MRS. S I D I) 0 N S
(Nîilional Galleiy.)
GAINSBOROUGIÎ. Il
jours aussi scrupuleux, aussi inquiet d'être véridique, aussi attentif à fixer sous le vêtement des apparences les caractères profonds et durables des choses et des êtres. Comment, par suite, aurait-il consenti à se rendre l'esclave d'une formule, alors qu'il ne vise qu'un but : être vrai, dire ce (ju'il sent et ce qu'il voit, comme il le sent et le voit, aussi fortement, aussi intimement ému devant le défdé des nuages dans le grand ciel, les jeux de la lumière dans les arbres, sur les terrains, que devant les traits d'un visage, l'expression d'un regard, la signification d'un geste, la délicieuse merveille d'une main de femme, la fraîcheur adorable des chairs d'enfant. En peignant ces aspects si divers du monde extérieur, on le sent animé par la même haine du mensonge. 11 ne sait pas farder; farder, c'est embellir, c'est flatter: Gainsboroutîli alliorreur detouteconvejilion, quelle qu'elle soit. Groupez idéalement dans une salle quarante de ses portraits et de ses paysages les plus accomplis etvousserez émerveillésde lasouplesse,de la variété de son pinceau, de la générosité de sa compréhension, de sa puissance et de sa délicatesse d'analyse. Et quelle distinction, quel charme, quelles audaces, quels bonheurs de métier! Surtout quelle faculté, souveraine vraiment, d'individualisation, de mise en évidence des caractères essentiels ! C'est (jue ce primesautier, c'est (jiie cet impulsif est un patient : il a l'observation longue et iiiiimlicusc, il ne se satisfait point d'atteindre le supeificicl. il veut — que de fois il y réussit 1 — pénétrer l'àmc des formes. On raconte de Reynolds qu'il lui arriva, au sommet de sa carrière, de peindre cent
portraits en une année ; Gainsborough n'en a peint en tout que trois cents: tous ne sont point, lit'las ! des chefsd'œuvre, mais presque tous portent la trace, sont le résultat, plus ou moins heureux, plus ou moins brillant, de ces lui m blés et consciencieuses recherches, de ce respect, de cet amour de la vérité.
Puis, songez à ses découvertes de paysag'iste, et qu'il est le créateur de l'école anglaise de paysage, et qu'il est, chronologiquement, le premier paysagiste en Angleterre, que personne, avant lui. n'avait osé y regarder la nature avec ce regard ingénu et pénétrant, et la place de Thomas Gainsborough se fixera d'elle-même et dans Ihistoire de la peinture anglaise et dans l'histoire de lart européen ; rappelezvous ces troublantes et fraîches, et tendres, et délicates, et mélancoliques effigies de femmes, et que Gainsborough, mieux quaucun des peintres de sa race, a su fixer le charme de la tVminité anglo-saxonne du xvm" siècle, dans tout ce qu'elle contient d'inquiétant, d'indécis, de personnel et de subtil; rappelez-vous quel admirable et hardi manieur de gammes colorées il demeure, quels étonnants morceaux, debelleet foi'te saveur, il a exécutés, revoyez par le souvenir ses chefs-d'œuvre : \ Enfant bleu, de Grosvenor House, la 3rrs. Siddons et la Famille Baillie, de la National Gallery, VàMrs. lioôinson en Perdita de la Galerie Richard Wallace : le nom de Thomas Gainsborough ne mérite-t-il pas la gloire dont il rayonne, au paradis de Van Dyck, oij il souhaitait tant le rejoindre, la gloire, comme dit Ruskin, d'un « peintre immortel »?
Cliché Eyre et Spolliswooje, Londres