L'OUVRIERE EN DENTELLE
J'ai beaucoup de respect pour celles < Pour les ouvrages de dentelles;
(^ui savent joindre ù la beauté \ Cependant, près de loy, Fanclion,
Une grande dextérité > Dois-je avoir mes mains dans un
< [manchon
Estampe populaire d'après une composition de C.-.\. Cocbin.
94 GALANTERIES XVIIIC SIECLE
La Laitière ou la chute heureuse
Marcou fumant sa pi|)c, et l'esprit en gaieté, A sa maison des eliamps allait un jour d'été
Avee joyeuse couipairnie :
(l'était un vrai farceur, personne comme lui
N'imaf^rinait une plaisanterie.
Il savait dissiper ou prévenir leuiiui
Par (piel(|ues traits dune aimable folie, .le veux, dit -il, avoir le plaisir aujourd'hui
De vous donner la comédie.
Il a[)er(;oil de l«>in un àne qui portail lirune gentille avec son pot au lait; Marcou se met sur son i)assage, I/abordc en ùlaiil son chapeau :
\ ous me semble/, dit-il, la perb^ du villaijc ; Sans compliment, votre àne porte beau ; Pourrais-jc lui parler? si vous vouliez, attendre, •leaniie sourit. — Monsieur, tout comme il vous plaira, S'il est de vos amis, sans doute qu'il aura
Hien du plaisir à vous entendre.
— Nous |)('ruietl('/. ? Je ne lui dirai rien
honl vous puissiez être fj'iclK'e.
La lin de ça, voyons. — 'l'a su'ur est accouchée, La mère et le petit, tous deux S(^ portcMit bien. La tète en l'air et la (jueue en trompc^tte. L'a lie, à ces mots, de braire et de sauter Si haut, si fort, «piil fait tout culbuter
Le pot au lait et la lillelte.
haiis sa cliùtc. la belle enfant.
Devers l'Olympe en loiirnant le derrière. Sur I herbe va roiil<r la lét»' la première. Si bien qu(* l'on vit. dans cet instant, l II peu plus liant (pic la jarretière.
.\ lo-il iiiiii'ii (lu sp('('tal( Mir D'un contraste frappant limage fut oll«Mtc: Mais, pour les curieux. .leanne fut trop alerte :
L'innocence suivit l'instinct de la pudeur,
Et la belle est sur pied, déplorapt son malheur :
C'est grand pitié de voir comme elle est désolée.
— Que dirai-je à maman, que vais-je devenir !
Voilà mon lait perdu, ma bête ensorcelée !
— Dans son bon sens je vais la faire revenir, Dit Marcou, puis notre homme par mainte pistole
Répare le dommage, et Jeanne se console. Des bonds de l'âne on serait curieux De savoir quelle était la cause.
Ces sauts à point nommé tiennent du merveilleux. Et cependant c'est peu de chose ;
Voilà tout le secret : adroitement Marcou Avec sa pipe allume un morceau d'amadou, Et, parlant au grison, lui glisse dans l'oreille ; 11 brûle, il crie, il saute, et ce n'est pas merveille. Mais le mieux le voici : l'on a vu comment Jeanne
Fit séparation de corps avec son âne.
Comment la tète en bas, les jambes dans les airs. Ses appas, un moment, restèrent découverts ; La belle, en cet instant, et dans cette posture, D'Alain fait la conquête ; il en devient épris : Un cœur ne se prend pas toujours par la figure. Et d'un amour si prompt vous seriez moins surpris. Si des charmes qu'il vit je faisais la peinture. Alain en sentit seul le pouvoir et le prix ;
Il reconduisit la- laitière au village. Chemin faisant parle de son amour ; Jeanne lui plaît, il sait plaire à son tour ; Bref, le roman finit par un doux mariage.
Et de sa chute, envers Marcou La belle ne dût pas conserver de rancune. Voilà comment l'un trouve la fortune Oii l'autre se casse le cou.
Abbé Bretin. {Le Fond du Sac, 1780.)
GALANTERIES XVIir SIECLE