‹ Galanteries XVIIIe siècleChapitre 18 sur 139 · GRAND ENNEMI DU BONHEUR · texte numérisé non relu

GRAND ENNEMI DU BONHEUR

IDÉES d'une Mère

La Ihèsr ici soiiletiiie par Rrlif i\v l.i Hicloiinr est colle du mari à l'essai, qui. si souvent, leiilera les iiliilosoplio.

« Je n'ai (luuiic fille, fruit unique d'un mariai^e malheureux : elle évitera uiuii sorl, si je puis ; au moins, n'y ejtari^nerai je rien, me proposant, à cet elTel, de fouler aux pieds tous les |>réjui:és. Le plus faraud des maux, c est le mariaij:e, lorsqu'il a enehalné deux êtres (jui se haïssent et veulent se fuir : tous les autres maux ne s<mt pas comparables à celui-là ; je le sais par expérience, et uum infortuné mari doit le savoir encore mieux, puisqu'il me hait, et (pie je ne le hais point. .le ne veux lier ma Sophie qu'à coup sûr. Llle |)erdra tout ce qu'elle pourra perdre, hors sa liberté. Je sais bien (pic, si je consullais cpichpi iiii là-dess.us, on me désapprouverail, on me tiaileiail de folle, el pcul-èire même aurait on recours à l'autorité, pour m'ein[)ècher de travailler au bonheur de ma tille; aussi ne m'ouvrirai-je à personne ; ce (]ui bien me fâche ! attendu que, lorsciu'on ai^^it à sa It'le, on fait ordinairement toujours (juehpie bévue ; mais pourvu (pie je ne fasse pas la bévue essentielle de rendre ma lille malheureuse, je me consolerai de loules les autres.

« Mon dessein est de voir, |)armi nos connaissances, si je découvrirai I homme qu'il me faut. Je veux (pi'il soit aimable de tii^^ure; un laid a rarement une belle âme. J'examinerai surtout ses yeux, c'est ror;.,Mne de res|)ril et du C(eur, (jue l'ci'il. .le ne m'y suis pas trompée à mon mari, toute jeune que j'étais: iiioii mari est bon. mais il est inconslanl cl IciLTer. et je vis loul cela dans ses yeux, mais je m(> croNais assez di' charmes pour le captiver toujours; c'est ICrreur comiminc à presque toutes les tilles à marier, même aux laides, tant la presomidion est une passion naturelle, hélas ! (Tes! un adoucissement (pie la bienfaisante nature donne à chacun de nous, |»lutôt qu'un vice. Je veux encore (jue l'homme que je choisirai, soit aimable, pour satisfaire les sens de ma Sophie. Comme je u aurai que peu d'é.i,'ard à la fortune, ma lille étant riche.

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il me sera bien permis d'insister sur les qualités et les dons naturels. D'ailleurs, la figure, la forme, la taille, l'agrément réels dans les traits et dans l'esprit, sont une sorte de patrimoine à laisser à la postérité, qui nest pas d'une petite considération. Mon mari était beau, Sophie lui ressemble, avec un petit mélange de mes traits ; ce qui en fait une charmante enfant. N'est-il pas plus agréable pour moi et pour elle d'avoir cette aimable figure, cette douceur touchante dans les yeux, cette mignardise dans le rire, que si elle ressemblait aux enfants de M. A... D.-P..., qui m'avait •demandé en mariage ? En vérité, je préfère mon malheur actuel, avec la figure de ma fille, telle qu'elle l'a, au bonheur même avec M. A... D.-P... Cependant, il faut bien prendre garde aux mœurs ! Un beau, ou une belle, qui sont vicieux et se livrent à leur passion avec des dispositions libertines, ont des enfants qui portent sur leur visage l'expression de ce désordre de l'àme d'un ou des deux auteurs de leurs jours ; et ce désordre produit à nos yeux dans les traits, ce que nous sommes, la laideur ; tout ce qu'il y a de laid dans l'espèce humaine vient de là. Il faudra donc que je fasse encore plus attention aux mœurs qu'à la figure, car je suis sûre que, si j'avais eu Sophie après les désordres de mon mari, elle serait ou laide, ou beaucoup moins jolie qu'elle ne l'est.

« Je veux aussi que ce soit un homme par la force et la dignité des sentiments et non un elïéminé. un dameret. Car je veux qu'il soit maître, sans que ma fille soit esclave. Je veux qu'il soit d'un tempérament vigoureux, ^par bien des raisons : la santé, la force sont les plus belles roses du jardin de la beauté : ensuite les enfants en valent mieux ; à la vérité, la femme d'un mari vigoureux a des grossesses plus pénibles, l'être vivace qu'elle porte l'épuisant davantage, que si elle avait un mari plus faible qu'elle ; mais c'est un inconvénient dont la mère est bien aise un jour. Enfin un mari vigoureux est plus aimé de sa femme, il lui suffit, il la rend plus heureuse et lui inspire une sorte de mépris pour l'hommage des autres hommes. Lorsque j'aurais trouvé l'homme que je veux, je ne lui donnerai pas ma fille sur-le-champ. Je ferai des essais. Mais, outre que j'ai formé ma fille pour qu'elle puisse les supporter sans danger, c'est que je ne l'abandonnerai pas d'un instant. Au reste, j'aimerais mieux que, Sophie trompée, de la manière que je l'en-

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tends cl daprôs un essai, lit un enfant sans être mariée, que de la voir malheureuse sans remède avec un mari. Cela est contraire aux

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