INDE DAME RI INE
- i . «1» 1 autre . un sentimeal profond de douleur e( de résignation.
Monsieur de Rhinville, sans laisser à la marquise le temps de répondre à cet homme antre chose que quelques monosyllabes,
l'entraina dans le salon . et laissa celui qui - ivail .îiriM abordés seul an milieu de h on il resta immobile quelques instants: puis sa main desséchée se promena lentement snr ---H front et sur ses veux, comme pour y recueillir ses idées 11 prononça alors faiblement des paroles sans suite, et rentra dan- la maison . lents et la tête t s
Rien ne contrastait pins fortement avei la vieillesse parée, riante et fardée de monsieur de Rhinville, que la vieillesse abandonnée, triste et découragée de l'inconnu. Quelques rareschevenx entièrement blancs, un visage dé oloi é nne bouche qui n<
I NE <.l, \MM. MME RL'l.Nfcl. R
\ lit plus sourire , et des yeux qui s ivaîent encore pleurer; cel abattement el cette insouciance de soi-même qui révèlent qu'on n'attend rien des autres : tout indiquait eu lui lès plus fortes impressions de 1 tandis que la sécurité et le contente] desoi, qui rayonnaient sur le paisibles is du comte, représentaient l'absence de toute émotion-.
En entrant dan- le salon la marquis* voulut sans doute excuser ses relations avec L'inconnu; car elle dit : — C'est un homme très-pieux, qui pass ses jours en bonnes œuvres.
— Lu hypocrite! reprit rudement le comte.
— Il connaît. la nu nm personne . Ajouta plus bas 1 rais
si lui qui
98 I M i.ii\M»K DAIfE Iti IM il
Le comte, par im geste, sembla indiquer que cette excuse >n (lisait a la justification de sa vieille amie , et qu'un intérèl <1 "argent expliquait tout; mais le geste se perdit dans un mouvement de surprise et presque d'impatience ; car il venait de voilée même inconnu aborder un jeune homme qui traversait la cour accompagné d'une vieille religieuse et qui lui avait tendu la main amicalement , et ce jeune homme était le duc Yves de Mauleon, qui entra presque'aussitôt dansle salon où ils étaient, salua le comte, baisa respectueusement l'a main de sa grand' mère, et resta debout sans dire un seul mot.
Yves de Mauléon avait vin.j> l-six ans, une taille très-élevée et une très-belle ligure; tousses mouvements développaient une élégance digue ej gracieuse, dont le i\ pe est presque perdu de nos jouis. ei que
I M-, GftANPE DAME miINÉB. ;,«>
nos habitudes politiques feront bientôt cnlièrenient disparaître; on retrouvait en lui ces nobles manières qui, sans apprêts, sans gêne et sans prétention, donnent pourtant, dès la première vue, une si liante idée de eelui qui les possède , qu'elles décèleraient son rang même sous un costume vulgaire et grossier; les expressions de son visage respiraient, pour ainsi dire, un respect de soi-même qui imposait le respect aux autres; le son de sa voix vibrant et accentué, et sa prononciation sonore et douce, indiquaient des habitudes distinguées et une éducation élégante. Tout dans l'aspect du jeune duc révélait une nature pleine de force et de grâce ; car sa manière de plaire était imposante, et l'on sentait qu'il y avait là ce qu'il faut pour se faire craindre aussi bien que pour se faire aimer. Son front, grand et bien développé, donnai! a sa belle figure le caractère d'une
M i m: grande dame m inée.
haute intelligence; ses veux étaient bleus et doux et ses cheveux châtain clair; souvent un air de dédain se montrait sur ses lèvres, mais rien n'était plus gracieux que le sourire qui venait quelquefois remplacer l'expression un peu hautaine qui lui était habituelle, expression qu'il tenait de sa famille.
En ce moment il était calme et sérieux ; rien, sur son visage, ne trahissait aucune émotion; mais dans les âmes fortes ce qui est violent se cache sous l'apparence de l'impassibilité.
— Eh bien! mon ami, dit la marquise après quelques minutes de silence et avec un regard curieux qui semblait interroger la pensée du jeune homme.
- Me voilà, ma mère! lurent les seuls mots qu'il prononça lentement avec un
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doux et triste sourire; puis, comme si ces mots eussent répondu à tout, il garda de nouveau le silence.
