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LES SOEURS MAITRESSES

Maximilienne ayant à ses genoux D'Eglegni, jeune marin; Léopoldine vivement pressée par de Perée, autre jeune marin. Les deux mères surviennent. — « Comment ! comment ! à vos sœurs ? »

(Gravure de Binel poqr les Contemporaines, de Rétif de la Bretonne.)

aînée de l'homnie douteux. Mais après que le jeune honune comme

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a faut avait eu qiielciiic temps la mère, la lillo alnro, en déshabillé provocant, dessinant le nu, venait (aire le lit du prédestiné. Klle faisait filor im peu l'amour; enfin, si elle était contente de ses sentiimiils et de ses procédés, elle le rendait heureux... il fallait être !»' chef-d'œuvre du mérite et de riionnéteté pour parvenir au tendron de quinze ans; on arranijr«'ait la jcunr personne en habit de condmt, Iheureux donnait une jolie eollatioii, en lin de laquelle on lui disait : « Vous êtes lauii de la maison, vous avez mérité de l)osséder la Hauri, et nous vous la laissons pour une heure... > Kl les mères se retiraient. Toutes les jouissances avaient lieu de jour, jamais de nuit : vous n'obteniez rien (ju'à l'heure où ion venait faire votre lit. Sans intérêt ! On ne vous demandait rien et Ton recevait i^'aiJMuent la plus petite baj?alelle. Le soir, pour donner au pensionnat un aigrement auquel les jeunes provinciaux sont très sensibles, on rassemblait dans une salle basse de jeunes relieuses, des brocheuses qui ne sont pas des Lucr^ces (t), et l'on dansait depuis 0 heures jusqu'à 11 ; les samedis et les dimanches jusqu'à minuit. Le violon ne coûtait rien ; toujours quehjue pensionnaire savait jouer de cet instrument, qui souvent était accompa^Mié de plusieurs autres, les pensionnaires pouvaFit amener leurs amis à cebal journaiiei'. .lai demeuré dix m(»is dans celte maison, eu ITdS... Mais revenons à M""' Lalleujand, qui fut l'héroïne principale de ma troi sième aventure. Par elle, on entreverra la raison de l'attentlMU qu'elle donnait à .leannette et le danirer (pu' cetN^ jeune pfMsomie a couru dans la rue S(iint-Julicn-le-l*aurre.

M"'" Lallemand était retournée demeurer dans la rue Jariuthe. au coin de celle (ialanile. Le bas de la même maison était occupé par un cafetier. d«tnt l'épouse, belle brune, avait le t^oùt antiphysique, que je ne connaissais pas encore dans les fenunes. .le ne voyais plus cette ancienne hôtesse, de|)uis que j'avais quitté sa maison, ('/était cependant une jolie fenmie. que je |>ouvais avoir sans dépense. In jour, elle me rencontra et me lit d'obligeants reproches de mon indillérence. .le n'allai jamais au cabaret, mais ce soir-là, j'y entrai avec Houdard, (jue je venais de rencontrer, plutôt pour nous cacher, en causant, à c^iuse de son état scabreux,

l\) L.i mniiv.iisr ivpiitalion îles brocheuses s'est perpétuée à travers les siècles.

