LIVRE IV
tanche avec son mouchoir;^ elle panse clle-mcme la plaie : cet appareil seul devoit guéiir Eiicio. On le ramené, au village, le bras en écharpc ; Galatée le soutient dans sa marche, et cette faveur le paie trop du danger qu'il vient de courir.
On arrive chez Mœris ; le vieillard, indigne de l'attentat des Portugais, déclare qu'il se croit dégagé de sa parole. Voilà, lui dit Timbrio, en lui présentant le blessé, voilà le libérateur de votre fille : Klicio mérite de posséder celle qu'il a sauvée. Sa pauvreté seule a pu vous faire balancer; mais je suis riche, et je veux. . . . Comme il disoit ces mots, ou entend un grand bruit à la porte de la maison : on rfgarde, on voit entrer dans la cour un bélier superbe, orné de rubans, et peint de différentes couleurs. Son énorme sonnette se distinguoit parmi celles de cent brebis qui le suivoient, chacune avec son M 3
agnenn. Erastre venoit après elles :
deux chiens l'accompagnoient. Il entre, laisse à ses chiens la garde du beau troupeau, et, la houlette à la main, il vient parler au père de Galatée.
JMœris, lui dit-il, j'étois amoureux de ta tille, et je pouvois la disputer au Portugais à qui tu la donnes. Mais je nie rends justice ; ni ce Portugais ni moi ne méritons Galatée : le seul Elicio est digne d'elle. Tu peux en croire cet aveu de la bouche de son rival. Tu exiges que ton gendre soit riche: regarde ce beau troupeau, qui vaut seul un héritage; il est à Elicio. Ce n'est pas moi qui le lui donne 3 je n'ai fait que parcourir les hameaux voisins. Elicio a tant d'amis, que chacun d'eux ne lui donnant qu'un agneau avec sa mère, en deux jours j'ai forme ce troupeau.
Il n'a voit pas fini de parler, qu'Elicio le baignoit de ses pleurs. Ah ! mon ami, lui dit-il, quel que soit mon sort, ton