Le salon où ils étaient tenait toute la profondeur de la maison : il y avait d'un côté deux fenêtres et une porte donnant sur la cour, et, de l'autre , aussi deux fenêtres et une porte, mais donnant sur un jardin ou plutôt sur une grande cour intérieure plantée d'arbres et consacrée aux récréations des pensionnaires. — En ce moment elles sortaient de dîner, et leurs cris joyeux annonçaient l'heure de la liberté : les jeux allaient commencer, elles se dédommageaient du silence du réfectoire en parlant et en riant toutes ensemble, et le jeune homme, de même que les deux vieillards, jeta un regard d'intérêt et de bienveillance sur ces bruits bien connus et qui évoquent des souvenirs do joie
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pour tous. Mais ils n'avaient pas en le temps de se communiquer leurs réflexions. quand la porte du jardin. s'ouvrit violemment au milieu de grands éclats de pire . el leur montra une jeune et belle tille aux couleurs vives, aux cheveux noirs, a l'air plein de gaieté, à la figure presque enfantine, quoique sa taille fût grande et assez forte. Elle riait avec folie et (rainait après elle une autre jeune personne délicate, blonde, timide et pâle qui semblait céder avec peine à ce que voulait d'elle sa vive et étourdie compagne.
— YA\ bien ! s ecria-t-elle, voila mon pari gagné ! Et, rouge jusqu'au Iront et tremblante de sa hardiesse, après avoir fait quelques pas dans le salon, elle se retournait vivement pour regagner le jardin, quand un cri de surprise et presque d'effroi. . s'échappa en même temps des lèvres
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de la jonne tille paie, et des lèvres de monsieur de Mauléon.
— Qu'as-tu donc , Élénore? s'écria la téméraire brune; et enlevant presque dans ses bras sa timide amie qui restait immobile, elle la reporta au milieu d'un groupe de pensionnaires; elles étaient là, près de trente, attentives et effrayées, qui se tenaient dans le jardin à quelque distance de la porte, qu'une d'elles referma brusquement dès que les deux audacieuses eurent fini leur excursion.
Tout cela avait été si prompt, si inattendu, que la surprise avait pu arracher l'exclamation du jeune homme; et les autres , trop occupés de ce qui se passait, ne l'avaient pas même entendue, et ne pouvaient lui en demander la raison.
— Voilà doux j«mi nés lilh's bien bruyantes
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c( bien étourdies, remarqua la marquise.
— Oui, mais elles sont bien belles toutes deux, reprit le comte.
Aucune émotion, aucune réflexion rie troublant jamais sa pensée, il voyait tou jours les choses exactement (elles qu'elles étaient.
— La brune m'a semblé d'une merveilleuse beauté, et je ne me souviens pas d'avoir vu des couleurs aussi roses sur une peau aussi blanche. Quelle gaieté et quelle vivacité dans ses yeux brillants!
— Eh! reprit la marquise en riant, je ne me souviens pas de vous avoir vu, mon cher comte, une admiration aussi énergique; mais la blonde me semble à moi plus agréable : elle est timide et craintive, c'est l'autre qui L'entraînait malgré sa volonté; elle a d'ailleurs ces formes délicates cl mi-
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•nioii nos desiemmcscomme il faut . . .Qu'en pense Yves? Il doit être meilleur juge que nous sur cela, mon vieil ami.
Le visage du jeune homme était parfaitement calme et froid, quoiqu'un peu plus pâle qu'avant l'entrée des jeunes filles.
Mais il n'eut pas le temps de répondre, car la supérieure du couvent venait d'entrer en disant :
— Pardon, madame la marquise, si je ne me suis pas trouvée ici pour avoir l'honneur de vous recevoir à votre arrivée ; pardon aussi pour l'inconvenance de deux pensionnaires qui sont venues vous interrompre en se présentant de la façon la plus ridicule. . . Je les ai vues de la fenêtre d'une chambre du haut où j'étais retenue par la visite d'une ancienne élève, séparée de nous depuis douze ans, et que j'avais un
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;iaii(l bonheur à revoir; cal* nos élèves sonl nos fiJJes porter ce monde et jimir l'autre,
QOUS lc> aimons comme tes tûèrea aiment loms enfants.
l'ai reconnu, madame , les deux jeunes ilies <|ui \ lejiuent devousdonnersùrement une bien mauvaise idée de l'éducation qu'on reçoit dans notre maison ; mais je dois à la
vérité de détruire cette injuste idée De
ces deux jeunes personnes , il n'y en a jii Une qui ait été élevée ici, encore cellelà y mademoiselle Élénore, nous a-l-clle quittées depuis, trois ans.
