‹ Galatée; pastorale imitée de CervantesChapitre 3 sur 30 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

lonx j tes chagrins sont Its miens, iU doivent nous rendre chers l'un à l'autre. Dès ce moiuc'nt ne nous quittons plus ; nous parlerons de Galatée, et l'amitié soulagera sans doute les peines (]ue nous cause Tamour.

Les deux rivaux, devenus amis, alloient accorder leurs musettes, quand Galatée, avec son troupeau, parut sur la colline. Un simple corset, un jupon d'étoffe commune, composoient toute sa parure : sa taille seule rendoit cet habit charmant : ses longs cheveux blonds flottoient sur ses épaules ; un chapeau de paille garantissoit son vis^ige de l'ardeur du soleil. Simple comme la fleur des champs, elle étoit belle, et ne le savoit pas.

Elicio s'avance pour lui parler -, mais les chiens de Galatée, qui ne laiasoient approcher personne du troupeau, coulent en grondant sur le bc) ger. A peine A3

6 GALATKE.

l'ont-ils reconnu, que, honteux de leur méprise, ils baissent le cou, le flnttent de leurs queues, et vont cacher leurs têtes sous ses mains caressantes. Le bélier conducteur, qu'Eiicio avoit souvent nourri de son pain, l'apperçoit et vient à lui, la tête haute, en agitant sa sonnette j toutes les brebis le suivent. Elicio leur ouvre sa panetière, il distribue aux chiens et au troupeau tout ce qu'elle contenoit ; des larmes de joie coulent de ses yeux : et la bergère, embarrassée de voir ses moutons reconnoitre si bien son amant, re hâte d'arriver au bélier, le frappe de sa houlette en rougissant, et le force de s'éloigner d'Elicio.

Le berger lui reproche ce mouvement de colère : Pourquoi, dit-il, punir vos brebis, quand c'est moi que vous voulez punir ? Ces pâturages sont les meilleurs du canton ; vous pouvez, en me fuyant, laisser ici vos agneaux, j'oublierai mes

chèvres pour en avoirsoin.Si cette faveur vous semble trop grande, choisissez l'endroit où vous voulez passer la journée, je m'en éloignerai pour qu'il vous soit plus agréable. Elicio, répondit Galatée, ce n'est pas pour vous fuir que je détourne mes moulons ; je les mène au ruisseau des Palmiers, où je dois trouver ma chère Florise. Je suis reconnois-ante de vos offres ; je vous le prouve en dissipant vos soupçons. Elle parloit encore et continuoit son chemin ; Erastre lui cria de loin : puisses-tu devenir amoureuse de quelqu'un qui te traite comme tu nous traites ! Puisses-tu .... Il en auroit dit davantage, si Galatée, en s'éloignant toujours, ne s'étoit mise à chanter. L'amant le plus en colère aime mieux écouter sa maîtresse, que de lui dire des injures. Erastre se tut 3 Galatée chanta ces paroles :

Les soins de mon troupeau m'occupent toute

enticie, C'est de mes seuls agneaux que dépend mon

bonheur ; Quand j'ai trouvé pour eux une fontaine claire. S'ils sont contens, rien ne manque à mon

cœur.

Je dors toute la nuit : quand l'aube va paroître, Sans crainte et sans désir je vois venir le jour ; Ce doux repos m'est cher : je ne veux point connoître Ce vieux enfant que l'on appelle Amour.

Que les loups et l'Amour soient loin de ma retraite.

Trop heureuses brebis, un chien sûr vous défend ;

Pour me défendre ; hélas ! je n'ai qu'une houlette :

Mais c'est assez pour combattre un enfant.

En achevant sa chnnson, Galatée étoit arrivée au ruisseau des Palmiers. Florise l'attendoit j Florise, sa meilleure amic; la confidente de ses plus secrèles

pensées. Elles s'assirent au bord de l'eau, et s'amusoient à cueillir des fleurs, lorsqu'elles apperçiirent une bergère qui leur étoit inconnue. Cette étrangère, jeune et belle, paroissoit accablée d'an chagrin profond. De temps en temps elle s'arrèioit, soupirolt, et regardoitle ciel avec des yeux, mouillés de larmes. Trop occupée de ses malheurs pour appercevoir Galatée, elle s'approcha du ruisseau, prit de l'eau dans sa main, et lava ses yeux fatigués de pleurer. Hélas ! dit-elle, il n'y a point d'eau qui puisse éteindre le feu dont je suis consumée !

