‹ Galatée; pastorale imitée de CervantesChapitre 2 sur 30 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

jf\vANT que le soleil ait éclairé nos plaines ;

Je fais retentir les échos.

Je fatigue les bois, les prés et les fontaines

Du triste récit de mes maux : Mais les ébhos, les bois, les prés et les ruisseaux,

Ne peuvent soulager mes peines.

Sur les gazons fleuris, à l'ombrage des chênes,

Je ne trouve plus de repos ; Je gémis ; le ramier joint ses plaintes aux miennes,

Mes larmes troublent les ruisseaux :

Mais les ruisseaux, les prés, les bois et les échos,

Ne peuvent soulager mes peines (i).

(i) Y assi un pequeno alivio al dolor mio No hallo eu monte, en Uano, en prado, en rio.

Telles éloient 1rs plaintes d'EIicio, bt'iger des rives du Tage. La nature l'avoit comblé de ses dons; mais la fortune et l'amour ne l'avoient pas traité comme la nature. Depuis long-temps il aimoit Gah'.tée, sans pouvoir encore se flatter d'en être aimé. Galatée étoit une simple bergère du même village qu'Elicio; mais elle eût été la reine du monde, si le monde s'étoit donné ^ la plus belle et à la plus snge.

C'est de Galatée et d'Klicio que je vais raconter les aventures ; j'y joindraicelles de plusieurs amans que l'Amour voulut éprouver : je décrirai les mœurs du village. Vous, qui n'êtes heureux qu'aux champs ; vous, âmes sensibles, pour qui l'aspect d'une campagne riante, le bruit d'une source d'eau vive, sont des plaisirs presque ausi^i touchans que celui de faire une bonne action, puissiez-vous trouver quelque douceur à me lire !

De tous les bergers qui aimèrent Galatée, Elicio fut le plus tendreel le moins hardi. Son respect n'ctoit pas la seule raison de sa limidiié: Mœris, père de Galaiée, étoit le plus riche laboureur du canton ; Elicio n'avoit pour tout bien qu'une cabane et quelques chèvres.

Erastre, son rival, était moins pauvre, «ans être plus heureux. Erastre, jusqu'alors le plus insensible des pâtres, n'avoit pu résister aux charmes de Galatée j mais il ne se âattoit pas de lui plaire : trop simple pour être aimable, il savoit mieux sentir que s'exprimer j la nature, en le foimant, s'éioit contentée de lui donner un bon cœur.

Un jour qu'Elicio, dans un vallon solitaire, songeoit à ce qu'il aimoit, il vit venir Erastre, précédé de son troupeau, dont il laissoit la conduite à ses chiens. Ces bons animaux sembloient deviner que leur maître étoit trop amoureux pour s'occuper de ses brebis 3 ils tour- A. 2

noient autour d'elles, pressoient les paresseuses, ramenoient celles qui s'écartoient, et faisoient à la fois leur devoir et G' lui du berger.

Dès qu'Erastre fut près d'Elicio, j'espère, lui dit-il, que vous n'êtes pas fâche de ce que j'aime Galatée j vous savez qu'il est impossible de ne pas l'aimer. Oui, je consens que mes agneaux, au moment que je les sévrerai, ne trouvent dans les prairies que des herbes venimeuses, s'il n'est pas vrai que mille fois j*ai tenté d'oublier mon amour. J'ai consulté tous les médecins du pays, aucun n'a pu me guérir, et je vit ns vous demander la permission de mourir avec mon mal. Vous ne risquez rien en me l'accordant : puisque vous, qui êtes le plus aimable des bergers, vous ne pouvez attendrir Galatée, que craignezvous d'un pâtre comme moi ?

Elicio sourit â ce discours : Mon ami, lui dit-il, je n'ai pas le droit d'être ja*

Page 1