LA FEMME ACCOUCHÉE
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Fille ou femme amoureuse
Est marchandise bien trompeuse :
Tel qui ne se croit pas trompé
Souvent est le plus attrapé.
Sans peine, cher lecteur, tu pourras bien le croire. Et pour mieux t'en convaincre, écoute cette histoire. Maître Thibault, pour la premiôre fois
Qu'il couchait-avec sa femelle, De ses beaux faits la longue kyrielle Lui racontait la nuit, sur ses dix doigts. Puis, en la caressant, lui disait : ma chère âme. Mon petit cœur, rien n'égale ma flamme ; Mais si, devant l'hymen, facile à mes soupirs, Tu m'avais accordé l'objet de mes désirs, Je ne t'aurais, jamais, dès l'instant épousée.
— Oui-dà, répondit-elle avec simplicité.
Quelque sotte aurait eu cette félicité, Mais déjà, par deux fois, on m'avait abusée.
Chevalier.
(Mes Trente-Six contes, Paris, 1776.)
116 GALANTERIES XVlir blECLE
MADEMOISELLE GUEANT
C'était le 15 juin 1756 que j'avais eu occasion de voir M"'' Guéant, cette belle actrice des frayais, dans les Dehors trompeurs et dans la Pupille. Ce dernier rôle m'en rendit éperdument amoureux : je raltendais, quand elle sortait du théâtre, pour admirer en core sa taille, sa lij5'ure ravissante, son beau pied, et la voir monter en voiture, ou dans une chaise à porteurs : je la suivais pour l'en voir descendre. Un soir (c'était au mois de juillet 1T57), elle alla fort loin et descendit à Vllotel de Hollande, où l'on donnait une ftHe. Tandis que je dévorais des yeux la belle (iuéant, qui sortait de sa chaise, dans la cour, j'entendis derrière moi une voix qui ne m'était pas inconnue, dire : « .lunie! .lunie ! le voilà! » Junie était ^jue i>rudhome, qui me demanda si je voulais entrer? Je ne répondis qu'en lui saisissant la main, «jueje baisai. Elle m'entraîna, ri nous montâmes avec la belle (luéanl. .le la lis admirer à .lunie, i\[\\ nie répondit : « Oui, elle est belle, et sage ! » Ce mot lit que je baisai le bord de sa robe. In colonel de dragons, qui était venu audevant d'elle de chez lAmbassatleur, s'en aperçut, et lui dit, en me montrant : « Mademoiselle, voilà un de vos admirateurs. » La belle me regarda et, se ressouvenant de m'avoir vu souvent, me sourit. Je venais du spectacle ; ainsi, j'étais bien mis, c'est-à-dire en habit de lustrine. M"*' Ciuéant me dit : « Il parait, Monsieur, que vous cMes' des nôtres?... car je vous vois avec M"'" Prudhome ? Klle a bien voulu m'introduire : je ne suis qu'un amateur, charnu» de rester pour vous voir plus longtemps. » La belle (îuéant sourit encore, en me disant : « On n'est pas malheureux, avec une pareille introductrice ! » .Nous étions dans la salle, où depuis a été le billard de Heaumar<hais, .le vis là .V"^ //m.s, alors si provocante, mais moins belle que (imant : V"' Halard, nym|>he alors svelte tt h'gére ; J/"" Arnoutd, charmante actrice, qui jouait avec tant d'intérêt l'acte de /'.s//(/i<' dans les hrtes de Paplws : la jeune Rosalie l.erassciir, i\\nrs à la Comédie //^//fV»?JC ; celle ci avait un abl>é coquet ; une Camanjo, première danseuse aux Framuis, etc. (.amargo avait un faïaud i\v fort mauvaise minr. .lunie dit à ces deux dernières ;
GALANTERIES XVIir SIECLE
« Vous avez chacune votre chacun ; moi, voici le mien. » J'étais bien surpris de cette partie non prévue ! Mais caressé par Junie,