mauléon laissa encore quelques instants errer sur le papier sa main inattentive, qui traçait à son insu des mots sans suite, et même des lignes sans forme. . . Sa pensée n'était plus avec son ami; elle était sans doute avec des images plus douces et plus gracieuses que celles qui frappaient son esprit en commençant la
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lettre; car son visage avait pris un air de gaieté y et, quand ses yeux se reportèrent sur le papier, il se mit à rire de bon cœur des figures bizarres que sa plume avait tracées. Puis, parcourant ce qu'il avait écrit, il ne trouva point apparemment que ces idées dussent être connues, car il froissa avec impatience ces pages écrites avec tant d'attention quelques instants auparavant, et, les ayant vivement pressées entre ses mains, il les anéantit en les livrant aux flammes. Alors son visage parut s'animer d'une nouvelle joie, et il s'élança rapidement vers la porte qui conduisait à l'appartement de sa jeune femme.
nue faisait -elle ? comment Gabrielle avait-elle passé cette heure d'attente? Conduite par sa mère dans la chambre élégante 3 préparéo pour la nouvelle mariée , elle l'avait laissée détacher les fleurs et les
."MIS LE JOI R l»l MARIAGJ
bijou* donl elle était parée, sans s'apercevoir seulement des soins dont elle était l'objet, et sans entendre antre chose dos nombreuses paroles de madame llomond que ces mots apprenant à la jeune tille que la cérémonie du matin accordait à son nouvel époux le droit de ne pas la laisser seule ce soir.
Madame Rémond, comme presque toutes les femmes d'une classe inférieure, était honnête sans être réservée; vertueuse dans ses actions, sans être délicate dans ses paroles. L'énergie grossière de son langage eût effarouché la femme élégante la moins sévère , comme les faiblesses de celle-ci eussent révolté toute la robuste vertu de l'autre!
Gabrielle écoula tout saus que son visage impassible laissât rien deviner des impressions que les discours de sa mère pou-