Galatée et Florise coururent vers l'étrangère : Si le ciel, lui dirent-elles, est aussi touché de vos pleurs que nous le sommes, bientôt vous n'aurez plus sujet d'en répandre. Nous plaignons vos malheurs sans les connoître : souvent on les soulage en les racontant ; mais nous n'osons vous demander un récit qui peut coûter à votre cœur. Ce récit, répondit

l"inc<:)nnue, me privera peut-être de l'nmitié que vous semblez me promettre.

Quand vous saurez que l'amour a causé mes maux, puis-je espérer que vous les plaindrez encore? Les bergères, après l'avoir rassurée, la conduisirent dans un bosquet écarté ; elles s'assirent à l'ombre, et l'étrangère commença son histoire.

Mon village est sur les rives de l'Hénarés, célèbre par la fraîcheur de son onde : mon père est laboureur j les travaux, champêtres occupoient seuls ma vie ; tous les matins, je menois paître mes brebis. Seule au milieu des bois, la solitude ne m'ennu) oit point, j'écoutois les oiseaux, je chantois avec eux, je cueillois la rose vermeille, le lys sans tache, l'œillet bigarré; un bouquet rendoit heureuse ma journée : je n'aimois rien que mes agneaux ; je ne cherchois dans la campagne que des fleurs et do l'ombre.

Combien de fois me suis-je moquée des larmes et des soupirs de quelques bergèrcsqui me confioient leurs amours ! Je me souviens qu'un jour la jeune Lidie vint se jetter à mon cou et me baigna de ses pleurs. Alarmée de son désespoir, j'essuye ses yeux en l'embrassant j je lui demande avec tendresse quel affreux malheur lui coûte tant de larmes. Ton père est-il mort? ra'écrir.i-jej as-tu perdu ton troupeau ? Ah! ma chère Téolinde, me répondit-elle, rien ne peut me consoler. Il est p.irti ... il e^t parti... et ce matin j'ai vu la bergère Léocadie avec le ruban couleur de rose que j'a vois donné l'autre jour à cet ingrat. Je vous avoue, aimables bergères, que je ne pus m'empêcher de rire à ce récit entrecoupé de sanglots. Lidie en fut offensée ; elle me regarda, baissa la tête, et s'éloigna de moi. Je voulus la retenir :

Téolinde, me dit-elle, puissiez-vous connoître un jour le mal que je souffre, et trouver dans vos confidentes la pitié que

je trouve en vous ! Tel fut son souhait: peut-être est-ce vous, bergères, qui l'accomplirez aujourd'hui.

J'étois libre & heureuse j je ne le fus pas long-temps. Un jour, c'éloit la veille de la fcte du village, j'étois allée avec plusieurs bergères chercher des rameaux et des fleurs pour en orner notre temple : nous trouvâmes sur le chemin une troupe de bergers assis à l'ombre des myrtes; tous étoient nos amis ou nos parens : ils vinrent au devant de nous. Six d'entre eux s'offrirent pour aller chercher les rameaux' dont nous avions besoin : nous acceptâmes leur offre, et nous demeurâmes avec le reste de leurs compagnons.

Parmi ces jeunes gens étoit un étranger que je voyois pour la pre'mière fois. A peine je l'eus regardé, que je sentis courir dans mes veines un feu qui m'étoit inconnu : je me doutai pourtant de ce que c'éloit. Lidie étoit là 3 je pensai

tomber

tomber aux genoux de Lldie, et lui demander pardon de ne pas avoir plaint dans elle le mal que je sentois déjà.

Il étoit aisé de lire sur mon visage ce qui se passoit dans mon amej mais tout le monde étoit occupé de l'étranger. On lui demandoit d'achever une chanson que notre arrivée avoit interrompue : il la reprit, et je tremblai qu'elle ne parlât damour. S'il est amoureux, me disois-je, il ne doit songer qu'à l'amour. Heureusement il ce chanta que les plaisirs de la vie pastorale et les moyens de conserver les troupeaux : il ne dit rien de ce qui fait mourir les bergères.

