‹ Galanteries XVIIIe siècleChapitre 17 sur 139 · LA JARDINIÈRE · texte numérisé non relu

LA JARDINIÈRE

La hotte sur le dos, Barbe, d'un pas tranquille, Allait vendre au marché les fruits de son jardin. Contre un arbre toutïu, peu distant du chemin, Pour un besoin pressant elle trouve un asile; Et là, tout à son aise, en pleine liberté, Lève la toile et se met en posture Qu'en pareil cas indique la nature Et qu'exige la propreté; Mais en se relevant, sa chemise et sa cotte. Ne sais par quel hasard, saccrochant à la hotte

Et dérobant le vpilc à la pudeur. Laissaient d'un gros derrière entrevoir la blancheur. Deux capucins, gens sans malice, De la belle suivaient les pas.

Bientôt l'œil perçant du novice Aperçut malgré lui ce qu'on ne cachait pas. « J'en demande pardon à votre révérence, Voyez, père gardien,, voyez quelle indécence ! » « Je vois, je vois, baissez les yeux. » « N"aurals-je donc rien à faire de mieux ? » De Saint-François, digne porte-sandale, Plein de zèle et de chasteté, Pour faire cesser tout scandale, De Barbe il court voiler la nudité...

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Le cœur ému. déremmeiit il rapproche.

Puis il fait retomber la jupe qu'il décroche ! « Ce que ]vn fais, dit-il, n'est pas pour vous fâcher; Plus il est beau, ma sœur, plus on doit le cacher. » lîarbe répond : « Je nai que trrâces à vous rendre. D'un novice cest tout ce qu'on pouvait attendre. » \ Oyant plus loin venir un cordelier, Harbe, les yeux au ciel, et la main étendue : « Grands dieux ! j'étais une femme perdue. Si celui-là lavait vu le premier. >•

(Abbé BnHTiN, Contes en vers et pièces fugitires, Paris, 17U7. •

Le Coucher de la Mariée

Le jour que l'on s'unit à la beauté qu'on aime. Connue on s'empresse à la fêter !

Ah ! si c'était toujours de même.

L'hymen, sans doute, aurait de quoi tenter ; On verrait dans chaque ménage Hégner le plus parfait accord ; Plus rare de moitié serait le cocuatre.

Ou bien la fennne aurait i:rand tort.

Si d'un époux rempli d'impatience. Par (luehjue tour on sus|)end Irs désirs, C'est bien encore irriter ses plaisirs ; L'instant qui suit double sa jouissance. Notre meunier Lucas en lit l'expérience ; 11 adorait Toinetle. il en devint l'époux. Le Soir lui promettait les moments les plus doux. Toini'tle était charmante, et cette belle Avait un frère aussi beau «lu'elle.

Ce jouvenceau, sous l'habit de sa sœur. Lût tronq)é, des plus lins, et les yeux et le cœur. Comme la mariée, on le pare, on l'arrange; Avi'c l'ajustement, il en prit le maintien ; Lucas, tout l«^ premier, s'y trompe et prend le change. Si qu'il remmène au lit, sans se douter de rien.

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Mais, nageant dans la joie, il voit la fleur' éclose

Qu'il va cueillir et qu'il désirait tant. Un mari, ce jour-là, n'est encor qu'un amant. wSait-il qu'il va trouver l'épine snns la rose? Et lorsqu'entre deux drnps, à ses vœux l'on s'oppose. Cela lui semble un jeu de la vertu

Oui, par pudeur, veut se défendre.

Qui croit que, pour sa gloire, il ne faut pas se rendre

Au premier choc, sans avoir combattu ; Mais on saura le vaincre; ainsi, du moins, le pense L'agresseur vigoureux, et cependant, Lucas

Trouvait dans cette résistance Une force à laquelle il ne s'attendait pas. Il en sue, et voilà nouvelles entreprises, Nouveaux débats, inutiles tourments.

Nos deux champions étaient encore aux prises. Tous les gens de la noce entrent dans ces moments. Ils conduisaient, au son des instruments, La plus belle des épousées.

Et faisaient de grandes risées ; Puis, le montrant au doigt, se gaussaient du meunier. Lucas prend bien la chose, avec esprit s'en tire. Mes amis, leur dit-il, à vous permis de rire ;

Mais rira bien qui rira le dernier.

Certes, il avait raison. Après ce badinage, De la fête, le drôle eut la meilleure part.

^ (Abbé Bretin, Contes en vers, 171)7.)

LE VOYAGE DE LORETTE Pour avoir des enfants, Jean payait des neuvaines Et, comme de raison, perdait argent et peines; Un beau jour, sa femme lui dit :

Je ne suis sainte ni prophète, Mais je gagerais bien, que pour bénir un lit, Il n'est rien tel qu'un voyage à Lorette. L'imbécile le crut et partit tôt après : Trois ans et quelques mois suftirent au voyage. Des vœux d'un chaste ami admirez le succès :

Jean, de retour de son pèlerinage.

Trouva sa femme grosse et trois enfants tout faits.

(Abbé Mangenot, Poésies, 1716.)

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