‹ Galatée; pastorale imitée de CervantesChapitre 11 sur 30 · LIVRE HT · texte numérisé non relu

LIVRE HT

prême que je veux aimer uniquemex.t, vous qui rt-mplissez Ir. monde, et qui devez remplir mon cœur, ne vous cttrusez pas de mes larmes : j'ai tout perdu; je n'ai pas murmuré. O mon Dieu 1 < aimez les maux que je souîfre ; mais ne m'arrachez pas entièrement le souvenir de mes malheurs.

Aux premiers mots de Fabian, Blanche pleuroitj elle sanglottoit aux derniers. Tircis, craignant qu'elle ne fût entendue, dit à Damon d'aller avec Elicio intei rompre l'hermite, tandis qu'il resteroit avec les deux sœurs et Timbrio pour les empêcher de se montrer.

Les deux bergers obéirent. Fabian les reçut avec amitié. Vous vous plaignez toujours, lui dit Elicio, et vos malheurs touchent peut-être à leur terme. Vous les connoissez, répondit l'hermite, jugez s'ils peuvent hnir. — Oui, sans doute; Nisida vit encore : elle est, avec sa sœur et Timbrio, occupée de vous chercher par

toute l'Espagne. Quelqu'un les a rencontrés— Que dites-vous ? Est-il bien sûr que ce soit mon ami, que ce soient les deux sœurs ? Ah ! ne vous jouez pas d'un malheureux : vous aviez paru prendre pitié de mes maux ; ne venez pas le» aigrir en m'nbusant d'un faux espoir.

Comme il disoit ces paroles, Tircîs,pour préparer une si tendre reconnoissancc, dit à Nisida de chanter de l'endroit où elle étoit, sans s'offrir encore aux yeux del'hermite. Nisida suivit son conseil, et commença ce premier couplet d'une chanson que Fabian avoit faite autrefois.

Amitié, reprends ton empire

Sur l'aveugle dieu des amans :

Dans la jeunesse il peut suffire ;

Tu rends heureux dans tous les temps.

Il fait naître une vive flamme ;

Tu formes un tendre lien :

Il n'est que le plaisir de l'ame ;

Et toi seule en es le soutien.

Fablan parloit encore, lorsque la voix de Nisida vint frapper son oreille. 11 s'arrête, il écoute, il reste immobile, les yeux fixes et la bouche ouverte : ensuite, regardant d'un air égaré, sa raison l'abandonne, la terreur se peint sur son visage; il prend les deux bergers pour des fantômes, et Itfs considère avec effroi. Cependant la voix continue, et vit-nt retentir au fond de son an:ie : peu à peu sa crainte se dissipe j ses traits, ses yeux, reprennent leur douceur : il revient à lui, s'élance comme un trait vers l'endroit d'où partoit la voix ; il arrive, regarde, et ton.be snns mouvement dans les bras de son ami.

Nisida et Tirabrio appellent : les bergers accourent ; on s'rmpresse, on s'efforce à le ranimer. Blanche avoit déjl couru chercher de l'eau dans la cellule, elle en jette sur son visage, elle serre ses mains dans les siennes. L'hermite reprend ses sens; ii ouvre les yeux, il

doute encore de son bonheur: est-ce bien toi ? dil-il A Timbiio ; est-ce toi que j'ai (;uit pleuré ? — Oui, c'est ton lînii, celui qui te doit la vie. Ils s'embrassent, ils confondent leurs larmes, ils restent long-temps serrés l'un contre autre. Plus de chngrin, lui dii TimLrio, nous sommes tous réunis : voici Nisida ta bonne amie j voilj Blanche, qui alloit mourir si nous ne t'avions pas trouvé : que te faut-il encore ? Ah ! rien., répond l'hermite en souriant et pleurant à la fois. Blanche et Nisida lui tendent les bras. Fabian veut parler , mais il fait de vains efforts : il prend les mains des deux sœurs, les joint toutes deux sur sa poitrine, et tombe à genoux en sanglottant.

Cette scène attendrissante dura quelques momens encore. Fabian conduisit ses amis dans sa cellule, et leur fit le détail de tout ce qui lui étoit arrivé depuis leur séparation. Ce récit fut court : le

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prudent Fdblan, toujours vi6time. de J'amitié, parla de son amour pour Blanche, comme du sentiment qui Tavoit le plus occupé pendant sa solitude. Blanche, transportée, n'osolt rien dire j mais elle embrassoit sa sœur.

L'hermite supplia son ami de lui raconter à son tour ses aventures depuis le moment où, pour aller porter la nouvelle de sa vi6toire à Nisida, il l'avoit laissé sur le champ de bataille. Les bergers se joignirent à Fabian pour demander ce récit : Timbrio ne se lit pas presser.

Après mon combat avec Pransile, impatient de revoir Fabian, j'envoyai mon page à la maison de campngne de Nisida : il en revint tout eôVa)éj et m'annonça la mort de ma maîtresse, et la fuite de mon ami. Frappé comme d'un coup de foudre, je partis sur le champ pour aller m'informer moi-mèmè de tous mes malheurs. Arrivé à cette maison de

campagne, ni mes instances, nî me* prcsens, ne purent m'en ouvrir l'entrée} et les discours et les pleurs des domestiques me confirmèrent la mort de Nisida. Je ne vous dirai point ce que je devins dans ce moment; on ne meurt point de douleur, puisque je n'expirai pas sur l'heure. Maigre mon désespoir, je me souvins qu'il me restoit un ami 3 et, tout blessé que j'étois, je suivis sa trace jusqu'à Gaïette. Quand j'arrivai dans cette ville, Fabian venoit de s'embarquer. Je fus forcé d'attendre le départ d'un navire Catalan qui devoit retourner dans quelques jours à Barcelone. Le capitaine me reçut snr son bord ; et mes larmes ledoublèrent en quittant cette Italie où j'avois perdu le plus cher objet de mon cœur.

Le vent, qui d'abord nous éfoit favorable, diminua tout d'un coup, et notre vaisseau, peu éloigné du port, fut presque arrêté par le calme: j'aurois vu la

tempête

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