IMPROMPTU A UNE DAME
Vous me priez toujours de vous faire des vers. Je vous lai dit vingt fois. Madame, en bonne prose ; Je les ferais tout de travers ; J'aime mieux vous faire autre chose.
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AGNES LEBEGUE
Agnès (loiiillard. iiim fiitur*^ ImHo-iixto. av.nt cii de la l»oauté ; il lui restait une belle gor^'e et quehiues autres d»'*bris. O furent les nialériauv qu'elle employa pour seconder Parjintron et se débarrasser d'une lille déslKUiorée. Jij^'norais tout ; concentré dans mon travail, je ne voyais (pie les gens intéressés à me tromper. Je parlais (rois ou (juahr fois aux (Iem(»iselle9 Haron ; mais elles étaient cousines d'Ai^Miés. et d ailleurs pcul élre nétaienl-elles pas encore instruites de ma recherche. .Mon air modeste [)lul sans doute à la voluptueuse .\gnès (iouiliaid : j'i'lais moins automate ijue certains amanis (jui s'étaient présentes ixiur sa lille, moins fat qiw dautres. l II fond d Orgueil rpii lui faisait croire qu'elle valait encore mieux (jiie sa lille, lui jiersuada (piVIle rt'ussirait plus aisément que celle-ci à lisser les liens <|Ni devaieul me retenir, l'.lle s'empara donc de moi les soirs: elle parlait bien, chantait mieux encore : el tandis (juClle me tenait assis sur ses genoux, dans ses bras, le visage appuyé mollement sur sa gorge dextrement rebondie, un des boutons rosés pressés entre mes lèvres, elle chantait des pa rôles expressives et tendres ; ou elle m.' rac<mtait la manière dimt son mari, (bdicat et sensible, lavait adorée, dans les premiers temps de leur union ; ou (>lle me peignait ses charmes, à elle, les transports rpi'ils excitaient en lui... l'.t. comme elle avait de l'esprit, ces récits étaient intéressants dans sa bouche. Souvent, sa fille venait augmenter le charnu^ ; oUo se plaçait derrière moi, me prenait une main, qu"(^ll(> pressai! <ln velouté de ses lèvres, y ajoutant de le^rère.^ titillations de laniîue. (|ui îik^ causaient un frémissement voluptueux. IUle ne s'en tenait i)as là : elle le redoublait en mettant dans sa boucln* et suçant un de mes doigts. On eût dit (jue M""' I.ebègue pensait : - « Tu es avide de sensations libidi « neuses ; il le faut de la \ iluiiteV Mais h^s faveurs essentielles « rassasient de la personm* : je me change de préluder, mais déli- « cieusement : et s'il te faut «pielipie clu>se de plus, avant le ma- * riage, c'est encore moi (pii te le donnerai... si lu es rassasié, ce « ne sera pas de ma lille * .le crois qu elle lit ce raisonnement,
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mais ce ne fut pas son unique motif : libidineuse elle-même, comme jamais femme ne le fut, elle voulait jouir en premier de toutes les douceurs de l'amour, même inspiré par une autre... Si ces deux femmes s'accordaient pour me procurer un double plaisir, c'était aussi la conduite la plus propre à me maîtriser par les sens. Aussi me maitrisa-t-on.
Insensiblement un goût factice naquit de l'habitude ; je sentis le besoin de goûter journellement les plaisirs que me procuraient Agnès et sa mère, et je pris, malgré mon expérience, ce goût factice pour de l'amour... C'est une erreur dans laquelle donnent trop souvent les jeunes gens, et que des parents sages devraient approfondir, pour les préserver du dégoût et des regrets. Je trouvais le plaisir auprès d'Agnès ; donc notre union devait être délicieuse... Mauvaise conséquence! L'estime l'eût rendue délicieuse; mais la \'olupté est une courtisane qui trompe toujours.
J'ai dit que M'"^ Lebègue s'était chargée des faveurs avant mariage. Elle 1rs porta si loin, qu'un soir, étant resté trop tard, elle me fit coucher avec elle... Klle fut trompée dans son attente, et malgré l'éloge que, dans la soirée, elle avait fait de mon libertinage, je ne lui touchai pas 11 faut dire aussi, qu'ayant été
souhaiter le bonsoir à la fille déjà couchée, elle avait pris une précaution : ut refriçiescerel venereos i jne.s mentulam are capiam emulserat! Malheureux ! je voyais dans la tille et la mère l'immoi alité la plus complète, et je ne fuyais pas !... Je méritais mon sort !... car je fis la réflexion qu'il fallait que la fille eût un grand usage pour songer à de pareilles choses ! (Kn effet, à ce que j'ai su, depuis, c'était le genre de plaisir qu'elle aimait à donner, et elle le donnait à lurpin, à Guillaume, à Chacheré, à Parangon lui-même, quoiqu'il ne lui eût jamais fait le même reproche que les autres, qu'elle ressemblait à la reine Vasttii, première femme d'Assuérus ; il s'y refusait souvent et ne s'y prêtait que pour avilir davantage celle (|ui devait être mon épouse; j'eus par' son moyen et par le riche Motré, conformé de même, j'eus, au lieu de la voie étroite des Elus, la lune patente et très large des liéprouvés. Juste punition de toutes mes turpitudes antécédentes !) Depuis ce moment, Agnès, soit faute de politique, soit que celle de sa mère eût changé, soit insatiable lubricité de tempérament, me prodigua sa personne. Dès le
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môme soir, étant venue chez Riittot, on la retint à souper et je la reconduisis ; entre la première et la seconde porte, elle me permit tout ce que jo voulus; j'observai même que sa gorue était beaucoup moins forme que celle des honnêtes filles que j'avais touchées, comme Kmilie Laloge. Marianne Tangis, Rose, même que celle de Tonton Lenclos en 175i; e\W était comme celle des sœurs (iuigner, de M™** Linard, et de toutes les femmes qu'on s'est plu à tri turer. Je fus surpris! Je lui demaiulai la dernière faveur. Klle me remit au dimaïu'he suivant, pendant que sa mère serait à la grand'messe. Je ne manquai pas au rendc/.-vous.