\u nom d'EÎénore, Yves lit un léger mouvement et prêta une grande attention m icc il dé la religieuse.
— Son éducation était acho\ee, elle - 1 \ «lit dï&Sèpl ans; elle sortit do cette mai- -nii. et depuis quelques séttiain es se'iilefflëfil
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elle ëét revenue; au reste nous aurez vu, madame, et vous, messieurs, que c'est malgré elle et par force qu'on l'a décidée a cette étourderie. C'estune très-douce jeune personne, que tout le monde aimait et que tout le monde a revue ici avec plaisir quand elle est revenue nous demander de lui donner une chambre pour passer quelque temps au couvent. Son caractère, un peu triste et très-paisible, est fort éloigné certes de la bruuinte gaieté de l'autre..... mac l'autre
La marquise, craignant sans doute que i'importancemise, dans la retraite, aux plus minutieux détails et aux plus petits événements ne prolongeât indéfiniment le récit de la supérieure, l'interrompit en disant : - Oh! qui ne sait, madame, accorder de 1 indulgence à ces torts innocents de la jeunesse? N'en parlons plus, je vnusen prie...
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L'autre* repril la religieuse comme si
elle n'eùi pas entendu la marquise, n'est... pas botre élève... elle est entrée ici pour la première fois il y a (rois mois seulement.
Un geste de la marquise sembla dire : — Assez sur ce sujet.
La supérieure , après un instant de silence, continua avec un peu d'embarras : Il faut pointant bien que je vous le dise, madame la marquise, l'autre est mademoiselle
La religieuse s'arrêta comme si elle n'osait prononcer le nom de la jeune personne. La marquise eut un mouvement très-marqué de curiosité, et le jeune homme, distrait depuis un moment, se mit à écouter de nouveau avec attention et anxiété.
— Au reste, cette jeune demoiselle n'a été élevée ni dans celle maison , ni dans au-
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cime autre, reprit la supérieure eu souriant : elle u;a reçu aueuue espèce d'éducation; c'est presque une jeune sauvage, en vérité.
— Comment cela? dit la marquise avec un intérêt toujours croissant.
— Oui , je crois de mon devoir , ajouta la religieuse avec plus de sérieux et d'un ton presque sévère, de vous dire toute la vérité. Élevée à la campagne seule , courant et jouant du matin au soir, si elle ne reçut aucune idée du monde, elle ne reçut du moins aucun mauvais principe : c'est une bonne nature inculte. 11 serait trop long de vous dire, madame, par quels raisonnements, fort peu raisonnables, sa mère justifie la singularité qui présida à cette bizarre éducation; mais, il y a trois mois, cette jeune tille nous fut amenée pour faire m
première communion, acte si important, i. 4
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négligé pour elle jusqu'alors , et qui devait nécessairement précéder son mariage.
Nous hésitions à nous en charger, et, sans les prières d'un homme très-pieux et dont chaque journée est marquée par de bonnes œuvres, nous eussions refusé cette pensionnaire qui pourtant devait rester en chambre et ne point frayer avec nos autres élèves.
Mais, dès le second jour de son installation dans notre maison, nous ne pûmes l'empêcher de se mêler tout à coup avec elles pendant une récréation. Les enfants essayaient leurs forces dans les exercices de la gymnastique qui sont maintenant établis dans foutes les maisons d'éducation ; la nouvelle arrivée, seule avec sa mère qui était venue la voir, les regarda longtemps avec un air dédaigneux et moqueur; puis , se jetant sans rien dire et spontanément
I M: (MtANIiK DAME IU INÉÊ. :i\
;ui milieu de leurs jeux, les surpassa telle» ment en force et eu adresse, qu'elle enleva tout d'un coup les applaudissements et l'admiration des autres jeunes filles étonnées.