A peine avoit-il achevé, que nous vîmes revenir ceux qui étoient allés nous couper des rameaux. Ils en étoient si chargés, que, marchant sur la même ligne, serrés les uns contre les autres, on auroit cru voir s'approcher une petite colline toute couverte de ses arbres.

Quand ils furent pics de nous, ils en*^ tonnèrent une ronde villageoise à laquelle nous répondîmes. Bientôt ils déposèrent leurs fardeaux, et vinrent offrir à chaque bergère une guirlande de différentes fleurs. Nous acceptâmes leurs dons, et nous nous disposions à retourner au village, lorsque le plus vieux d'entre eux, nommé Eleuco, nous arrêta : il faut, dit-il, que chacune de vous nous récompense de nos peines, en donnant sa guirlande à celui qu'elle aimera le mieux. Cela est trop juste, répondit une des mes compagnes, en polant sa guirlande sur la tête de son cousin : les autres suivirent son exemple, et choisirent toutes un de leurs parons. Je restai la dernière, et par bonheur je n'avois point là de cousin.

Je fis semblant d'être incertainej puis m'approchant de l'inconnu : je vous donne cette guirlande, lui dis-je, au nom de toutes mes compagnes, pour

rous remercier du plaisir que nous a fait votre chanson. Je prononçai ce peu de mots tout d'une haleine, sans oser lever les yeux sur celui que je couronnois ; et ma main trembloit si fort, que la guirlande pensa m'cchapper.

L'étranger reçut mon bienfait avec recoiinoissance et modestie : il saisit l'instant où personne ne poùvoit l'entendre, pour me dire à voix basse : Je vous ai payé bien cher la guirlande que j'ai reçue : vous ne m'avez donné que des

fieurs } et moi Il ne peut achever.

Mes compagnes me pressoient de partir:

je ne lui répondis pas ; mais je le regardai le plus long-temps qu'il me fut possible. Je ne m'occupai que de lui pendant le chemin ; je ne songeai qu'à lui quand je fus arrivée.

Le lendemain, jour de la fête, après avoir adoré l'Eternel, tous les habitans du village et des environs se rassemblèrent sur la grande place pour s'exer* B 2

cer i difTérens jeux champêtres. Une troupe de jeunes gens, fiers de leur âge, de leur force, de leur agilité, se présentent pour disputer le prix de la lutte, du saut, de la course. Chacun d'eux parok devoir l'emporter. Je ne m'intércssois que pour un seul : mes vœux furent exaucés. Artidore, c'étoit le nom de mon étranger, fut vainqueur dans tous les jeux, fut applaudi par tout le monde. Alanio, disoit-on, court mieux que Silvain ; Marsille est plus fort que Lisandre : mais Artidore l'emporte sur tous. J'écoutois ces paroles, et n'osois pas les redire j mais je faisois semblant de ne pas les avoir entendues, pour me les faire répéter.

Ce beau jour finit. Le lendemain, nous nous rassemblâmes une douzaine de jeunes filles, l'élite du village. Précédées d'une musette, et nous tenant toutes par la main, nous allâmes gagner en dansant une prairie où nous trou-

vâmes Artidorc avec tous nos jeunes gens. Dès qu'ils nous virent, ils couru- Ytnt se mêler à notre danse ; chaque berger sépara deux bergères, et rompit notre chaîne pour la doubler. Alors les flûtes, les tambourins se joignirent à notre musette : la danse devint plus vive, et mon bonheur voulut que ma main se trouvât dans celle d'Artidore.

Le saisissement que cette main me causa pensa me faire rompre la chaîne. Artidore s'en apperçut, et m'enleva fortement en me pressant contre son sein : le remède étoit pire que le mal.

La danse finie, nous nous as^îmes sur l'herbe. Tout le monde désiroit d'entendre chanter Artidore : il y consentit. Je n'ai jamais oublié sa chanson ; et je vais vous la répéter, malgré les pleurs que je donnerai peut-être à un si doux souvenir.

Jamais nous ne verrions briller un jour serein, Toujours par la douleur l'ame seroit flétrie, B 3

Si l'amour ne venoit consoler notre vie,

Et semer quelques fleurs sur ce triste chemin.

Amour, Ton doit bénir tes chaînes :

Si deux amans ont k souffrir, Ils n'ont que la moitié des peines :

Et tu sais doubler leur plaisir.

