AU LARGE
Je sais, mon clier, à quoi l'honneur m'engage. Dit une jeune veuve à son nouvel époux,
Deux jours après le mariage.
Je dois vous mettre à l'aise, aussi, rassurez-vous.
Je suis déjà trop convaincu, Madame, Répond Damis, d'un air moins convaincu que froid, Qu'en m'engageant à vous prendre pour femme,
Ce n'était point pour me mettre à l'étroit.
{Le Joujou des Demoiselles, 1753.
LA DlSl'LTL DES OUVl\IElŒS EN LINGE (Scène réaliste pour un Assommoir de la fin du iviu' siècle.)
12 GALANTERIES XVIll'' SIECLE
Une façon peu banale de représenter
les mystères de la Passion
11 y avait une coutume établie de longue main de représenter réellement, chaque semaine sainte de l'année, les mystères de la Passion. Pour. aller au solide, sans m'amuser à la hairalelle, on ne manquait pas, le jour du vendredi saint, d'y otïrir aux yeux des spectateurs une scène burlesque du cruciliement du sauveur du monde. Pour cela, on choisissait un jeune homme de la ville auquel on faisait porter une croix fort pesante, à laquelle on l'allachait avec des cordes au lieu de clous, dans une nudité presque complète. Je dis presque, parce l'impudence nélait pas parvenue au point de dévoiler certaines parties qui doivent rester cachées. Ainsi on les faisait couvrir d'une ceinture en papier. 11 faut remarquer que ce jeune homme était le corps du monde le mieux formé, le plus vigoureux en ap|)arenceet de la plus belle carrure du côté des épaules, et que la même coutume faisait choisir, entre les plus belles lilles de la ville, trois tendrons qu on aurait pris pour des Vénus, pour représenter les trois Maries pleurantes au pied de la croix. On n'avait pas seulenient égard aux traits réguliers du visage, ni à la finesse de la taille, on les prenait encore pourvues d'un grand mobile de la tendresse, je veux dire fournies de tétons à l'anglaise que Ion laissait en pleine liberté démouvoir le représentatif. Sur ce plan-là, dans l'année que je ne cite point pour raison, on lit un si beau choix, (pie Ton mit sur les rangs et sous les armes trois filles enchantées, (jui auraient fait honte aux trois (Jràces.
Klles ne furent pas plus tôt sous l'aspect du crucifix. (]uelles tirent miracle :je veux dire que. malgré la situation où il était et ce qu'il représentait, elles produisirent lelTet le plus terrible que puisse rencontrer la chronique scandaleuse.
Notre hercule galant, posté à l'avantage, eut pour première vision une douzaine de tétons, capables par leur sistole et leur diastole de tenter la vertu d'un anachorète, et qui donna au public un spectacle risible et très profane, comme bien vous pensez. Car
GALANTERIES XVlIie SIECLE 13
le crucifié, au lieu de prononcer du haut de sa croix des paroles
dignes de celui qu'il représentait, prononça des turpitudes dignes
de l'abolition éternelle d'une si odieuse cérémonie. Pour couper
court, regardant ces objets mouvants, tout propres à mettre en
fureur son grand mobile, il ne put sempécher de crier :
« Otez de devant mes yeux les trois Maries, ou le papier va
crever. »
{VÉloge des Te tons, 1164.)
