‹ Galanteries XVIIIe siècleChapitre 126 sur 139 · LES AMIES DE ZÉPHIRE · texte numérisé non relu

LES AMIES DE ZÉPHIRE

J'ai dit que jetais tidèle à Zéphire avec ses compagnes. Cette vérité induirait ici en erreur. 11 faut tout dire, si je ne veux pas tromper. A'oici encore une de mes turpitudes, d'autant plus surprenante quelle eut lieu dans un temps de vertu et qu'elle ne parait amenée par rien : c'est un orai^e elîrayant au milieu d'un temps calme ; c'est un rêve allreux dans une nuit douce et pai sible. Je respectais ma promise et je m'abstenais des autres femmes ; je vivais plus sagement que je navals encore fait et je commençais à concevoir qu'on pouvait en prendre l'habitude. Mais ce qui va montrer le danger des livres, tels que le Portier des Chartreiu. Tliérèse philosophe, la lieligieuse en chemi.se. et le reste, c'est l'érotisme subit cl terrible qu ils excitèrent en moi. après une longue abstinence !... In grand libertin, ce Molet dont j'ai déjà tant parlé, ancien camarade de Mandrin, et mon co-pensionnaire chez Bonne Sellier, était venu me voir, un dimanche matin, que j'étais encore au lit. et m'avait apporté le premier de ces livres, que je n'avais qu'entrevu chez la Macé. Vif. ardent, curieux, je le pris avec transport et me mis à le lire dans mon lit : j'oubliai tout, jusqu'à Zéphire. Après une vingtaine de pages, j'étais en feu.

}lanon Lavergne. petite couturière de la rue y'otre-Danie, dont j'avais fait la connaissance dans le temps de Hose \'ignon, en lui pariant à sa fenêtre, voisine de celle de notre imprimerie... Manon Lavergne, parente de lionne Sellier, vint de la part de cette ancienne hôtesse m'apporter mon linge et celui de 1. oiseau, que Bonne continuait à faire blanchir. Je savais quelle conduite tenait .Manon de|)uis mon aventure avec elle chez sa mère... Je me jetai sur elle. La jeune Mlle ne lit pas une grande résistance.

Je re|)ris ma lecture après son départ... l'ne demi-heure après, parut (décile Decoussy. compagne de ma sœur .Margot, qui venait de sa part savoir pourquoi elle ne me voyait |ilus'.'... Sans égards pour la position de cette jeune blonde (elle allait se marier), ni à la manière atroce dont je niaiiquais à ma sœur, dans son amie, je mis tant de fureur dans mon altacjue. qu'etirayée autant que sur-

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prise, elle me crut fou, enragé... Elle céda après s'être mise à mes genoux pour me fléchir. Je repris ma funeste lecture...

Environ trois quarts d'heure après, arriva Thérèse Courbuisson, riant, folichonnant : « Où donc est-il ce paresseux?... Encore au lit !... » Et elle vint pour me chatouiller : je la guettais. Je la saisis presque en l'air, comme une plume qui voltige, et d'une seule main je la rapportai sous moi. — « Oh oui ! après ce que vous venez de faire à Manon ! un bel homme !... » Elle était prise avant que d'achever ; et comme elle était très sensible au physique, elle ne fit plus que me seconder... Enfin, elle s'arracha de mes bras parce quelle entendit monter mon hôte. Elle sortit laissant la porte ouverte... J'achevai ma lecture...

Le lit m'avait échauffé ; d'ailleurs, l'espèce de violence que javais faite redoublait mon effervescence : je me levai, dans la résolution d'aller chercher Zéphire, de l'amener dans ma chambre et de me livrer avec elle à ma rage erotique. En ce moment on gratte à ma porte, que je n'avais pas repoussée. Je tressaillis, pensant que c'était Zéphire. « Qui est-ce? m'écriai-je. Entrez. — Séraphine, » dit une voix que je crois reconnaître... Je frémis ! pensant que c'était Séraphine Destroches, qui venait me reprocher ma conduite avec sa compagne Decoussy. — « Qui est-ce ? répétai-je. — Séraphine Jolon. » Je n'avais connu de ce nom que la gouvernante d'un peintre, notre voisin dans la rue des Poulies, et je lui avais dit des douceurs ; mais Largeville survint, puis Jeannette Demailly, et je quittai la maison. Rassuré, j'ouvris la porte... c'était elle... — « Je viens, me dit cette jolie tille, de la part de M'^^ Fagard, à présent M'"« Jolon, ma belle-sœur, qui vous prie de me présenter et de me recommander à AP"^ Delaporte. qui vous considère beaucoup et qui peut me rendre un grand service ! — A l'instant même, lui dis-je ; asseyez-vous, ma jolie voisine... » Elle était charmante ! En se retournant elle me montra une taille parfaite!... Je la saisis, la renversai. Elle voulut se défendre. Ce fut de l'huile dans le feu.

Je ne pris pas même le temps de fermer ma porte. Je Unis, je recommençais... « Je... ne... vous... ai... pas dit, syncopa Séraphine, que... ma sœur Jolon... m'attendait. » Cette idée allait me faire tripler... j'étais comme un forcené... quand on poussa la

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porte... C'était F'agard, ho ! ho ! belle... — «< A ftioi !... A moi !...)» lui cria Séraphine achevée... Je la laisse découverte : je m'élance, pousse la porte du pied, fais tomber la provocante brune sur ma couchette, et, plutôt étonnée que vaincue, je la... soumets aussi vigoureusement à un sixième triomphe qu'au premier, soutenu que j'étais par la fougue de mon imagination... Agathe Fagard n'était pas encore revenue de sa surprise, lorsque, mes feux apaisées par un triple elTort presque simultané, je rougis de ma frénésie et fis mes excuses aux deux belles-sœurs... — « Il faut l'avoir vu pour le croire ! » dit Séraphine. J'employai toute ma logique à les calmer, et je n'y réussis qu'avec peine. Je les conduisis chez Zoé, à laquelle je parlai avec tant de chaleur, quelle consentit à employer tout son ascendant sur le peintre pour le déterminer à ce que désirait Séraphine.

\'oilà l'effet des lectures erotiques. Mais je connais un livre encore plus dangereux Cjfie ceux que j ai nommés : c'est Jusliiw, il porte à la cruauté. Danton le lisait pour s'exciter.

Je fus honteux et confus auprès de Zéphire. On me demanda plusieurs fois ce que j'avais... Je rencontrai le lendemain Thérèse avec la petite Berthe ; la première me dit : « \'ous êtes joli ! — Ha. si vous saviez tout ! lui répondis je, que penseriez vous de moi? — Ho ! nous savons bien qu'en penser ! dit Pèlerine, et on n'ignore pas ou vous allez, les dimanches et fêtes... KUes sont jolies, et sur un ton..- — \ a. va, dit Thérèse, les airs qu'il leur joue valent mieux (jue leur Ion !... » Ht les deux petites voisines passèrent en riant... .Mais l'odieuse incartade qu'on vient de lire me brouillera par la suite avec Séraphine et .Madclon Destroches, avec Fagard, avec M"* Jolon, devenue femme du peintre, et avec toute la famille Lavergne, Bonne Sellier exceptée. Cette quintuple aventure et ses suites me donnèrent de l'horreur pour les ouvrages licencieux, sans Correctif, je les repoussai loin de moi, et je repris mes principes.

RÉTIF DK LA liHETONNE.

(Monsieur Sirolas, v^ époque.)

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