‹ Galanteries XVIIIe siècleChapitre 107 sur 139 · COMMENT VERSORAND PUT, ENFIN, POSSEDER SON ANGELIQUE · texte numérisé non relu

COMMENT VERSORAND PUT, ENFIN, POSSEDER SON ANGELIQUE

La femme de chambre, après qu'elle fut partie, eut ordre d'aller se coucher. M^^® Doran se leva et ferma sa porte en dedans : précaution très utile, et qui ne parut pas extraordinaire, parce qu'elle était dans l'usage de la prendre tous les jours. Cette charmante fille, dont j'étais éperdument aimé, avait souffert autant que moi, depuis seize heures que j'étais enfermé dans sa chambre, couché à plat sur le parquet, sans pouvoir presque me retourner, et dans l'impossibilité de faire le moindre mouvement, à moins que je ne fusse seul : avantage dont j'avais joui depuis le moment où M. Doran était revenu de l'Opéra. L'obligation où elle était d'affecter un air libre et dégagé, dans le temps qu'elle était dans les inquiétudes les plus vives, la réduisait dans un état affreux. Mais qu'est-ce que tout cela quand on aime ? Elle vint à moi en tremblant ; et, après m'avoir aidé à sortir de ma prison, elle me demanda pardon avec autant de soumission et de douleur, que si je n'avais souffert que par pure complaisance pour elle, et qu'elle eût été la maîtresse de faire finir plutôt mon esclavage. Elle fit grand feu : j'en avais besoin ; il me délassa. Elle-même l'arrangeait : pouvait-il ne pas être utile à son amant? 11 me prit tout à coup un tremblemsnt universel : ma chère Angélique en souffrit plus que moi. La vue de la douleur qu'elle ressentait, m'affligeait sincèrement ; mais c'était une preuve de son amour ; par conséquent, je trouvais une sorte

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de plaisir dans l'aftliction même. Je m'évanouis ; et, quand je revins à moi, je me trouvai le visage couvert d'eau. C'étaient des larmes de ma chère Angélique. Elle-même m'avait débarrassé de tout ce qui pouvait me serrer dans mon habillement. La frayeur que lui causait le triste état où j étais, lit passer chez elle le trem-

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