Il n'est point de malheur pour un amant aimé ; D'un seul mot, d'un souris, dépend sa destinée : Le sort voudroit en vain la rendre infortunée ; On lui dit, je vous aime, et son coeur est calmé.

Amour, l'on doit bénir tes chaînes:

Si deux amans ont à souffrir, Ils n'ont que la moitié des peines ; Et tu sais doubler leur plaisir.

L'autre jour deux amans, à l'ombre d'un tilleul. Sur leur hymen futur se contoient leurs alarmes ; J'entendis qu'ils disoient, en essuyant leurs

larmes.

Souffrir deux est plus doux que d'être heureux

tout seul.

Amour, l'on doit bénir tes chaînes :

Si deux amans ont à souffrir, Ils n'ont que la moitié des peines ; Et tu sais doubler leur plaisir.

L I V R E I. ig

Il étoit temps de retourner au village : chaque berger offrit le bras à sa bergère. Soit hazard, soit adresse, Artidore me donna la main. Nous marchions en silence, sans oser nous regarder ; mais chacun de nous deux observoit l'instant où l'autre ne pouvoit le voir, pour lui jetter un coup-dœil 3 et dts que nos yeux se rencontroient, ils se baissoient vers la terre. Enfin je lui dis: Artidore, le peu de jours que vous nous donnez vous sembleront des années, si vous avez laissé dans votre village quelqu'un qui vous soit cher. Je donnerois tout ce que je possède, me répondit-il, pour que ces heureux jours durassent autant que ma vie— Vous aimez donc bien les fêtes ?— Ah ! ce ne sont pas les fêtes ... Il fit un soupir 3 je soupirai aussi : il me serra la main 3 je ne crois pas le lui avoir rendu.

Nous en étions là, lorsque le vieux Eleuco, dont on respeâoit tous les avis, proposa de chanter une ronde, pour en-

lier .dans le village aussi gaiement que nous en étions sortis. Je m'en chargeai volon tiers; et saisissant cette occasion de donnfer quelques avis à Artidore, voici la ronde que je chantai en le regardant :

Voulez-vous être heureux amant ?

Soyez guidé par le mystère ; Celui qui sait le mieux se taire En amour e^t le plus savant.

Pour être aimé soyez discret ; La clef des cœurs, c'cot le secret, 'l)

En vain de l'amour on médit, Le secret épure sa flamme :

L'amour est la vertu de l'ame, Quand le mystère le conduit.

Pour être aimé soyez discret :

La clef des cœurs, c'est le secret.

(i) En los estados de amor

Nadie llega a ser perfeto ^ Sino el honesto y secreto.

Para Uegar al suave

Gusto de amor, si se acicrta,

Es el secreto la puerta,

Y la houestidad la llave.

Souvent un seul mot peut ravir Le prix d'ujie longue constance (a) ; Cachez jusqu'à votre souffrance Pour savoir cacher le plaisir.

Pour ctre aimé soyez discret ; La clef des coeurs, c'est le secret.

Ne confiez qu'à votre coeur Vos succès et votre victoire ; Tout ce que l'on perd de la gloire Retourne au profit du bonheur.

Pour être aimé soyez discret ; La clef des cœurs, c'est le secret.

J'ignore si ma chanson plut à Artîdore ; mais il en profita. Pendant tout le séjour qu'il fit avec nous, il mit tant de circoRspediion, tant de prudence dans les soins qu'il me rendit, que la langue la plus maligne ne trouva pas un seul mot à dire.

(2) Es ya caso averiguado.

Que no se puede negar.

Que a vezes pierde el hablar Lo que el callar ha ganado.

J'ctois certaine d'être aimée, et je n'avois pu cacher à mon amant que mon cœur étoit à lai. Nous étions convenus qu'il retourneroit à son village, comme il l'avoit annoncé ; et que peu de jours après, il cnverroit un ami de sa famille me demander à mon ptre. Nous étions BÛrs tous deux que nos parens consentiroient à ce mariage : tout sembloit d'accord avec nos projets, quand, deux jours avant le départ d'Artidore, mon malheur fit revenir ma sœur jumelle d'an village voisin où elle tloit allée voir une de mes tantes.