Je trouvai Agnès parée et ayant gardé avec elle sa petite sœur Suzette, âgée de dix ans et demi. Je crus la chose manquée. et je Ml Vil plaignis tout bas. — « Non. non, nie dit Ai^Miês on souriant; j'ai quohjuo chose à faire : nij^'audoz un pou avec elle; puis jo l'enverrai nie faire une commission. » . Suzetle, qui était une camuzon charmante, vint jouer avec moi. — * Faitc^s-moi donc l'amour, me dit-elle, comme à ma scrur ou comiiie à maman ? — .!«' le veux bien : allons, faitos-nioi coinmo elles, lui dis-je. pour voir ce qu'elle savait et où elle en viendrait. La petite» me donna des baisers sur la bcuicho. dardant sa langu(\ parce que. me ditelle, son cousin C.ouli/ (Desrham/ts) lui faisait comme (;a. Kilo alla beaucoup plus loin... Kn un mot, je vis fiuelle n'ignorait rien des mystères les plus secrets. — « Oui vous a montré cela? — Ib) ! je voi>i. sans (lu'cm sCn doute. - (Jni voyez-vous? — lia! je vois maman qui sait bien mieux (|ue ma sœur. ((> mot me rassura un peu.) — .Mais voilà des choses que votre maman no me fait |)as ".* — Klle les a fait à un autre. — A qui ? — .\ Huttol... .Mais il ne faut pas dire que je vous l'ai dit. — Kt votre sœur? (La petite rélléchit). — Ho! qu'à vous... ijuà vous. » Lu ce moment. .\gnès, à laquelle j'avais entendu agiter de l'eau, vint auprès de nous : — « nu"est-ce donc que cette i)osition-là, madomoisello ? » Kt elle l'ôta de sur mes genoux. — « .\llez-vous-on me chercher mes souliers, chez /*()/M^', vous savez bien? au Marrfié-aujc-I^oules. - Oui mji sd'ur. » Klle me sourit finement et se retira. — « Ouo lui faisiozvous «lone ? me dit Agnès. - Rien; elle me faisait... elle m'a prépiird. » .\gnè!< se mit sur sfi courhelte. — « Vrnr/. ! — Suls»je dBn« un mrtUVfth ll^u ? » pefisal-jp... Kf je me jetnl ^ut ellr». \snès
me serra fortement de ses deux bras ; et cependant je fus guidé... Elle s'agita. Je cherchai le but où j'étais plongé sans le savoir... Alors Agnès fit un mouvement de vibration que je n'ai jamais trouvé qu'à elle, et je fus heureux...
Je vis Agnès faire sa lotion, et dans cette position elle ressemblait parfaitement aux filles de Paris. 11 faut convenir, néanmoins, que la Venus aux belles fesses ne les eut pas plus belles, et que la jambe, le pied étaient... une perfection; ce fut, sans doute, pour cela qu'on eut soin que je les visse. Ceci renforça mon goût... Je m'aperçus, en finissant, que Suzette était restée, du consentement de sa sœur ; mais je n'allai pas mimaginer le motif de cette conduite singulière. Le soir, il y eut une autre scène. Ruttot était venu souper ; en sortant de table, il prit la mère dans ses bras devant nous ; de sorte que nous fûmes obligés de nous envelopper dans le rideau de la fenêtre, la fille et moi. pour ne pas être témoin de visu, comme nous fûmes forcés de l'être de auditu... Je m'occupai à vérifier par le tact (1) les beautés que j'avais vues le matin.
Agnès avait les souliers blancs, à talons élevés, que Suzette n'avait pas eu besoin daller chercher... A cette occasion, et dans une autre, où je mis la tête hors du rideau, j'aurais pu voir quel genre de service m'avait rendu la petite, pendant les étreintes de son aînée, si la lubrique et provocante Agnès ne m'avait rejeté le rideau sur la tête et tellement envahi par ses caresses, ses voluptueuses titillations, que je ne pus moccuper de ce qui se passait hors du rideau.
Ce fut pendant que j'étais dans cette première ivresse de volupté, c'est-à-dire dès le lendemain lundi, que la rusée Agnès Couillard me força d'aller prendre le jour de mes parents, pour faire la demande, en me disant qu'un parti (ce Leroi que j'avais déjà rencontré auprès de M"^ Baron) venait de se présenter...
RÉTIF DE LA Bretonne.
{Monsieur Nicolas, v« époque.)
(1) Par le lad. vieux français, pour le <• toucher ».
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