LIVRE m
s'approcher da vaisseau. J'écoute, je regarde ; les premi^rà rayons du jour me font distinguer une barque : elle venoit droit à nous» et les efforts de quatre rameurs la faisoient voler sur la mer. I-i barque approche : une femme s'avance sur le bord : Au nom du ciel, me criat-elle, daignez me dire si votre vaisseau n'est pas le navire Catalan parti depuis deux jours de Galette. Jugez de ma surprise 3 c'étoit la voix, de Blanche, de la sœur de ma Nisida — Ah ! ma sœur, m'écriai-je — et je me précipite à la corde du vaisseau. Je descends, j'arrive dans la barque, je cours pour me jetter dans les bras de Blanche, je me trouve dans ceux de Nisida.
Je pensai mourir de ma joie : immobile et muet, je ne pouvois proférer une seule parole. Nisida me parioit, me rassuroit ; je la regardois, en tremblant que ce ne fût un songe, et que le rcvei^ ne m'enlevât mon bonheur.
Revenu de ce premier ravissement, je m'occupai de faire monter dans le vaisseau la tendre Nisida et son aimable sœur. Elles étoient toutes deux en habit de pèlerines j mais le capitaine, instruit par moi, les reçut avec le respe6t qu'il devoit à leur naissance. Ce fut alors que j'jjppris de Blanche comment l'oubli de l'écharpe avoit causé à sa sœur, presque mourante, un évanouissement si profond, que tout le monde la crut morte. Elle ne reprit ses sens qu'au bout de huit heures; et, apprenant à la fois ma viétoire sur Pransile, mon erreur, mon désespoir, et notre fuite, elle résolut avec sa sœur, de tout quitter pour nous snivre. Maigre ses maux, malgré sa foiblesse, elle voulut partir; et Blanche disposa tout pour leur fuite. Elles avoient de l'or et des pierreries ; tout fut prodigué pour s'échapper de la maison paternelle. Un domestique gagné leur amena une litière au milieu de la nuit j