‹ GainsboroughChapitre 7 sur 11 · MRS. SHERIDAN ET MRS. T I C K E I. L · texte numérisé non relu

MRS. SHERIDAN ET MRS. T I C K E I. L

(Musée de Duhvich.)

de portraitiste, ne renonçait point aux joies que lui donnait la vraie nature, le spectacle toujours changeant et toujours nouveau des arbres, des nuages, des collines, des prairies, des eaux dormantes, l'éternelle magie de la lumière et du plein air. Quelques-uns de ses paysages les plus parfaits, quelques-unes de ses scènes rustiques les plus accomplies, datent de cette époque; il se plaisait à y figurer bs beaux groupes de chênes et d'ormes aux puissantes masses do feuillage parant l'ossature noueuse des branches, les épaisseurs veloutées des pâturages, la trouée des hoii zons ensoleillés, les reflets du ciel dans le miroir des mares, le décor enfin de sa petite patrie, (juil animait du passage, au soir, des charrettes ramenant au logis la troupe joyeuse des moissonneurs, de l'errante immobilité des troupeaux, sous la garde d'enfants joufflus aux cheveux en broussaille, qu'il dramatisait du déchaînement des orages torturant les branches, affolant les bètes, terrorisant le bûcheron et le berger... Rappelez-vous tels paysages de Gainsborough, VAÔ7^euvoù\ le Paysage boisé au soleil couchant, la Voiture du Marché, de la Galerie Nationale, et cette délicieuse vue du village de Cornard, surnommée « la Forêt de Gainsborough » ; revoyez ensuite par le souvenir les paysages de Richard \Yilson, de Zuccarelli; souvenez-vous que John Constable ne voit le jour qu'en 1776 et vous penserez que l'on n"a pas eu tort de donner à Gainsborough le surnom de « père du paysage anglais ». Qu'importe que, de son vivant, le portraitiste ait éclipsé le paysagiste — Gainsborough, s'il n'eût été (}ue paysagiste, sérail, eu ell'ct, mort

(le faim, car les centaines de paysages que l'on de'couvrit dans son atelier, après sa mort, ne trouvèrent pas même alors acquéreur; — qu'importe que la société frivole de son temps se soit montrée incapable de sentir la beauté, si personnelle et si générale à la fois, des interprétations de nature qu'il signa, la gloire du portraitiste de XEnfant bleu n'en est ni moins complète, ni moins durable : elle est double, à nos yeux.

D'instinct, d'ailleurs, autant que de goût, Gainsborough était paysagiste : « Je suis dégoûté des portraits, écrivaitil un jour à Jackson, et je voudrais bien prendre ma violede-gambe et m'en aller dans quelque plaisant village, où je pourrais peindre des paysages et jouir du bail final de la vie dans la tranquillité et le bien-être. Mais ces belles dames, avec leurs tasses de thé, leurs bals, leur chasse au mari, etc., m'escroqueront mes dix dernières années, sans réussir, j'en ai peur, à trouver des maris. Pourtant, nous ne pouvons rien dire là-dessus, vous savez, cher Jackson; il nous faut continuer de rouler cahin-caha, et nous con tenter du tintement des grelots ; seulement, je hais la poussière. Dieu me damne, et ce qui soulève la poussière, et d'être en prison sous le harnais pour suivre la piste, tandis que d'autres sont en voiture, à couvert, allongeant les jambes dans la paille à l'aise, et contemplant les arbres verts et les cieux bleus, sans avoir la moitié de mon goût pour tout cela, c'est diaboliquement dur. »

Gainsborough, ai-je dit, avait peu d'imagination créance. C'est ainsi qu'ayant conçu le projet, à l'occasion du

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