Cette sœur, par une fatalité bien rare, est mon portrait vivant. Son visage, sa taille^ sa voix, tout est si semblable entre nous deux, que nos parens nous donnoient des habits différens pour nous reconnoître. Mais nos caraélères sont bien loin de cette ressemblance ; et si nos cœurs avoient été jumeaux, je ne verserois pas tflnt de larmes.

Dès le lendemnin de son retour, ma lœur lit sortir le troupraii, et le conduisit au pâturage avant que je fusse éveillée. Je voulus aller la rejoindre j mais mon père me retint toute la journée ; il fallut renoncer à l'espérance de voir Artidore. Le soir ma sœur revint, et me dit avec mystère qu'elle avoit à me parler de quelque chose d'important.

Le cœur me battit ; je devinai mon malheur. J'allai m'enfermer avec elle : jugez de ce que je devins en entendant ces paroles :

Ce matin, mn sœur, je conduisois le troupeau sur les rives de l'Hénarès, lorsque j'ai vu venir à moi un jeune berger qui m'est inconnu : il m'a saluée, et m'a pris la main avec une familiarité qui m'a surprise et offensée. Mon silence, et l'altération qu'il a dû remarquer sur mon visage, n'ont pas été capables d'arrêter ses transports. Eh ! ma belle Téolinde, m'a-t-il dit, ne reconnoissez-vous pai

celui qui vous aime plus que lui-même ? J'ai bien vu, ma sœur, que j'étois prise pour vous j mais comme votre réputation m'est chère, et qu'un berger aussi hardi pourroit lui faire grand tort, j'ai voulu vous débarrasser pour jamais de cet importun. Je me suis gardée de lui dire qu'il se trompoit j et prenant le ton que Téolinde auroit dû toujours avoir, j'ai répondu à ses discours avec une fierté, avec un dédain qui l'ont fort étonné ; ce qui ne vous justifie pas trop, ma sœur. Mais, heureusement pour vous, mes paroles lui ont fait impressionj il m'a quittée en me nommant perfide, ingrate -, et je crois pouvoir vous répondre que vous ne le reverrez plus.

Vous comprenez, aimables bergères, combien je souffrois pendant ce récit.

J'aurois donné la moitié de ma vie pour être au lendemain, pour aller à l'instant même détrompe r mon malheureux amant. Ah! que la nuit me parut longue!

les

les étoiles brilloient encore, que j'étoia déjà (iansleschamps. Jamais mes pauvres brebis n'avoienr marché si vite. J'arrive à l'eiiclroit oli j'avois coutume de trouver ArliJore ; je le cherche, je l'appelle, je parcours le rivage, le bois, la campagne; je ne trouve point Artidore.

Reviens, m'tcriai jej reviens, mon bien aimé : voici la véritable Téolinde, celle qui ne vit que pour t'aimcr. L'écho répète mes paroles ; et Artidore ne vient point. Enfin, lassée de tant de recherches, je vais m'asseoir au pied d'un saule, et j'attends que le jour soit plus grand, pour parcourir de nouveau les lieux que j'avois parcourus.

A peine l'aube du matin laissoit distinguer les objetS; que j'apperçoi-s des caractères tracés sur l'écnrce d'iin peuplier blanc. Je regarde, je reconnois la main d'Artidore, et je iie sais comment je pus lire sans mourir les vers que voici :

O vous dont l'inconstance égale la beauté, Vous qui comptez pour rien vos sermens et ma vie.

Vous ordonnez qu'elle me soit ravie:

Elle est à vous, comme ma liberté.

J'obéirai, cruelle, à votre ordre terrible ; Vous ne me verrez plus : mais, à mon demie» jour, Je veux parler de mon amour ; Oui, je veux répéter à votre urne insensible Le serment que je fis, hélas ! pour mon malheur :

En l'écrivant sur l'écorce flexible, 11 restera gravé mieux que dans votre cœur. Adieu ; jusqu'au tombeau le mien vous a chérie: Pour ne plus vous le dire, il a fallu mourir ; Si mon trépas vous arrache un soupir.

Ma mort sera plus douce que ma vie. (])

(i) Las letras que fijaré En esta aspera corteza, Creceran con mas firmeza Que no ha crecido tu fé :

Y en caso tan desdichado, Tendre por dulce partido, Si fui vivo aboirecido, Scr muertO; y por ti Uorado.

Je

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