LA IKIJ'LE IVRESSE
De deux tiers rdinpa^rions le double lète-à-têle Ne saurait teniiiner l'ivresse d'un nij^aiid : Des plaisirs de l'Anioui' enivrant sa roiKiurh; Chacun d'eux se prépare à le rendre petiaull.
(*) Estampe de Borel (époque Louis XVI) visant les scènes ati.\(iiielles donnaient lieu, quolidiennement, les cnfïa<ienients (piarracliaieiil aux jeunes nigauds les racoleurs du Pont-Neuf et autres lieux.
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rurgien OU madame? — Non, je me trouverais sans secours en ton absence... Je ne sais ce que j'ai... (l'est une... (// nomtiui une maladie très ilamjerease du rcswrt de Bromjni'ird (i), et pour laijueUe il emploie ses cl(istiijues\. \'ois si tu pourrais Fue soula;^er; avec de la force, on {)eut réduire... Il lui prit la main, (juc Madclon lui laissa guider, et l'innocente lille exécuta l<»iit ce quil lui dit. Devenu furieux de luxure, il se lève, il se jette sur elle counne un furccii' il la renverse et veut en triompher. Mais la jeune fille était viironreuse autant (jne sage ; elle repoussa une attaipie qui n'était pas douteuse, se débarrassa, sans ménairer son indigne maître, ouvrit une porte, senfuil et l'enferma.
KUe se retira dans sa cuisine, où elle ne put s'empêcher de verser des larmes. M. Cuissart était trop confus pour songer d'abord à la poursuivre, mais au boni d une hiuri'. il voulut la voii-; il se trouva enfermé; sa voix ne fut pas entendue; il crul cpic Madelon était sortie ; il se tranquillisa en attendant sa femme.
Par une sorte d'inijuielnde, .M"*^ (aiissart icvint à six heures au lieu de huit. Kn arrivant, elle trouva .Madelon les yeux rougis par les larmes. — Ou'as-tu. ma lille V — Madame, monsieur est malade; ii est revenu à trois heures, il ;i une maladie .. il a la lièvre, le transport; il s'est jeté sur moi : je crains (ju'il ne se jette sur vous en entrant, appelons quelcjunn. .M""" ('uissart entrevit la vérité : elle employa son adresse ordinaire |)our avoir les détails nécessaires. Klle les eut à peu près. Ils lui tirent horreur... Mais c'était son mari : elle préférait de le ramener, à .se plaindre, à faire un dangereux éclat. Klle entra donc auprès de lui. feii^iuil de croire à sa maladie, même avec lui ; de sorte rjue cet lioninie |iensa bonnement cpie .Madelon ne l'avait |)as trahi.
I.ors(|ne M""' C.uissart fut seule avec .Madelon. dans lapn'sdlnée (In lendemain, elle lâcha de |»enelrer l'inti'rieur «le celle lille, et elle y réussit : elle vit (jne la jolie servante n'elail jnis hi dupe des inlenlions-de son maître : mais que, |>ar geiiérosit»' de caractère, elle ne voulait pas mettre la division entre les deux «'poux. Je te c«)nnais e'ilin, mon aimable lille. lui dit al«>rs .M"" (iuissart ; ta prudence égale ta gentillesse : hé bien, je vais te parler à cceur
(1) Mi'ilfi'in •^pcrinliste de l'«''poqne
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ouvert ; je n'ai jamais eu d'amour ni pour mon mari ni pour d'autres; ainsi je ne suis point jalouse, mais j'ai de la religion, des mœurs ; je connais mes devoirs, et je sais que je dois faire éviter à mon mari des crimes qui le perdraient et l'infortunée, objet de sa séduction ; je dois aussi le rendre heureux. Je voudrais bien avoir eu à le faire par des moyens ordinaires; mais, puisque c'^est l'impossible, il faut en prendre de moins légitimes en apparence, parce que le principal est de remplir mon devoir. 11 faudrait, ou nous séparer, ce qui ne te mettrait peut-être à l'abri des attaques de mon mari que pour t'exposera celles d'un autre; — ce moyen, d'ailleurs, serait de nul effet pour M. Cuissart, puisqu'il me faudrait une autre fille, moins sûre que toi; — ou il faut prendre un parti extraordinaire qui te garantisse sûrement de ses attaques. Mais je ne me dissimule pas combien le moyen que j'imagine répugne à la délicatesse... à la mienne autant qu'à la tienne !... 11 faudra écrire... Oui, c'est le seul moyen..'. Ma fille..., il faut, un de ces jours, rester seule avec mon mari dans cette chambre, et moi dans celle-ci : tu écouteras ce qu'il te dira, et s'il te fait des propositions, fais-lui signe que je suis là; dis lui tout bas de ne te jamais parler, mais de l'écrire, et rentre auprès de moi. Je te dirai le reste ensuite.
Dès le jour même de cet entretien Madelon parut ne plus fuir M. Cuissart. 11 lui dit des douceurs en passant. Elle rougissait, mais elle ne lui imposait pas silence. Enfin on lui ménagea le tèle à tête convenu.