que pour boire. Ce cabaret était à l'autre angle, vis-à-vis le café. Nous étions depuis quelques minutes dans un cabinet de boiserie, lorsque nous entendîmes entrer deux personnes dans le cabinet voisin. Nous nous tûmes. « C'est M""® Lallemand, me dit tout bas l'ami Boudard, avec Leblanc, un de ses anciens pensionnaires. » La conversation commença par des reproches. On se réconcilia. Enfin, la table et les chaises craquèrent, « C'est ainsi qu'elle termine toujours ses querelles, me dit Boudard, allons-nous-en... » Ce que je venais de voir m'excita au libertinage. Aussi comme c'était lundi, le soir même j'allai voir cette espèce de catin, dans le dessein de lui proposer à goûter, et de profiter en même temps, de son extrême facilité. J'arrivai trop tard : il était six heures et demie. Nous causâmes, je me mis à ses genoux, dès qu'elle eut renvoyé sa petite servante. Je fus très hardi ! je lui dis que je l'aimais. Elle me répondit ce mot, que j'ai si souvent cité, depuis, à mes amis : Hé î mon Dieu, que tic me le disiez-vous plus tôt !... Elle ajouta, comme par réflexion : « Du temps de votre sœur Ponsardin, je vous avais d'abord cru dévot, mais vous m'avez prouvé que vous étiez bon garçon... » Nous nous donnâmes rendez-vous au lendemain cinq heures, et je la quittai, avant l'arrivée de ses pensionnaires,muni de quelques faveurs d'échantillon, très savoureuses. Le mardi, je devançai l'heure de beaucoup. Au lieu de cinq heures, j'arrivai à trois : la porte de la cuisine était ouverte, je n'y vis personne ; la petite servante, sachant sa maîtresse sérieusement occupée, était allée jaser quelque part. La clef n'était pas à la porte de l'appartement sur le devant, mais l'ayant poussée du doigt, parce que j'y vis un petit jour, elle céda. J'entrai doucement : c'est un talent que je possédai toujours au suprême degré, que la légèreté des mouvements... J'entrevis quelqu'un, par le mouvement des ombres, dans la chambre du fond, quoique le rideau fût craintivement fermé. Je comptais bien que c'était un galant, et je fus surpris que M'"^ Lallemand, ayant un rendez-vous aussi essentiel que le nôtre, elle ne pût s'en contenter; mais je ne fus pas fâché d'avoir une anecdote dont je pourrais faire le récit à Boudard, sans manquer à la confiance donnée... je m'approchai de la porte, et j'entendis le bruit des baisers. In des personnages, qui s'agitait beaucoup, fit un mouvement des pieds qui dérangea le

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rideau. .le vis alors... deux feinnios !... .M"" Lalleinaiid, et... sa voisine, M"" lieujnel (dont le maria été prote, graveur eu bois, etc. Je ne lavais qu'enronlrt'voilée, en passant devant sa bouli(]ue). C'était cette jolie cafetiste (1), quon a vu depuis au coin de la rue du Fouarre... Sa gorge blanche et ferme, entièrement découverte, était dévorée de baisers par mou ancienne hôtesse, tandis que deux mains

libertines, mutuellement occupées lamais surprise n'égala celle

(jue j'éprouvai ! Je crus bonnemeiif cpie la jolie Ma.vimine Mari q\'a\\ une femme à tempérament, «jui, ayant un mari jaloux, nOsait juis s'exposer avec un homme, haiis celte idée, je tournai le boulon de la porte vitrée, et je mv présentai !... Les deux femmes poussèrent un cri aii:u !... Je U's rassurai : j'ollris ardemment mes services à la belle limonadière, employant les expressions qui cadraient avec mon opinion err(mée. Ses réponses me parurent ininlelligibles. .M""" Lallemand me les expliqua. « Ah morbleu 1 mécriai-je, vous fraudez la nature... De par \'énus, vous serez homniée ! >» Kt je mis les conditions à ma discrétion future... je nenlendis rien ; il fallut céder. La cafelisle passa la première |)arce qu'elle ne vou lait pas (juc j eusse M""" Lallemand. Mais ces deux femmes se caressérenl pétulant ce temps et elles convinrent que c'était un nouveau ragoût, qu'elles ne connaissaient pas.

Je payai la collation. M'"'" Lallemand descendit, n'ayant |>as trouvé sa petite servantr ; et pciidadt son absence, la cafetiste. sur quehjues oITres que je lui lis, nie dit franchement qu'elle aurait plus d'honnues qu'il n en faudrait |)our la satisfaire, mais «pie son goût la |>orlait vrrs les jolies femmes (jui roi/dicul plusieurs hommrs. parci^ (pi Viles n'avaient (jue des sensalions et point d'ammir : elle ajouta ipielle avait été amoureuse, à la rage, d une jolie enlreteiiur (|iii «Irmmrait à cùté {Spirette), parce (|u'clle savait (|ue cette lille, très jolie. Irompait son payeur, .le lui dis que je ne la conq)renais pas? .Mors celle l.eshienne me d»'lailla Ions les écarts de son goùl factice et coupable. Ses expressions furent si vives, si révoltantes,que, de ce inomenl, elle éteignit en moi tout désir de ses charmes ; le reste de la séance, je ne caressai plus (pie .M""" Lallemand.

Hktik dk la Hrktonnk.

{Monsieur Nicolas, \* époque.;

1) Cafeliste, Icuancière de café ; luul uubsi logiquciiicul, du rustlc, que modiste.

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