‹ Galanteries XVIIIe siècleChapitre 54 sur 139 · LES DEUX TROUS · texte numérisé non relu

LES DEUX TROUS

l'ii jeune écolier, de fort bonne mine, étudiant à Orléans, était en pension chez un bourgeois de la ville qui avait une fort belle femme dont ledit escholier était passionnément amoureux.

Son mari était tellenjent jaloux d'elle, qu'il ne la quittait point quasi de vue, ce dont elle était si déplaisante que, quoi qu'elle eût de grandes vertus en elle, ce seul sujet était suftisant pour lui faire faire un faux bond à sa pudicité.

Se voyant extrêmement aimée et poursuivie d'un jeune honnne de bonne mine, il ne faut pas s'étonner s'il ne fut pas besoin à ce jeune homme de trouver une bonne place dans le cu'ur d(^ son hôtesse, qui, en elle-même, résolut de contenter ses désirs à la première occasion qui se présenterait.

Notre jeune amoureux ne rencontra donc pas grande résistance, mais la difliculté était de trouver le temps et le lieu commode |)our elTectuer leurs amoureux désirs, à cause (jue son mari l'épiait de moment en uiouïent et ne sortait point du logis; et donner rendezvous ailleurs était chose impossibl(\

Mais comme les occasions ne manquent jam.iis quand les volontés sont d'accord, ce jeune houïme (jue la |>assu)n pressait donna à cette fennne un rendez-vous dans le lieu on étaient les ai:-rments (I) de la maison, lequel lieu fermait par dedans, et qui n'est ordinairement guère visité quand {jnelque autre occupe la place auparavant.

Le lieu était très spacieux et avait deux Irons où deux personnes pouvaient être à la fois fort à leur aise : ce jeune honnne s'y rend le premier, devant ouvrir au signal concerlf» que ferait la femme, la , ««elle ne tarda i)()inl de sy renilre.

l'.tant entrc'S, ils fermèrent on dedans la porte sur eux et. étant ainsi sans témoins, ils ne manquèrent pas de i^oùter des délices dont il y avait si longtemps qu'ils se repaissaient en idée, .\yant passé ainsi (|url(pii- lrui|is en plaisir amonrtuix, le mari, soit |)ar

(Il Aizfnwnls. «-iHlniil où l'on sr mrl à l'aisi' : lr> waler-closets.

GALANTERIES XYllI® SIECLE 115

jalousie, soit par Décessité, arrive en ces lieux secrets, et trouvant la porte fermée par dedans, jugeant bien quil devait y avoir quelqu'un, frappe et demande qui était là. La femme, connaissant son mari à la voix, fut extrêmement surprise. Le galant ne pouvant faire le sourd, fut obligé de répondre et de dire : Qui va là ? Le mari, le connaissant à la voix, lui dit : « C'est moi, monsieur, qui suis pressé, ouvrez-moi, je vous prie. — Je ne puis, répondit le jeune amoureux, je suis encore plus pressé que vous, car je suis sur le lieu. — Ne laissez pas d'ouvrir, répliqua le mari, nous pouvons nous satisfaire l'un l'autre; il y a deux trous, vous n'en pouvez occuper qu'un. — Il est vrai, dit le galant, qu'il y a deux trous : j'en occupe un et l'autre est foireux. » Je vous laisse à penser de quels trous il entendait parler. Je ne sais pas comment nos amoureux purent s'échapper, mais le conte finit là.

{Nouveaux contes à rire, Amsterdam, 1783.)

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