— Je t'aime de tout mon cœur, ma chère Madelon (dit-il d'emblée) ; je n'aspire qu'à te le prouver : si tu voulais, que nous serions heureux, sans que ma femme ne se doutât de rien! Madelon lui fit signe que sa maîtresse était dans la chambre voisine. — Écrivezmoi ce que vous voudrez me faire savoir (ajouta-t-elle) ; je vous répondrai de même; tout se fera sans parler et n'en sera que plus sûr. M. Cuissart fut enchanté. H voulait cependant encore dire un piot, mais la jolie servante rentra vers sa maîtresse. Dans la soirée, elle reçut de la main du bourgeois le billet suivant, qu'il lui glissa eu feignant de lui commander quelque chose.
Z^"" Billet (lu bnurgeois a In jolie servante. <( Comme je te le disais tantôt, je t'aime de tout mon cœur, ma
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chère Madclon. et je t'en donnerai toutes les marques possibles, si tu me rends heureux. M""^ C.uissarl ne m'aime |3as ; elle n'ainf pas les plaisirs de l'amour, que ton «eil vif m annonce (jue lu gm'i teras avec transport ; ainsi lu ne la priveras de rien. Tâche dt maccorder un rendez-vous ilans la chambre à coucher que tu |)arta.i,'es avec ta maîtresse : la pièce est ^'raiide ; M'"* Cuissart est uiir dormeuse, et je m'assurerai (]tte nous n'avons rien à craindre.. ne|»onse dans la soirée, je meurs d'impalience ! *
Madelon courut porter ce billet à sa maîtresse, qui le lui seule. C'était le m(»yen qu'elle avait trouvé, pour ne point souiller l'imai,'inati(m de Madeleine. Klle lui dicta cette réponse :
« \ Ous êtes bien vif, Mcuisieur î et les jeunes lill(\<; ne se décident pas aussi vite : nous verrons ! »
M. (uissart ne fut pas trop salisfdt de ces deux mots. Le len- (I UKiiu. il ecri\il encore.
// liillct du hnurijeois ù la jolie srrrdntr.
« Il m'est impossible d attendre, ma chère l'aulan, el lu nie feras faire quelque folie... il me faut un rende/.-vous : je te d<m lierai tout ce que lu voudras; parle, ma fculune est à Ion service hoiiiir uioi une ré|)onse définitive dans la journée ; je ne suppmlerjiis |ias I incerlilude juscpi'à demain. •'
lli^ponst'.
« \ ous èles elîrnyaul ! el je me repens de vous avoir ré'pondii vous aile/ me rendre l esclave de votre enqiortemeiil el de Ions vos caprices : je sortirai plutôt. »
(!elte ré'ponse inlimidji M. (!uissarl. qui écrivit un aiilre billet le jour suivant.
///'' liiltet lin hoimjeois à la jolie scrmntc.
« .le nexi::erai que ce (]ui te conviL^idra : je ne ferai «pie ce (pie tu me permettras, ma i)oulelte : mais sois donc plus induli^ente. .l'espère pour ce soir, sans l'exii:er ; il ne m'arrivera jamais il'exi- ^'cr ; tu seras ma reine dans le vrai, ma servante dans rap|)arence. »
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Réponse.
« Ce soir, à onze heures, après le coucher de madame. »
M. Cuissart fut transporté de joie. Oue ce jour lui parut long ! Il fut au spectacle ; il n'y eut pas de plaisir; tous les acteurs traînaient lentement les mots ; l'auteur n'allait jamais au fait et mettait des vers de remplissage. Il revint. Son tiacre allait comme un recteur sui'A des quatre facult's. On soupa. M™^ Cuissart, qui avait ordinairement tini en dix minutes, mangea encore un quart dheure après son mari ; il la trouva gourmande, elle, la sobriété même. Enfin, on alla se coucher : c'est ici où l'attente fut longue et cruelle ! La dame ne finissait pas. M. Cuissart pestait : l'heure sonne à la pendule ; il crut d'abord que c'était une heure du matin, ensuite minuit : c'était onze heures, que le signal suivit. 11 entr'ouvrit la porte de sa chambre ; s'avança doucement ; trouva une main douce, potelée; il s'en saisit ; emmena la belle, la porta dans son lit... et fut le plus heureux des hommes.
IV^ Hillet du bourgeois.
« Mon aimable, mon adorable, que tu es belle ! que tu es parfaite 1 que tu mas rendu heureux ! Ha ! il n'est pas de femme qui te vaille ! charmante enfant !... Je l'ai donc cueillie, cette rose qui n'était pas sans épines ! j'en ai été Iheureux possesseur ! je le suis encore ; je le serai toujours : qui pourrait m'ôter le bonheur dont j'ai joui la nuit dernière?. . In autre rendez-vous, je t'en prie : je n'ai fait que goûter à la volupté, au lieu de la savourer. Ce soir, s'il était possible ?... Mais qui eu empêche? Réponse, uia reine, réponse, je t'en prie. »
Réponse.
« A ce soir, donc ! surtout, ne me parlez jamais ! »
Deux années s'écoulèrent de la sorte, et ce commerce durerait peut-être encore, sans une circonstance. M'"^ Cuissart conservai! pure l'imagination de Madeleine, en ne lui laissant lire aucune des lettres de sou mari et en ne mettant rien dans ses réponses (jui put l'instruire. De son côté, le bourgeois, content de son bonheur,
affectait de ne jamais parler à Madolon, pas môme quand il se trouvait seul avec elle.
I.a belle bourgeoise s'applaudissait du moyiMi (pfelie avait trouvé de tixer S(m mari et de j)asser toutes les nuits dans ses bras, sans