‹ Galatée; pastorale imitée de CervantesChapitre 15 sur 30 · LIVRE II r. lOJ · texte numérisé non relu

LIVRE II r. lOJ

rencontroicnt quelquefois les yeux de Galatée. On sortit de table. Tous les convives allèrent prendre le frais sur des bancs de pierre qui étoient à la porte de la maison. Le vieux Mœris voulut conter à ses hôtes le brillant mariage qu'il avoit arrangé pour sa fille : il s'étendit avec complaisance sur les richesses de son gendre, richesses que les Portugais ne manquèrent pas d'exagérer. Les deux amis et les deux sœurs se croyoient obligés de fchciter Galatée : elle ne réponddoit rien j et le malheureux Elicio dévo* roit ses larmes. Tout à coup le son funèbre d'une trompette se fait entendre dans le village.

Mœris, ses hôtes, tous les habitans alarmés courent vers la grande place d'oil sembloit venir le triste son. Ils apperçoivent quatre bergers vêtus de deuil, et couronnés de cyprès : deux portoieat à la main des âambeaux allumés; le» deux autres sonnoient de la trom-

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pette. Au milieu des quatre bergers étoit un ministre de l'Eternel, vêtu de ses habits sacerdotaux.

C'étoit le vénérable Salvador, le pasteur des bergers, celui qui les consoloit dans leurs peines, et qui remercioit le ciel de leur bonheur. Tout le village étoit sa famille, tous les orphelins ses enfans ; depuis quarante années il rcmplissoit le sublime emploi de louer Dieu et de servir les hommes.

Bergers, s'écria- t-il, c'est demain le jour choisi dans l'année pour honorer les cendres de nos frères dans la vallée des tombeaux. Songez à ce devoir sacre; et des l'aurore rendez-vous sur cette place, dans le triste appareil qui convient à cette touchante cérémonie.

Après avoir prononcé ces mots d'une voix forte ; Salvador reprit le chemin de sa maison. Tout le monde convint de se rassembler au pofnt du jour pour remplir une obligation si sainte. Mœris ne voulut

pas que sa fille y manquât ; il pria les Portugais de différer leur départ. Elicio en tressaillit de joie j Galatée en conçut une heureuse espérance.

Nisida, Blanche, Téolinde, les deux amis, demandèrent aux habitans du village la periuission de les suivre à la vallée des tombeaux : on fut flatté de leur demande. Les quatre Portugais sollicitèrent la même faveur : on les refusa d'une voix unanime ; ils étoient odieux depuis que l'on savoit qu'ils venoient chercher Galatée. Ils se retirèrent pleins de dépit ; et tout le monde alla se livrer au sommeil.

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