D'un gentilhomme qui, se noyant,
fut happé en certain endroit
Un jour, plusieurs seigneurs et dames de haute condition passaient la rivière de Seine en difïérents bateaux; par malheur, un de ces bateaux tourna dans la rivière et renversa dedans tous ceux qui y étaient, et entr'autres une fort belle demoiselle, dont un gentilhomme, qui passait dans un autre bateau, était fort amoureux. Ce que voyant, il se jette à corps perdu dans la rivière pour la sauver. Cette demoiselle, se voyant en telle extrémité, jette la main à ce gentilhonmie pour le saisir, et le prit justement par sa brayette, ne s'informant point où elle jetait les mains ; de façon que son serviteur la garantit. Il fallut la dépouiller à la prochaine hôtellerie pour faire sécher ses hardes, et celles de son serviteur; les autres qui étaient dedans se sauvèrent du mieux qu'ils purent, de sorte qu'il ne demeura personne dans l'eau, et n'eurent que la peur. Comme ils furent lous séchés et rassurés, chacun commença à se gausser de celte demoiselle, de l'endroit par où elle avait pris ce gentilhomme ; et comme tout le monde en riait, un seigneur de haute condition, qui était là présent, dit : Vous vous étonnez, Messieurs, que cette belle demoiselle ait pris ce gentilhomme par cet endroit-là; il ny a pas raison de s'en étonner, elle a parfaitement bien fait. — Et pour(|uoi ? lui demande-t-on. — Elle avait raison d'avoir peur de se iioyer, et^ |)Our être en assurance, elle l'a pris par un endroit qu'elle savait bien qui ne va jamais au fond. — Je vous laisse à penser s'il y eut ris de cette plaisante éfjuivoque.
{youveaux coules à rire, Amsterdam, 1782.)
14 GAI^XNTEFnES XMIl^^SlÈCLE
Mieux vaut voir femme par devant que par derrière
Un cavalier allaul par la nie, dans Paris, vit devant lui une dame fort bien vêtue et de taille avanta;^'euse, ce t\{ii lui lit juger qu'elle ne pouvait être qu'extrèuRMuent belle, ne la voyant que par derrière. 11 avance à grands pas pour latteindre. mais, quand il fut auprès d'elle et quil l'eut envisagée, il en fut fort mal satisfait, car elle n'était nulleuienl telle (pi'il l'estimait. Marri d'avoir pris tant de peine en vain, il v«)ulut, au moins, se payer par une raillerie, lui disant : « Ma foi. Madame, vous ayant vu de loin, par derrière, vous me sembliez fort belle, c'est ce (|ui ma fait avancer à grands pas |>our vous atteindre, ayant résolu que vous ne sortiriez pas de mes mains sans vous baiser ; mais, à présent que je vous ai vue par devant, je m'en dédis et je change de résolution, car votre visage m'en dégoûte. >»
Piquée d'un mépris si apparent, cette dame se voulut venger de lui par une prompte répartie, lui disant : « Ne perdez pas vos pas pour cela. Monsieur, si je vous ai plu par derrière, il ne tient qu à vous que vous me baisiez où vous m'avez trouvée belle. »
{youveaux contes à rire, Amsterdam. 178:i.)
l'ave maria
(Conte)
Dans un couvent, deux nonneltes gentilles, Mais dont l'esprit simple, doux, innocent. Ne connaissait que le tour et les grilles. Tenaient un jour propos intéressant De conlidence et d'amitié fort tendre; N'oie/ qu'aucun ne pouvait les entendre; L huis était clos. Fillettes de jaser, De s'appeler et ma stiuir et ma bonne. De se donner saintement un baiser, Jésus, ma sirur. dit la jeune Sojthie.
Ou'on voit en vous les merveilles de Dieu ! (Juelle beauté ! vous êtes accomplie.
Voyez ce sein î I(\gl»>be en est parfait. (^)ue ce bouton de rose-là me plaît .'
J'y vois la main de la Toute-Puissance.
Et vous, mon cœur, reprit la sœur Constance,
Peut-on vous voir et ne pas l'adorer !
Tout est parfait, tout en vous m'édifie.
Lors le pieux examen sur Sophie
Va son chemin. On admire ceci.
Et puis cela, tant que par aventure
En certain lieu que la folle nature
Fit à plaisir, l'examen vint aussi.
Ma chère sœur, l'agréable portique !
Le beau dessein ! qu'il est simple et piquant !
Chez vous, ma sœur, lui réplique Sophie,