Bientôt elle s'anima , inventa de nouveaux jeux, et fut d'une gaieté si vive et si communicative, qu'elle charma les maîtresses comme les élèves. Pendant ce temps la mère sollicitait et obtenait pour sa fille le droit de prendre part aux jeux comme aux études, chaque fois qu'elle en aurait la fantaisie, et moi , madame , je ne m'y opposai pas; car j'avais reconnu que cette bruyante et singulière enfant était ignorante de tout mal; que ses manières étaient plus étranges que communes, et son caractère doux et bon malgré une espèce de violence apparente. Les soins qu'exigea sa première communion , qu'elle a faite il y a
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quinze jours, ont du reste absorbé une si grande part de soo temps, que nous n'avons pu nous occuper d'une instruction qui. je l'avoue, laisse... tout à l'aire... Bien jeune encore, car elle a à peine seize ans, quoiqu'au premier aspect on puisse lui en donner davantage, le temps perdu aurait pu se réparer ; mais. . . il parait. . . qu'elle va . . . nous quitter..
En disant ces mots la supérieure jeta un coup d'œilsur le jeune homme, qui restait plongé dans de profondes réflexions. — Et j'ai cru , madame, ajouta-l-elle en se levant, que j'étais obligée, en conscience , pour vous e( pour l'honneur de notre maison , de vous apprendre ce que je viens d'avoir l'honneur de vous dire. Les jeunes personnes élevées ici ne ressemblent en rien a celle que vous allez revoir : voilà pourquoi j'ai souhaité vous parler d'abord
UNE GRANDE DAME RUINÉE. jfjj
Et, main tenant que vous avez vu si brusquement celle que vous veniez chercher, permettez-moi, madame la marquise, de vous demander votre indulgence pour elle et d'aller moi-même prévenir et envoyer près de vous mademoiselle Gabrielle Remond. Sa mère est ici pour cette solennelle entrevue et attend avec impatience. Un léger sourire parut encore sur la figure de la religieuse, qui sortit en prononçant ces derniers mots.
Le jeune homme, toujours debout et pâle , était resté immobile tant que la religieuse avait parlé : dès qu'elle eut quitte le salon , il marcha lentement vers la porte de la cour, posa la main sur la serrure comme prêt à sortir, s'arrêta et dit :
— Adieu , ma mère !
— Est-ce possible? s'écria la marquise
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en allant à lui vivement; qu'avec- vous?
li resta quelques moments incertain :
une vague indécision se peignait sur son visage; il avait l'air de vouloir exprimer une pensée secrète, mais de craindre les suites de son aveu.
— Parlez donc ! lui dit sa grandmère.
Après un peu d'hésitation sa physionomie changea et il dit avec douceur et insouciance :
— Cette religieuse, ma mère, a dissimulé, j'en suis sur, une partie du mal et augmenté le hien, en s'ôtant toute responsabilité. ÏSe vous a-t-elle pas laissé comprendre que ce mariage est ridicule? et moi , je ne veux pas , je ne peux pas. faire une chose ridicule!
On ciel ! dit là marquise, retombant
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sur son siège, saisie et découragée! vous ne voulez pas?. ..
— C'est uue bien belle personne ! oui , admirablement belle, dit le comte de Rhinville, cherchant à présenter à l'esprit du jeune duc ce qui devait compter pour beaucoup près d'un homme de son âge.
Quant à la marquise, toute sa personne paraissait en proie à un douloureux étonnement; son visage était décomposé, ses mains tremblaient, son corps ne pouvait se soutenir : c'était le grand intérêt, la seule passion de sa vie, que ces paroles frappaient d'un arrêt foudroyant, d'une condamnation complète.
— Mon ami ! s'écria-t-elle en se tournant vers le comte de Rhinville, comprenezvous ce qu'il dit? mais cela n'est pas possible.. Vous ne \ (tuiez pas, mon tils? vous
..t. i m GRANDE DAME lu l M l
ne voulez pas!... Qui eût osé dire cela jadis' qui eût osé s'opposer à ce que l'intérêt de sa famille exigeait?
— Oh! mou Dieu, il faut que j'aie vécu . ajouta-f-clle, à une époque bien malheureuse; car clans mon enfance, obéir était une obligation dont la jeunesse n'eût pas osé se dispenser; et, pendant que je vieillissais les mœurs ont changé de telle façon que les entants ne savent plus ce que c'est qu'obéir à leurs parents! Et cependant, mon lils, nous sa\ez si c'est pour moi que j'ai désiré quelque chose? vous savez si j'ai contrarié \os goûts? quand vous avez lui la société de Notre grand meie, les nobles maisonsqui vous étaient ouvertes, etdéserté le quartier où vivaient tous les vôtres pour aller à l'extrémité de Paris chercher des amusements dispendieux , des amis peu convenables et des relations dangereuses,
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n ai-je pas, inoi, caché vos torts, excusé vos folies et pallié vos travers, tant que je l'ai pu? et maintenant, faudra -t -il vous voir comme quelques-uns traîner un illustre nom dans la misère et la honte?
