QUÉBEC PITTORESQUE
Quand l’automne, à pas lents, s’avance sur la mousse, Au fond des bois rêveurs où sur le gai côteau,
Qu'il effeuille les fleurs et fait la forêt rousse,
Notre ville coquette apparaît sans manteau.
Ainsi qu'après le bal, assise à sa toilette,
Une femme sourit à ses traits un peu las,
Québec en corselet, sacs poudre, sans voilette, Longuement se convemple au grand fleuve d'en bas. Les érables, au vent, en secouant leurs têtes,
Jettent des feuilles d’or, sur le front des passants. C’est octobre qui met des couronnes de fêtes.
Eiles grands arbres nus écoutent les accents
Que ia bise harmonise en jouant sur leurs branches. À ce concert connu, les oiseaux migrateurs
Vers le printemps sans fin, tournent leurs ailes franches ; Iis ont joué ieur rôle et sorte les chanteurs.
Mais quand, sur les Chassis, se figent les buées, Que l'hiver, eur les toits, met ses lourds capuchons, Ses franges de glaçons, au bord des cheminées,
Et son duvet de givre aux flancs des vieux dongeons, Québec, alors, revêt sa robe la plus belle.
La neige sur son sein drape des fichus blancs
De gaze, de satin, d’hermine ou de dentelle
Que la bise déploie ou chiffonne «1 gros bancs.
Le soleil ge fait doux à ces riches parures,
Mesurant la chaleur, il prodigue l’éciat,
Dans un scintillement de prismes, de dorures,
De rayons orangés, d'azur et d’incarnat.
Puis la lune, à son tour, vient embellir les voiles De la cité coquette. Au virginal décor,
Elle mèle un sémis de parcelles d'étoiles,
Et Québec, dans 1a nuit, semble plus belle encor.
Quand Gaëtane de Montreuil écrivit ‘ La Mon- ‘agne Castel ” l'an dernier, un monsieur, n’en connaïssant pas l’auteur, et avec la naïve fatuité de son sexe s’écria : ‘C’est un homme qui à écrit cela ; ça, se voit!”? Sans doute, il avait, à ga manière, ou plutôt, selon lui, fait à Gaëtane de Montreuil un colossal compliment, Cependant, si ce monsieur avait pu lire cette autre poésie du même auteur, il aurait compris que Gaëtane de Montreuil était une femme, avec un cœur de femme, sensible et aimant :