— Ma mère, arrêtez, dit vivement Yves de Mauléon , même par vous , de pareils mots ne peuvent être prononcés en ma présence ; je ne les supporterais pas.
Toute la hauteur dédaigneuse et passionnée de la figure du jeune homme éclatait avec ses paroles.
Il y eut un moment de silence.
— Après tout, reprit il avec douceur et calme, autant faire ce que vous souhaitez, je n'ai rien à attendre de l'avenir.
Puis, prenant un siège, il s'assit et dit d'un ton ferme : — Je reste
;,s i M oKA.MtK DAME RI INÉE.
Avec les habituées l»ien\eillantes que donne le grand nsfege de la bonne compagnie, et ansdi le besoin d'entretenir la paix autour de soi pour en jouir à son tour, le comte de Rhinville continua à chercher les p;i rôles capables de détruire les impressions fâcheuses qui venaient de s'élever dans l'esprit du jeune homme.
— Il n'y a plus maintenant en France rien de ridicule que la pauvreté, dit-il. Dans le monde où vous avez vécu, monsieur de Mauléon, n'entendiez-vous pas, quand on s'informait de quelqu'un, toujours pour première question : Qu'est-ce qu'il a?
— Dans le monde où mon lils eût dû vi\ re, reprit la marquise, pour recevoir un nouveau- venu . il suffit qu'on puisse répondre à ces mots Qui esl-il?...
UNL (,KV>DE I».\.\1K RUINER U
— Il y a peut être aussi un monde, ajouta le jeune homme lentement, d'un air pensif et comme à lui-même, où pour accueillir un inconnu, Ton se demande d'abord :
Qu'a-Ml fait? où l'on est classé par son mérite, et où le talent passe avant tout?... Ce monde... s'il existe... est le seul... où la vie puisse avoir quelque prix... le seul où le bonheur se trouve sans doute. . . car il n'est certainement pas dans le monde des vanités ni dans celui des plaisirs !
Le jeune homme prononça ces derniers mots avec une indicible tristesse , et au grand etonnement des deux autres qui, se rappelant alors comment le petit-fils de la marquise avait employé son temps et sa fortune, ne purent s'empêcher de sourire.
Yves les imita, et, se levant brusquement :
— Eh bien! dit-il, où donc ai-je l'esprit
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ce matin t Et . baillant légèrement en tournant but lui-même avec enfantillage et
etourderie :
— Je me sttis levé de trop bonne heure aussi, cela rend malade; c'est ce qui me plonge dans d'aussi singulières reflexions ! Réfléchir est un étal contre nature, et penser est une maladie.
l*n i^ il ajouta avec une gaieté toujours croissante . et qui parut au moins aussi singulière a la marquise que sa tristesse précédente :
— Les idées sérieuses sont bonnes pour les fous : s'amuser est tout : et il n'y a rien dans les affaires de l>i n le qui \aille la peine de s'ennuyer une demi-heure.
Le comte remarqua avec surprise l'agitation et l'incohérence des paroles d<
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M d,e Mauléon, qui d'ordinaire, malgré la folie de ses actions, mettait dans tous ses discours et dans toutes ses manières beaucoup de calme et de dignité; et, ne sachant ce qu'on pouvait dire dans une disposition d'esprit qui sortait de Tordre habituel, il n'osa plus rien ajouter.
La marquise craignait quelque nouveau caprice de son petit-fils, et attendait avec impatience et anxiété.
Yves de Mauléon essaya encore quelques phrases qu'il s'efforçait de tourner à la plaisanterie; mais les mots lui manquaient, et, voyant que sa gaieté factice n'imposait à personne, il se laissa retomber dans une profonde rêverie.
Tous trois restèrent alors tristes et silencieux; mais la figure du jeune homme était empreinte d'ironie et de dédain ,
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comme s'il voulait ><• venger de la destinée ou la délier, eh d'opposant plus que le mé-
pris au sort iju Vile lui avait fait, et qui semblait pourtant éveiller dans son âme de profondes et vives agitations.